Lundi 2 mars 2009
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Le thème de la protection de l'environnement a longtemps été le domaine réservé de la gestion spécialisée
dans l'investissement socialement responsable. L'irruption récente des fonds " verts " brouille désormais les cartes.
L'eau, le réchauffement climatique, la protection de l'environnement ou plus généralement l'avenir de la planète : depuis quelques années, les gérants se ruent littéralement sur ces thèmes d'investissement. Et le catalogue des fonds dits " verts ", qui exploitent ce filon de l'environnement, grossit chaque semaine de quelques pages. Mais la prolifération de ces fonds communs de placement n'est pas sans poser un certain nombre de problèmes. Car la cohabitation de ces OPCVM " verts " et des fonds d'investissement socialement responsable (ISR) risque bien de semer le trouble dans l'esprit des investisseurs, et surtout des épargnants. La frontière entre ces deux catégories de gestion perd en clarté.
Dans une étude publiée en octobre dernier, l'observatoire de l'investissement socialement responsable (ISR) Novethic, filiale de la Caisse des dépôts et consignations, expliquait que sur vingt-deux fonds thématiques recensés, seuls sept d'entre eux respectaient les critères de l'ISR, c'est-à-dire liés aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance d'entreprise. Dans certains cas, ces fonds négligent l'aspect social et de gouvernance au profit du seul critère environnemental. Dans des cas extrêmes, ils vont même jusqu'à ne privilégier que le critère de la performance financière pour sélectionner les titres.
" Les plus belles valeurs de l'environnement ne répondent pas nécessairement à nos critères ISR. C'est la performance délivrée qui va attirer le client, ce qui explique en partie pourquoi nous avons plus de mal à vendre notre fonds ISR, dont la performance s'inscrit sur le long terme, que le fonds Environnement ", explique-t-on à la Financière de Champlain, une société de gestion spécialisée dans le développement durable. À partir du moment où ces fonds veulent délivrer de la performance, l'application d'un filtre socialement responsable réduit trop fortement l'univers d'investissement et relance le débat de la performance des fonds ISR. " Il existe les fonds monothématiques qui ne vont jouer qu'un seul domaine. S'ils appliquent un filtre ISR cela réduit beaucoup trop leur univers d'investissement pour délivrer de la véritable performance, commente César de Brito, gérant du fonds Cleantech du suisse Lombard Odier Darier Hentsch. En revanche, il est clair que sur des fonds multithématiques la diversification permet d'appliquer un filtre ISR sans pour autant réduire l'univers, ni la performance. "
OU PLACER LE CURSEUR ?
C'est pourquoi certains fonds ont un univers très large, et investissent dans des sociétés qui peuvent n'avoir qu'un rapport très lointain avec le thème de gestion vendu au client. D'ailleurs, l'étude Novethic pointe du doigt cette dérive : " Il peut ainsi arriver à [une] société de gestion de choisir d'investir dans une entreprise dont le service où la technologie durable en question ne représente que 4 % du chiffre d'affaires mais se révèle être le leader dans le sous-secteur en question. " Reste à savoir à quel niveau le curseur doit être placé pour considérer que le thème est respecté ou non.
Des sociétés de gestion ont néanmoins une politique d'investissement clairement définie dans leur catalogue de fonds thématiques. " Au-delà de Fructi H2O, notre fonds bâti autour des thèmes de la protection de l'environnement et de l'amélioration de la qualité de la vie, nous avons fait le choix de ne prendre en compte que le critère de la gouvernance dans le fonds Fructifonds Valeurs Européennes ", explique ainsi Sami Gotrane, le directeur de la recherche extra-financière et du crédit de Natixis Asset Management. Avec tout ce foisonnement de fonds de placement gravitant autour des thèmes de l'environnement, le risque est grand de parasiter la gestion socialement responsable dans son ensemble alors qu'elle doit encore gagner ses lettres de noblesse auprès des investisseurs.
Polémique sur l'eau
Le thème de l'eau illustre bien les divergences entre les gérants. En fonction de sa " conscience " écologique, chaque gérant aura sa propre approche d'investissement. Chez Ideam, les OPCVM excluent de leur champ d'investissement l'industrie de l'eau minérale, considérant qu'elle ne constitue pas en soi une " réponse pertinente " aux défis de l'eau potable, comme l'indique Novethic.
En revanche, le fonds Water de Pictet investit quelque 9 % de son portefeuille dans cette industrie de l'eau minérale. Mais, comme le rappelle Novethic, ce fonds se défend de tout lien avec la protection de l'environnement ou de l'ISR en général.
