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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 10:22
L'investissement socialement responsable a désormais la cote en bourse

L'investissement éthique espère attirer des épargnants déboussolés.

Épargné par le discrédit qui frappe une partie de la finance, l'investissement dit « socialement responsable » (ISR) tente de profiter de la crise pour attirer la principale clientèle qui lui manque, celle des particuliers.

L'encours des placements éthiques, astreints au respect de critères sociaux, environnementaux et de gouvernance, a progressé de plus de 20 % par an en France depuis 2000. Jusqu'ici, l'engouement s'est principalement limité aux investisseurs institutionnels, comme le Fonds de réserve des retraites et l'Établissement de retraite additionnelle de la fonction publique (Erafp), qui a adopté dès sa création une gestion entièrement ISR.

« On joue plus sur la recherche de sens que sur la sécurité »

Mais pour un analyste, la débâcle financière actuelle semble constituer « un bon moment pour faire décoller le marché des particuliers », qui souffrait jusqu'ici du « manque de lisibilité » de l'offre éthique.

Curieusement, il y a « très peu de raisons de penser que les fonds ISR se comportent mieux » face à un krach, juge Philippe Zaouati, directeur du développement chez Natixis AM, numéro 1 Français du secteur. « On joue plus sur la recherche de sens que sur la sécurité », précise M. Zaouati. A lui seul, pourtant, « ce message est plus porteur en période de crise, car les investisseurs se posent des questions sur la finalité de l'argent qu'ils placent ».

« L'aspect vital (pénurie d'eau, indépendance énergétique...) va entrer en ligne de compte », assure un spécialiste, de même que le comportement vertueux des sociétés vis-à-vis de leurs salariés, leurs fournisseurs ou leurs clients, doté selon lui d'une réelle « valeur économique ».

« Une entreprise industrielle qui ne regarderait pas l'impact de son activité sur l'environnement court le risque d'avoir un sinistre », renchérit Philippe Zaouati, pour qui certains critères de la finance éthique garantissent « une meilleure performance » dans la durée.

Reste un obstacle, beaucoup plus prosaïque, à lever pour le secteur : progresser sur le terrain commercial en passant « de la société de gestion au réseau de distribution », selon M. Zaouati, alors que les banques ont longtemps négligé de former leurs conseillers à l'offre ISR.


15 Novembre 2008
 Ouest France
Par Alexis Carré - Publié dans : particuliers
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Vendredi 13 mars 2009 5 13 /03 /Mars /2009 23:09



Par Alexis Carré - Publié dans : podcast
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Vendredi 13 mars 2009 5 13 /03 /Mars /2009 22:32


PRECEPTA vient de publier une étude, après plusieurs mois d’enquêtes et d’entretiens directs avec de nombreux dirigeants du secteur, sous le titre : « L’investissement socialement responsable - Positionnements et stratégies des opérateurs ». Voici les principaux enseignements de cette étude appronfondie de 110 pages.


A court terme, les ISR (Investissement Socialement Responsable) continueront de pâtir de la crise financière, de performances en berne et d’un retour de l’aversion pour le risque. Compte tenu des liquidités en circulation, un rebond des places financières peut être attendu d’ici 2010.


ISR - L’investissement socialement responsable : un potentiel énorme


Des moteurs de croissance importants

L’ISR recèle un potentiel de croissance indéniable à l’heure où une prise de conscience généralisée s’opère sur les enjeux liés au développement durable. Pour preuve, les récentes mesures prises par l’Union européenne en faveur d’une réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre et du développement des énergies renouvelables d’ici 2020.

La finance durable représente aujourd’hui encore un segment étroit de la gestion d’actifs avec moins de 2% des encours sous gestion. Même prise au sens large, c'est-à-dire en ajoutant aux fonds ISR purs (approches éthiques classiques Best in class, exclusion…), des approches ESG (Environnement Social Gouvernance) moins « fondamentales » (moins de 2 critères d’exclusion…), l’ISR reste confidentiel avec moins de 5% du total des actifs.

Pour autant, les institutionnels sont de plus en plus nombreux à adopter une démarche éthique. L’Etat y a participé en incitant le Fonds de Réserve des Retraites à investir une partie de ses actifs en Investissement Socialement Responsable. Bercy vient en outre de préconiser dans sa nouvelle loi de modernisation financière que tous les plans d’épargne devront proposer un fonds solidaire.

