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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 22:03

Un des premiers hedge funds socialement responsables a été lancé en novembre 2007 par la société de gestion Harcourt. Un mariage improbable qui révèle une notion restrictive de l'éthique.

Est-il possible de concilier hedge funds, régulièrement critiqués par les milieux prônant le DD, et investissement socialement responsable (ISR) ?

Bien sûr. Il existe beaucoup de faux a priori sur les hedge funds. Ce sont des instruments de gestion du risque qui permettent d'obtenir des portefeuilles plus robustes et une gestion moins spéculative que certains fonds traditionnels ! Ils visent à diminuer le risque et donc la volatilité. Au moment d'affronter des marchés difficiles, ils limitent les pertes, ce qui est éthique.

Pourquoi avoir créé ce fond ISR ?

Cet outil permet de sécuriser les fonds de ceux qui investissent dans l'ISR. Jusqu'à présent, chaque investisseur avait sa propre vision de l'ISR, mais au fur et à mesure est apparue une approche plus pragmatique et unifiée qui a permis d'aboutir à ce portefeuille du Belair Sustainable Alternatives SRI Fund. Pour le créer, nous avons travaillé pendant deux ans avec deux clients institutionnels possédant une tradition ISR forte : le Suédois Folksam et le Norvégien Storebrand. Ils suivent ces questions depuis quinze ans et sont membres fondateurs des principes d'investissement responsable de l'ONU (PRI), que nous avons signés.

Quels sont les critères de sélection ?

Nous appliquons une politique excluant les sociétés touchant à des domaines comme l'armement, le tabac, l'alcool, les énergies fossiles ou qui ne respectent pas des exigences comme le non-travail des enfants ou la lutte contre la corruption. Ensuite est établie une sélection positive pour promouvoir des sociétés qui s'engagent de manière particulière vis-à-vis du DD. Ce deuxième aspect peut permettre le « repêchage » de compagnies comme Shell, groupe pétrolier qui se comporte de façon exemplaire.

A-t-il été difficile de trouver des gérants correspondant à ces critères ?

Oui. Nous n'avons retenu aucun de la vingtaine de sociétés de gestion de fonds labellisés ISR car elles ne présentaient pas pour nous de qualités suffisantes (infrastructure, stratégie...). Nous avons étudié 350 fonds et sélectionnés seulement 15, auxquels devraient s'ajouter cinq nouveaux d'ici la fin de l'année. C'est un projet important pour Harcourt, nous le montons sur le long terme. Le fond, doté au départ d'un capital de 200 millions de dollars, devrait passer à 350 millions de d'ici fin juin.

Quels contrôles sont effectués ?

80 % des fonds sont surveillés quotidiennement. Les 20 % restants, considérés faiblement à risque (monnaie, taux d'intérêts...), ne sont contrôlés que tous les trois mois. Chez Storebrand, 20 personnes y sont affectées. Chez Folksam, c'est une société extérieure qui note les sociétés.

Qui ce nouvel outil intéresse-t-il ?

Vu la difficulté des marchés, beaucoup de fonds ISR ont souffert. Les investisseurs institutionnels ont un devoir éthique et fiduciaire vis-à-vis de leurs assurés. Ils doivent trouver des portefeuilles ISR présentant moins de risques. Ils viennent alors nous voir. Pour l'instant nous n'avons pas de concurrents et peu d'autres pourront le faire. C'est très compliqué à mettre en oeuvre. J'aimerais que l'ISR puisse se généraliser à tous les hedge funds mais sur le court terme, ce n'est pas réaliste.

Pourtant, beaucoup de fonds spéculatifs ont disparu avec la dernière crise et, selon Novethic, les fonds ISR ont mieux résisté que les fonds traditionnels...

On dénombre 10 000 hedge funds. À ma connaissance, durant la « crise », peut-être une dizaine ont eu des problèmes... Je confirme que les fonds alternatifs ont moins souffert... La performance de notre hedge fund ISR a été positive depuis décembre, hormis en mars (- 0,7 %).