MARIANNE LAGRANGE
25 Mars 2008
La Tribune
L'eau, le réchauffement climatique, la protection de l'environnement ou plus généralement l'avenir de la planète : depuis quelques années, les gérants se ruent littéralement sur ces thèmes d'investissement. Et le catalogue des fonds dits " verts ", qui exploitent ce filon de l'environnement, grossit chaque semaine de quelques pages. Mais la prolifération de ces fonds communs de placement n'est pas sans poser un certain nombre de problèmes. Car la cohabitation de ces OPCVM " verts " et des fonds d'investissement socialement responsable (ISR) risque bien de semer le trouble dans l'esprit des investisseurs, et surtout des épargnants. La frontière entre ces deux catégories de gestion perd en clarté.
Dans une étude publiée en octobre dernier, l'observatoire de l'investissement socialement responsable (ISR) Novethic, filiale de la Caisse des dépôts et consignations, expliquait que sur vingt-deux fonds thématiques recensés, seuls sept d'entre eux respectaient les critères de l'ISR, c'est-à-dire liés aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance d'entreprise. Dans certains cas, ces fonds négligent l'aspect social et de gouvernance au profit du seul critère environnemental. Dans des cas extrêmes, ils vont même jusqu'à ne privilégier que le critère de la performance financière pour sélectionner les titres.
" Les plus belles valeurs de l'environnement ne répondent pas nécessairement à nos critères ISR. C'est la performance délivrée qui va attirer le client, ce qui explique en partie pourquoi nous avons plus de mal à vendre notre fonds ISR, dont la performance s'inscrit sur le long terme, que le fonds Environnement ", explique-t-on à la Financière de Champlain, une société de gestion spécialisée dans le développement durable. À partir du moment où ces fonds veulent délivrer de la performance, l'application d'un filtre socialement responsable réduit trop fortement l'univers d'investissement et relance le débat de la performance des fonds ISR. " Il existe les fonds monothématiques qui ne vont jouer qu'un seul domaine. S'ils appliquent un filtre ISR cela réduit beaucoup trop leur univers d'investissement pour délivrer de la véritable performance, commente César de Brito, gérant du fonds Cleantech du suisse Lombard Odier Darier Hentsch. En revanche, il est clair que sur des fonds multithématiques la diversification permet d'appliquer un filtre ISR sans pour autant réduire l'univers, ni la performance. "
OU PLACER LE CURSEUR ?
C'est pourquoi certains fonds ont un univers très large, et investissent dans des sociétés qui peuvent n'avoir qu'un rapport très lointain avec le thème de gestion vendu au client. D'ailleurs, l'étude Novethic pointe du doigt cette dérive : " Il peut ainsi arriver à [une] société de gestion de choisir d'investir dans une entreprise dont le service où la technologie durable en question ne représente que 4 % du chiffre d'affaires mais se révèle être le leader dans le sous-secteur en question. " Reste à savoir à quel niveau le curseur doit être placé pour considérer que le thème est respecté ou non.
Des sociétés de gestion ont néanmoins une politique d'investissement clairement définie dans leur catalogue de fonds thématiques. " Au-delà de Fructi H2O, notre fonds bâti autour des thèmes de la protection de l'environnement et de l'amélioration de la qualité de la vie, nous avons fait le choix de ne prendre en compte que le critère de la gouvernance dans le fonds Fructifonds Valeurs Européennes ", explique ainsi Sami Gotrane, le directeur de la recherche extra-financière et du crédit de Natixis Asset Management. Avec tout ce foisonnement de fonds de placement gravitant autour des thèmes de l'environnement, le risque est grand de parasiter la gestion socialement responsable dans son ensemble alors qu'elle doit encore gagner ses lettres de noblesse auprès des investisseurs.
Polémique sur l'eau
Le thème de l'eau illustre bien les divergences entre les gérants. En fonction de sa " conscience " écologique, chaque gérant aura sa propre approche d'investissement. Chez Ideam, les OPCVM excluent de leur champ d'investissement l'industrie de l'eau minérale, considérant qu'elle ne constitue pas en soi une " réponse pertinente " aux défis de l'eau potable, comme l'indique Novethic.
En revanche, le fonds Water de Pictet investit quelque 9 % de son portefeuille dans cette industrie de l'eau minérale. Mais, comme le rappelle Novethic, ce fonds se défend de tout lien avec la protection de l'environnement ou de l'ISR en général.
MARIANNE LAGRANGE
25 Mars 2008
La Tribune