Le vieillissement de la population et avec lui la défaillance des systèmes de retraite et l’accroissement de l’épargne retraite sont de fait de bon augure pour l’essor du marché de l’ISR dans les années à venir.

Au-delà, ce sont d’autres moteurs structurels qui soutiendront le marché à moyen terme : diversification et multiplication des offres de produits financiers éthiques, des indices ISR, accroissement de l’épargne retraite et salariale… Les mesures réglementaires en faveur d’un développement des fonds ISR devraient également y contribuer.


Les acteurs ont été fortement touchés par la crise…

La crise financière n’a pas épargné les leaders de l’ISR. Spécialisée sur la banque d’investissement et de financement, Natixis est l’une des banques françaises les plus exposées. Dexia a quant à elle évité la faillite grâce à l’apport de plus de 6 milliards d’euros par les Etats français et belge.

Le premier bénéficie de son leadership sur le marché de l’épargne salariale et le second de son positionnement auprès des institutionnels et des collectivités locales.

Le troisième acteur
Rabobank, groupe néerlandais (présent sur le marché français via Robeco et la banque Sarasin) dont les résultats financiers ont encore progressé en 2008 fait donc figure d’exception dans ce paysage.

Quant aux banques françaises et aux assureurs (qui arrivent derrière en ordre dispersé selon leur volonté de pénétrer le marché de l’ISR), ils ont globalement mieux résisté à la crise financière.



… sans pour autant interrompre leurs offensives

Les volontés de déploiement des acteurs sur le marché de l’ISR restent d’actualité. La création de nouveaux fonds en est la preuve la plus évidente. Ce mouvement n’est pas récent : ces dernières années, leur nombre a été multiplié par 4. La diversification de l’offre y a bien sûr contribué.

Les sociétés de gestion proposent des investissements selon des thématiques précises : critères sociaux, humains, dimension éthique et partage… Les produits « verts » sont aussi de plus en plus nombreux.

Ces derniers incluent des sociétés qui travaillent sur l’environnement : gestion des déchets, eau, énergie renouvelable… Reste que cette nouvelle catégorie complexifie encore le marché, l’investisseur ayant du mal à comprendre la différence entre des fonds verts et les fonds ISR.

L’arrivée de nouvelles sociétés de gestion sur le marché de la finance durable participe à la tendance.Dernier exemple en date : le lancement d’une structure commune entre le groupe de gestion UFG et la banque Sarasin, dotée de 10 professionnels.

A noter : Robeco avait pris le contrôle de 64% de SAM (Sustainable Asset Management) fin 2006 dans le but de devenir l’une des premières plates-formes mondiales dédiées à l’ISR. Cette acquisition a permis à Robeco d’offrir de nouveaux fonds dans l’hexagone.



Le produit doit être démocratisé

Si l’essor de la finance durable est donc réel, les sociétés de gestion d’actifs devront pourtant redoubler d’efforts dans les années à venir pour sortir le marché de sa confidentialité.

Communiquer auprès d’un large public est en outre indispensable pour accroître la notoriété du produit et favoriser sa commercialisation auprès des particuliers. Si ces derniers se disent en effet de plus en plus intéressés par les problématiques de développement durable, passer à l’étape de la transaction est plus difficile.

La motivation des réseaux des banques est de ce fait indispensable pour permettre la diffusion du produit auprès du « mass market » et des clients de la banque privée.

Une stratégie qui s’est d’ailleurs avérée payante chez certains acteurs comme Natixis qui a resserré ses liens avec la Caisse d’Epargne et la Banque Populaire. Ceci s’accompagne chez certains acteurs par le lancement d’assurance vie « éthique », produit phare des Français.


Rassurer les clients, privilégier les supports les moins risqués et améliorer la gestion des risques dans un contexte de crise de confiance devra bien évidemment être également au coeur des priorités.


QUI SOMMES-NOUS ?

PRECEPTA, division du groupe Xerfi, est un cabinet d’analyse indépendant, qui mène des études stratégiques, publiées à sa propre initiative.

Il apporte à ses lecteurs, par son expertise professionnelle, sa liberté éditoriale, son ouverture intellectuelle, l’accès à la connaissance actualisée des évolutions sectorielles, des stratégies des acteurs économiques et de leur environnement.