E. L.
4 Juin 2008
Environnement & Stratégie
Par Alexis Carré - Publié dans : tendance
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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 22:02

Questions à Melchior de Muralt et Christopher Quast, cogérants du Guilé European Engagement Fund.

La maison genevoise de Pury Pictet Turrettini & Cie propose une approche originale de l'investissement socialement responsable (ISR) avec le fonds Guilé European Engagement Fund. La dimension «engagement» social et environnemental de ce produit créé en octobre 2006 tient à la collaboration avec la fondation jurassienne Guilé. Le lien est fait par Melchior de Muralt, trésorier de cette dernière et cogérant du fonds. Accompagné de Christopher Quast, il explique que le portefeuille est composé de grandes compagnies européennes signataires du Pacte mondial (Global Compact) de l'ONU, qui demande aux entreprises d'agir en faveur des droits de l'homme, des normes de travail, de la protection de l'environnement et de la lutte contre la corruption. Cette approche ne nuit pas au rendement: la valeur des parts a surperformé l'indice de référence, le Dow Jones Stoxx 50, de 2% depuis son lancement.

Le Temps: En quoi cette association avec Guilé donne-t-elle plus de valeur responsable au fonds?

Melchior de Muralt:Le Pacte mondial demande notamment aux entreprises signataires d'informer sur leurs progrès et la fondation Guilé, à laquelle nous reversons la moitié de la commission de gestion, évalue ces rapports. Elle propose aussi des ateliers sur la stratégie en matière de responsabilité, auxquels 30% des sociétés en portefeuille ont participé. Cela nous permet, en tant qu'actionnaire, de nouer un dialogue avec le management. Par exemple, nous avons pu attirer l'attention de Siemens sur l'opportunité que représente la fabrication de petites stations de purification d'eau. L'ONU soutient leur vente à de petits entrepreneurs pour résoudre les problèmes d'eau potable dans de nombreuses régions. Une entreprise chinoise en fabrique déjà et les vend 1000 dollars. Grâce à ses compétences dans le filtrage, Siemens aurait le potentiel de devenir une sorte de Starbucks du kiosque à eau. Le groupe est pourtant mal noté par les agences de notation ISR, en raison de problèmes de corruption. Nous pensons que ces notes sous-estiment l'apport de Siemens et nous n'en tenons pas compte.

Nous dialoguons aussi avec Axa et Swiss Re dans le cadre d'un projet visant à développer l'assurance maladie dans les pays émergents. Sur terre, 4 milliards de personnes n'ont pas la possibilité de se protéger contre les risques de santé et, chaque année, plus de 100 millions retombent en dessous du seuil de pauvreté. Les contacts de la fondation Guilé dans l'économie ou l'aide au développement ont contribué à faire avancer le projet, dont une phase pilote va démarrer en Afrique. Il s'agit aussi d'une opportunité de croissance dont bénéficieraient les actionnaires.

- Cette vision n'est-elle pas utopique?

M.d.M.: Oui, mais nous y croyons. L'investissement éthique n'est pas une mode. Il s'agit d'une conséquence de la mondialisation, qui impose aux marchés des capitaux de tenir compte des aspects sociaux et environnementaux. Le Pacte mondial est né de ce constat en 1999 et 4500 entreprises, notamment dans les pays émergents, l'ont maintenant signé. Certaines organisations le critiquent parce qu'il n'est pas contraignant. De notre côté, nous pensons que tout nouveau droit doit passer par une période d'autorégulation, jusqu'à ce qu'un consensus émerge.

La mission de la fondation Guilé est d'aider les entreprises à créer de la valeur en tenant compte des facteurs humains, environnementaux et sociaux. Un excellent exemple est l'engagement en faveur du développement durable de la société suisse d'exploitation forestière et de négoce de bois Precious Woods. Son activité au Congo montre qu'il est possible de travailler dans des régions sensibles sans perdre ses valeurs.

Il y a eu plusieurs étapes dans le développement de l'ISR. D'abord, des sociétés ou des secteurs, comme les armes, l'alcool et le tabac, ont été exclus. Les années 1990 ont vu apparaître la recherche de «best in class», des sociétés exemplaires dans des secteurs qui le sont moins. Aujourd'hui, les investisseurs ISR recherchent l'engagement. Il s'agit d'un concept flou, qui touche à l'exercice des droits de vote, à l'activisme et au dialogue avec les entreprises, mais qui est obligatoire pour les grands fonds de pension soucieux de l'impact de leurs investissements.