Les études Precepta fournissent des clés pour mieux comprendre les enjeux d’un secteur, les rapports de forces qui s’opèrent et les axes stratégiques en cours, ceci dans le but de stimuler la réflexion stratégique.

www.xerfi.fr




Par Alexis Carré - Publié dans : marché
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Vendredi 13 mars 2009 5 13 /03 /Mars /2009 21:53

Mesures fiscales, opérations de communication, création de diplôme spécialisé... La France ouvre ses portes à la finance islamique. Les valeurs éthiques de ces instruments financiers qui respectent la loi coranique sont mis en avant pour valoriser une source d’investissement potentielle de 100 milliards d’euros en France d’ici 2020. Une aubaine alors que le système financier doit se refaire une crédibilité.

Une nouvelle forme de finance éthique ferait-elle son entrée en France en 2009 ? La finance islamique, implantée historiquement dans les pays du Golfe persique, présente en Grande-Bretagne depuis quatre ans, attire aujourd’hui les convoitises du marché financier français (cf. encadré). Elle représente 700 milliards de dollars et draine les fonds de musulmans désireux d’investir ou épargner dans le respect des préceptes de l’Islam. La finance islamique « se caractérise avant tout par une dimension éthique », expliquait Anouar Hassoune, vice-président de l’agence de notation Moodys, dans un rapport d’information de la commission des finances du Sénat (mai 2008). La Charia édicte cinq grands principes qui encadrent le rapport des musulmans à l’argent : prohibition de l’intérêt, de l’incertitude (aléa, terme du contrat) et du hasard (autrement dit la spéculation), obligation d’adosser tout placement à un actif réel, principe du partage des profits et pertes entre le prêteur et l’emprunteur.

Tout comme la doctrine catholique proscrivait l’intérêt (depuis 1830, distinction est faite entre usure et intérêt), l’Islam rejette le commerce de l’argent qui doit garder son rôle d’unité de valeur et de monnaie d’échange. Bien sûr, la rémunération d’un placement est envisagée d’une autre manière : « la finance islamique reste un business qui tient compte des potentialités de rentabilité.Elle vient se greffer à la finance conventionnelle avec un filtrage (interdiction de l’intérêt, de l’incertitude, du hasard...) qui tente de l’assainir », explique Ibrahim Cekici, co-responsable du tout nouveau diplôme en finance islamique de l’Ecole de management de Strasbourg.

La France veut accueillir la finance islamique.

Pouvoirs publics et les financiers ont accéléré le mouvement, fin 2008, pour séduire les investisseurs islamiques qui, jusque-là, n’avaient que Londres en Europe, pour investir. L’enjeu : attirer une part des importantes liquidités du Golfe persique mais aussi de pays comme la Malaisie sur le marché financier français. La finance islamique représente 700 milliards de dollars d’encours dans le monde aujourd’hui ; elle « pourrait dépasser les 1000 milliards de dollars à la fin de l’année », selon Ibrahim Cekici.

L’interdiction de l’intérêt prend son sens éthique lorsqu’il est associé aux principes de partage des pertes et profits (la rémunération est fonction du résultat économique du placement) et de connexion à un actif réel (le prêt ou l’investissement doit servir à créer de l’activité et de la richesse). Le rendement d’un placement n’est alors pas le fait du simple temps qui passe, mais correspond à la rémunération du service d’intermédiation bancaire associée à une activité économique réelle dont le risque est partagé entre le prêteur et l’emprunteur.
Cette connexion à l’économie réelle permet d’avancer, selon Ibrahim Cekici, que « la finance islamique n'a pas participé aux causes de la crise financière. Car le crédit à intérêt hypothécaire risqué est interdit et les produits dérivés (subprimes, titrisation de créance) sont entachés d'incertitude, l'actif sous-jacent étant un package de crédits revendus sur le marché. Or un principe de l'islam dit : on ne vend pas ce qu'on ne possède pas ».

Contrôle et audit

Tout comme dans la finance éthique chrétienne, des critères d’exclusion sont appliqués aux investissements islamiques. La liste est variable mais on y retrouve obligatoirement l’alcool, les armes, les jeux de hasard et la filière porcine.

Par ailleurs, la finance islamique organise le contrôle des produits dits « charia compatible ». Chaque banque islamique est dotée d’un conseil de la Charia composé de personnalités indépendantes (juristes, économistes spécialisés) qui rend des avis sur les produits mis sur le marché. Des audits internes et externes réguliers se chargent de valider le respect des principes islamiques. Dans le cas où une présomption de genèse d’intérêt est détectée, des dispositifs de « purification » sont organisés sous la forme de donation aux pauvres.

La finance islamique n’a attiré que quelques gouttes de l’océan des liquidités des pays du Golfe. Mais son taux de croissance observé de 15 % annuel engage les places financières européennes et notamment la France à faciliter la compatibilité des placements hexagonaux avec les règles de cette finance, qui a l’avantage de proposer des gardes-fous au système financier actuel.


Philippe Chibani-Jacquot
Mis en ligne le : 30/01/2009
© 2009 Novethic - Tous droits réservés
Par Alexis Carré - Publié dans : tendance
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Vendredi 13 mars 2009 5 13 /03 /Mars /2009 20:41
Moralisation du capitalisme
La finance éthique, un remède anti-crise ?


Par Nadia Djabali (10 février 2009)

Régulons, moralisons, responsabilisons… Avec la crise, les investissements « socialement responsables », en vogue depuis le début des années 2000, reviennent en force. En France, ils représentent plus de 22 milliards d’euros d’encours. Remise en cause sincère des finalités de la finance ou simple caution morale pour redorer le blason du capitalisme ?

Fin novembre 2008 s’est tenu à l’université Paris-Dauphine un colloque intitulé : « Renforcer la contribution de la finance au développement durable : enjeux de long terme, propositions pour l’Europe ». La finance deviendrait-elle subitement responsable ? Gérard Mestrallet, dirigeant le groupe Suez environnement explique à une brochette de financiers et de chefs d’entreprise : « Stabilité, responsabilité, transparence et long terme sont les piliers sur lesquels la finance doit se reconstruire. Ces valeurs sont celles de la finance durable ». Puis Franck Riboud, PDG de Danone s’exprime en faveur d’une remise à plat des modes de rémunération des dirigeants et assure que son groupe intégre des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans le calcul des bonus des mille premiers dirigeants de son entreprise. Rappelons qu’en 2007, Franck Riboud a engrangé 11,3 millions d’euros de revenus soit 750 années de Smic. A ce prix là Danone doit être irréprochable… Quant à la « transparence » invoquée par Gérard Mestrallet, elle peut laisser pantois les adhérents de l’association bordelaise Trans’Cub qui a estimé les surprofits de Suez à 400 millions d’euros sur trente ans de distribution de l’eau à Bordeaux.

« Il faut changer les choses pour que l’environnement devienne un nouveau facteur de croissance » martelait Nicolas Sarkozy lors de ce colloque. Ainsi pour sauver les meubles d’un système économique en déroute, on fait appel au développement durable et à l’investissement socialement responsable (ISR). La crise aura pour conséquence de poser le débat de la « finance durable », de l’éthique et de la gouvernance des entreprises sur la place publique. Considéré comme un outil de régulation utile dans la crise actuelle, l’investissement socialement responsable a soudain le vent en poupe. Régulation certes, mais opérée spontanément par les investisseurs eux-mêmes. Mais que sont vraiment les ISR ?

Citoyen actionnaire, mythe ou réalité ?

L’ISR (Lire notre précédente enquête sur le sujet) se veut un placement privilégiant des titres d’entreprises alliant politique d’emploi innovante, respect de l’environnement et rentabilité financière. L’objectif affiché est qu’en plaçant son épargne dans les ISR, on œuvre pour une société plus juste et un monde plus propre. Les plus optimistes appréhendent ces instruments financiers comme des outils de moralisation d’une planète économique et financière qui ne jauge une entreprise que par son niveau de rentabilité financière. Des critères extra financiers permettent de se pencher sur l’utilité réelle des biens fournis et sur la manière dont ces biens sont produits au regard des normes sociales et du respect de l’environnement. Si produire des éoliennes et des panneaux solaires c’est bien, les fabriquer en Chine dans un contexte peu respectueux des conditions de travail et en polluant le fleuve qui passe à côté pose problème. La rentabilité n’est bien sûr jamais perdue de vue – nous n’avons pas affaire à des philanthropes - il suffit juste de trouver des outils qui permettent de transformer les pratiques sociales et environnementales en surplus de dividendes. Non contents d’avoir produit des politiques de dumping social tout en saccageant la planète, les tenants du pouvoir économique souhaitent désormais, en ces temps de crise morale, extraire de la plus-value du comportement social et environnemental des entreprises.