Pour que l'engagement d'une entreprise s'appuie sur une base durable, il faut qu'il fasse partie de sa stratégie et soit rentable. Cela peut soutenir sa croissance, grâce à de nouvelles opportunités et en réduisant les risques. C'est en soutenant de telles démarches que nous pensons contribuer sur le long terme à la création de valeur économique et à la promotion de principes éthiques dans la gestion des affaires.

- Quel est le contenu du portefeuille?

Christopher Quast: Il est composé de grandes capitalisations européennes qui ont signé le Pacte mondial. L'univers total représente quelque 250 titres, et nous avons pour objectif d'en détenir entre 30 et 40, un nombre qui nous offre une bonne diversification. Les choix sont faits selon le processus que nous utilisons pour des mandats institutionnels. Nous sommes libres par rapport à l'indice de référence et sélectionnons des sociétés selon leurs perspectives de rentabilité, la solidité de leur bilan et leur valorisation. Nous achetons quand nous voyons un potentiel d'appréciation d'au moins une vingtaine de pour cent et nous posons la question de vendre quand cet objectif est atteint. Il arrive que nous nous trompions. Par exemple, nous avons sous-estimé des problèmes fondamentaux chez Sanofi. En raison de l'échéance de nombreux médicaments, nous n'avons plus qu'une seule pharma en portefeuille, Novartis. Du côté des financières, nous essayons de défendre le portefeuille avec la banque Standard Chartered, qui est épargnée par les effets de la crise financière et cherche la croissance sur les marchés émergents. Pour que notre engagement auprès des entreprises soit crédible, nous ne faisons pas de trading et notre horizon de placement est à moyen terme, trois à cinq ans.




Jean-Pascal Baechler
2 Juin 2008
Le Temps
Par Alexis Carré - Publié dans : tendance
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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 22:01

Paris Europlace, l'organisation chargée de promouvoir l'attractivité de la place financière de Paris, a publié mi-mai son rapport sur l'investissement socialement responsable, ISR. Rédigé par la commission spéciale ISR de Paris Europlace, présidée par Antoine de Salins, membre du directoire du Fonds de réserve pour les retraites, ce rapport veut inciter les investisseurs institutionnels à intégrer dans leurs décisions de placement des critères prenant en compte l'environnement, les enjeux sociaux et la gouvernance des entreprises. Ses auteurs entendent aussi favoriser le dialogue entre investisseurs et entreprises. Selon Novethic, les encours gérés au titre de l'ISR ont crû l'an dernier en France de 30 %, à 22,1 milliards d'euros.


27 Mai 2008
La Tribune
Par Alexis Carré - Publié dans : tendance
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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 21:57


La semaine dernière, dans plusieurs quotidiens alémaniques, UBS a fait paraître une publicité qui a fait scandale. La première banque helvétique y vantait les perspectives de grand rendement d’un fonds de placement portant «sur les matières premières agricoles et le bétail vivant». Elle justifiait son assurance par «la pénurie d’eau et de terres cultivables» dans le monde. S’agit-il de spéculation aux dépens de populations dans le besoin? Ou même affamées? £

Le directeur d’Ethos, l’actionnaire d’UBS le plus visible en Suisse, ne cache pas son indignation. Sa fondation gère une partie du deuxième pilier de 400 000 assurés en grande partie romands, actifs ou retraités. Soit près d’un million de personnes en comptant leurs familles. Tout cela en pratiquant l’investissement socialement responsable, favorisant le développement durable. Entretien.

Comment avez-vous perçu la fameuse pub d’UBS?

J’ai été choqué. Cette pub propose sans aucune ambiguïté d’investir dans les produits agricoles et le bétail vivant. Selon la banque, il s’agirait d’une excellente opération, car la hausse des prix devrait se poursuivre dans les deux secteurs. En ce sens, l’établissement encourage un dangereux cercle vicieux. De mon point de vue, cette publicité ne respecte pas l’esprit du propre code des affaires d’UBS.