Le discours sur l’ISR fait la part belle à la « démocratie actionnariale ». « Les fonds d’investissements socialement responsables permettent [à l’épargnant] d’utiliser son argent pour faire pression sur les grands acteurs privés et les conduire à améliorer leur pratique en matière sociale et environnementale. Ces placements aident des personnes en difficulté à accéder à un logement ou à une activité professionnelle et soutiennent des micro-entrepreneurs en France ou au Sud. », lit-on dans le hors-série du mensuel Alternatives économiques consacré à ce type de placements (Les placements éthiques et solidaires, Hors-série pratique n°35).

L’image du citoyen actionnaire « qui crée du lien social en investissant dans une micro société produisant du bio » est-elle plus proche du mythe ou de la réalité ? Si l’on se réfère à une étude menée par la filiale de la Caisse des dépôts et consignation, Novethic (un centre de recherche spécialisé dans la responsabilité sociale des entreprises et l’ISR), on sait qu’en 2007, la majorité des ISR gérés en France étaient investis en actions dans de grandes entreprises, les PME ne représentant qu’une part très minoritaire (3%). Les « placements solidaires », vers des petites entreprises d’insertion, la construction de logements sociaux ou le financement d’associations par exemple, font figure de niche encore plus marginale [1]. Les fonds éthiques sont investis dans les grandes valeurs boursières tandis que les produits solidaires - plus « militants » - financent des initiatives sociales de terrain. Entre les deux, rien, ou pas grand chose. Les petites et moyennes entreprises (PME), qui pourraient plus facilement représenter un modèle économique alternatif à la multinationale en matière de démocratie d’entreprise ou de politiques salariale, sont encore ignorés par les placements éthiques.

Évalué à 1% des investissements gérés en France, le secteur socialement responsable a enregistré une progression de 30% entre 2006 et 2007 pour atteindre 22,1 milliards d’euros d’encours (19,5 milliards fin 2008) qui sont maintenant détenus à 66% par des investisseurs institutionnels (les fameux zinzins). Car depuis 2006, fonds de pension, assureurs et réassureurs sont de plus en plus intéressés pour les critères ESG et les incluent dans certains de leurs portefeuilles. Les « AXA WF Human Capital », « Green Planet Fund » du Crédit Agricole, « HSBS Euro Obligations responsables », « LCL obligations développement durable », « Natixis Impact Life Quality » ou « Macif Croissance durable » se sont multipliés depuis quelques années.

Biodiversité ? Connais pas.

Le Centre d’analyse stratégique (Cas), organisme d’expertise rattaché au Premier Ministre a pour mission d’éclairer le Gouvernement dans la définition et la mise en œuvre de ses orientations stratégiques en matière économique, sociale, environnementale ou culturelle. Il a publié une note de 24 pages dans le cadre de l’organisation du colloque Nouveau monde, nouveau capitalisme (éthique, développement, régulation) organisé par Éric Besson, (à l’époque où il était encore secrétaire d’État chargé de la Prospective) qui s’est tenu les 8 et 9 janvier à Paris en présence de la fine fleur de l’économie mondiale. Les trois dernières pages de cette note sont consacrées à la contrainte environnementale et à la « croissance durable ».

Le Cas indique que la finance socialement responsable pourrait être confortée par la crise financière. « On peut néanmoins s’interroger sur le caractère réellement alternatif de l’ISR et sur sa capacité à rendre le capitalisme plus soucieux de l’environnement, alors que la performance sociale et environnementale reste faiblement corrélée à la valorisation boursière », précise le rapport. Il ajoute qu’en dehors des cas de violation extrême des droits de l’homme, « les ISR excluent rarement des entreprises de leur portefeuille et ne sont pas davantage prémunis de la logique de rendement à court terme. Leur prise en compte du long terme reste strictement limitée par la logique de la revente des titres au bon moment avec un taux de rotation de 6 à 9 mois comparable à celui des autres fonds. » Par ailleurs, les marchés financiers n’abordent les questions environnementales qu’en fonction des secteurs très polluants alors qu’elles sont transversales à tous les types d’activité. « Les marchés ont commencé à s’intéresser aux gaz à effet de serre à partir du moment où ces derniers ont eu une traduction financière palpable par le biais des quotas de permis d’émission. »

En décembre 2008, Novethic a publié une nouvelle étude : « Les investisseurs se sentent-ils responsables des politiques environnementales, sociales et de gouvernance des entreprises dont ils sont actionnaires ? » Les réponses laissent perplexe. La préoccupation des impacts environnementaux arrive… en dernière position chez une majorité d’investisseurs institutionnels. « Non seulement l’environnement n’est pas perçu comme une priorité mais les investisseurs sont peu nombreux à considérer qu’ils doivent intervenir prioritairement dans ce domaine auprès des entreprises », déplore Novéthic. Quand on leur demande de classer ces enjeux par ordre d’importance, ils sont moins de la moitié à placer le réchauffement climatique en tête. Quant à la protection de la biodiversité, elle ne les intéresse tout simplement pas.