Vous paraît-il certain que les investisseurs recourant à de tels fonds favorisent, directement ou indirectement, la hausse des prix de produits de première nécessité?

Oui. En achetant ce type de produits, on en accroît encore davantage la demande. De plus, les investisseurs ne s’intéressent pas à ces matières premières agricoles en tant que telles. Ils cherchent donc à les revendre au plus vite, avec bénéfice, à l’acheteur suivant. C’est le jeu de l’avion qui mise sur la faim dans le monde.

N’est-il pas socialement responsable que des fonds de pension protègent l’épargne de futurs retraités en investissant dans les matières premières lorsque les marchés boursiers se portent mal?

Un fonds de pension doit gérer ses avoirs avec un horizon à long terme. Dans une telle perspective il n’est évidemment pas responsable d’acheter du blé ou du bétail vivant, uniquement dans le but de le revendre quelques jours plus tard.

Estimez-vous que des produits financiers liés aux cours de denrées alimentaires devraient être interdits?

Je préférerais une autorégulation du marché plutôt qu’une interdiction pure et simple. Dans un premier temps, pour limiter les opérations spéculatives sur les marchés de denrées alimentaires, il serait peut-être souhaitable d’introduire un émolument sur chaque transaction. Cela pourrait contribuer à financer un fonds d’aide alimentaire d’urgence.

Près de 40% du négoce international sur les matières premières s’effectuent à Genève et 6000 personnes sont employées dans cette activité. N’est-ce pas un atout économique?

A première vue, il s’agit effectivement d’un secteur qui contribue à la prospérité de Genève. Je ne pense pas cependant qu’il faille encourager n’importe quelle activité sous le prétexte de création d’emplois.

Désapprouveriez-vous donc les efforts du conseiller d’Etat David Hiler visant à attirer des hedge funds à Genève (voirnos éditions de mercredi)?

J’aurais nettement préféré qu’il propose d’accorder des facilités fiscales aux institutions financières favorisant l’investissement socialement responsable et la microfinance, ce qui aurait d’ailleurs été plus cohérent pour un magistrat vert.

Les portefeuilles sous votre responsabilité ne contiennent-ils pas des placements liés à des produits agricoles?

Nous n’investissons pas directement dans les produits agricoles, mais uniquement dans des sociétés cotées, parfois actives dans le secteur alimentaire, comme Nestlé ou Danone. Dans ces cas-là, nous engageons systématiquement le dialogue avec ces firmes pour les pousser à prendre conscience de leurs responsabilités sociales, aussi bien vis-à-vis de leurs fournisseurs agriculteurs que de leurs clients.

ÉTHIQUEDominique Biedermann, le directeur de la fondation Ethos, l’actionnaire d’UBS le plus visible en Suisse, se déclare «choqué» par une pub récente de la première banque helvétique.



Rodrik
24 Mai 2008
La Tribune de Genève
Par Alexis Carré - Publié dans : tendance
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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 21:55


Tirez avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires " : ce slogan publicitaire de la banque KBC pour un fonds indexé sur les prix alimentaires a suscité une vive controverse en Belgique à l'heure où les " émeutes de la faim " se multiplient dans le monde. Certains députés et ONG ont même proposé d'interdire à la vente ces produits.

Oui : " La finance est un bouc émissaire pour masquer les causes de la hausse " (Geert Heuninck)