Conditions de travail… Plaît-il ?

S’agissant des critères sociaux, les investisseurs français privilégient le respect des Droits de l’homme (vaste fourre-tout) mais sont peu intéressés par les conditions de travail chez les sous-traitants. La question de la préservation de l’emploi local dans les pays développés n’est pas non plus un enjeu primordial à leurs yeux. Côté « gouvernance », c’est davantage le contrôle des dirigeants que celui de leurs rémunérations qui obtient leur faveur. Exit donc le social et l’environnemental. Dans ces conditions comment différencier les ISR du monde de la finance classique ?

Certains fonds excluent pour des raisons morales ou religieuses des secteurs tels que l’armement, le jeu, le tabac ou des entreprises faisant travailler des enfants ou implantées dans certains pays. La FIDH (Fédération internationale des droits de l’Homme) par exemple définit les critères de sélection d’un fonds intitulé Liberté et solidarité qui notamment exclut toute entreprise implantée en Birmanie. Le groupe Total en fait partie. Mais le pétrolier émarge aussi parmi les actionnaires de Vigeo, l’agence de notation extra-financière dirigée par l’ancienne dirigeante de la CFDT Nicole Notat, qui fournit des informations sur la responsabilité sociale, environnementale et de gouvernance pour les trois quart des investisseurs du marché français.

Eclatement de la bulle spéculative verte

« Les produit solidaires avaient une bonne capacité de résistance face à la chute boursière du fait de leur orientation sur des entreprises qui recherchent une croissance réaliste mais durable... Pour autant, la finance solidaire a posé dès son origine un pied dans les marchés classiques », indiquait en septembre L’association Finansol, qui fédère les organisations de finance solidaire en France. Si les placements solidaires souffrent aussi de la crise financière, les fonds ISR liés aux valeurs boursières y sont encore plus exposés. Elle n’a pas épargné le secteur de l’environnement. Les fonds thématiques verts ont perdu 24% de leur valeur entre début 2008 et septembre 2008. Les entreprises du secteur de l’environnement sont nombreuses à avoir perdu entre 50 et 70% de leur valeur. Les marchés financiers auraient considéré que, compte tenu de la crise, les banques ne financeraient plus les professionnels de l’environnement dont l’activité repose à 80% sur le crédit. Les Etats-Unis ne s’y sont pas trompés. Le plan Paulson prévoit en effet un crédit d’impôt de 17 milliards de dollars pour financer pendant huit ans les énergies solaires et éoliennes. En France, on préfère les réacteurs nucléaires.

Les fonds étiquetés ISR sont-ils en train de servir de caution morale à un système qui est encore loin de se remettre en cause, au risque de décrédibiliser la notion d’éthique ? En 2008, Amadeis (conseil en gestion d’actif) et Natixis, ont créé le prix de l’investisseur responsable. Un jury présidé par Jacques Attali l’a décerné à l’Etablissement de Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (ERAFP), un fonds de pension créé en 2003 à la suite de la loi Fillon sur les retraites. Ajoutons que parmi les nominés figuraient Carrefour, etFrance Télécom, qui en tant qu’employeurs sont peu connus pour avoir des politiques du personnel progressistes. Peut-être en est-il autrement pour les investisseurs responsables, mais responsables de quoi ?

Nadia Djabali
Notes

[1] Les produits financiers « solidaires » occupent une place à part dans l’investissement socialement responsable (ISR). D’abord par les sommes mobilisées – 1,27 milliards d’euros début 2007 contre plus de vingt milliards pour les fonds ISR classiques - et le public concerné – environ 270.000 souscripteurs, souhaitant agir concrètement sur leur environnement économique quitte à sacrifier une partie du rendement de leur épargne. Surtout, c’est l‘objectif des placements qui diffère. L’éthique n’est pas dans la manière de gérer ces fonds, même si elle doit bien sûr être transparente, mais dans leur finalité : le soutien à une cause humanitaire, à un projet de développement, à l’insertion sociale ou à l’accès au logement. Ces placements solidaires disposent du label Finansol.
Par Alexis Carré - Publié dans : tendance
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