Nous avons été surpris de la polémique autour de la commercialisation d'un fonds, ouvert en février pour seulement un mois, et ce pour une clientèle limitée qui cherchait à tirer parti d'une réalité de marché, en l'occurrence la hausse des produits agricoles. Notre intention n'était pas, bien évidemment, de choquer qui que ce soit mais bien de proposer à nos clients, à leur demande, un produit de diversification de portefeuille, à petite échelle, sur des actifs dont le cycle de consommation est différent du cycle économique. Ce type de fonds existe d'ailleurs depuis longtemps, et est commercialisé par la plupart des banques. Les institutions financières sont-elles responsables pour autant de cette flambée des prix ? Je ne le pense pas et aucune étude ne le prouve, du moins sur les produits alimentaires. Un avis qui est d'ailleurs partagé par plusieurs instances. La montée des prix s'explique avant tout par un déséquilibre entre l'offre et la demande que certains facteurs, comme le changement de comportement alimentaire dans plusieurs régions très peuplées, le gel des exportations ou la hausse de la demande de biocarburants, ont singulièrement aggravé. La finance apparaît le bouc émissaire idéal pour masquer les causes réelles de la hausse des prix. Il ne faut pas oublier non plus que c'est la diversité des acteurs qui interviennent sur ces marchés qui concourt à leur efficience. Plus il existe d'acteurs, plus les prix d'équilibre s'ajustent rapidement. Enfin, la hausse des prix constitue un véritable levier pour développer un secteur trop longtemps ignoré des investisseurs.

Non : " Il convient d'appliquer un principe de précaution éthique " (Carlos Joly)

La responsabilité de la spéculation dans la hausse des prix alimentaires n'est pas avérée. En tout cas, aucune étude fiable n'a su, jusqu'à présent, le démontrer. Mais on peut légitimement suspecter que la présence croissante des fonds est de nature à faire grimper les prix et non l'inverse, comme c'est déjà le cas avec le pétrole et l'or. Et si la spéculation se révèle en définitive être l'un des moteurs de la flambée des cours, alors la position des banques et des investisseurs pourrait apparaître très vite indéfendable. Personne ne peut en effet justifier par des rendements élevés une action qui contribuerait à affamer la planète. C'est pourquoi, dans le doute, il convient d'appliquer un principe de précaution éthique selon un postulat simple : si un produit financier peut avoir des conséquences désastreuses pour des populations, il faut s'abstenir de le commercialiser ou de l'acheter, même si ces conséquences ne sont pas certaines. C'est la même logique qui prévaut pour lutter contre la pollution ou les risques sanitaires. D'autant qu'il ne faut jamais oublier que ce n'est pas une action individuelle qui contribue aux effets pervers mais bien la somme de ces actions individuelles, une sorte de complicité morale. En ce sens, on ne peut que s'inquiéter de la multiplication de ces produits depuis quelques mois. En outre, au delà de ce risque de complicité, il n'est pas judicieux pour les banques de développer un marketing de masse sur des produits par nature très volatils et sur lesquels les obligations de transparence sur les risques encourus ne sont pas souvent respectées.

Tous coupables !

L'indignation apparaît légitime : comment, en effet, une banque peut-elle se saisir de la pénurie alimentaire, qui fait la une des journaux télévisés depuis deux mois, pour proposer un produit opportuniste à ses clients ? Et le fait que 140 fonds similaires aient été lancés en Europe sur le seul mois de février ne suffit pas à dédouaner l'initiative de la banque KBC mais tout juste à souligner le caractère moutonnier de l'industrie financière. Même la Commission européenne commence à s'émouvoir de cet engouement des épargnants pour les marchés agricoles. Cette apparente bévue marketing pose cependant une question de fond : les banques peuvent-elles vendre n'importe quel produit sans se soucier des conséquences qu'il peut entraîner ? La question s'adresse également à l'investisseur qui ne cesse de réclamer à son gérant le meilleur rendement possible. Pourtant, la crise du subprime aux États-Unis l'a montré, la recherche d'un gain de quelques points sur une Sicav de trésorerie peut entraîner, en bout de chaîne, l'expulsion de dizaines de milliers de familles de leur logement. Et que dire d'une action bien valorisée à l'annonce d'un plan de réduction des coûts ? Il ne s'agit pas de pointer les responsabilités mais bien de reconnaître que le monde de la finance n'est pas "neutre" dans les maux du monde. Au même titre finalement que les autres secteurs d'activité, ni plus ni moins.

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Geert Heuninck, responsable de KBC Asset Management (oui.jpg) Carlos Joly, coprésident du groupe pour l’investissement socialement responsable à l’ONU (non.jpg)




ÉRIC BENHAMOU
20 Mai 2008
La Tribune
Par Alexis Carré - Publié dans : tendance
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