L'ACTIONNAIRE ACTIVISTE
La fondation suisse Ethos a fait évoluer la gouvernance de Nestlé et d'UBS
Impossible de faire bouger des colosses comme Nestlé ou UBS ? Leur compatriote et actionnaire Ethos vient de prouver le contraire. Ignorée voire raillée lors de sa création il y a onze ans par deux fonds de pension genevois, cette fondation suisse pour un développement durable regroupe aujourd'hui 80 investisseurs, gère 1,2 milliard d'euros... et se voit prise très au sérieux.
Face à Nestlé, elle a obtenu gain de cause en trois ans, après une intervention musclée en 2005 lors de l'assemblée générale des actionnaires - elle avait présenté trois résolutions, dont l'une, demandant la séparation des fonctions de président et de CEO, avait recueilli 36% des voix. Depuis avril 2008, le géant de l'agroalimentaire ne pratique plus le cumul des fonctions et s'est doté de statuts améliorant nettement sa gouvernance.
La victoire sur UBS fut encore plus rapide. Il a suffi de hausser le ton lors de l'assemblée générale (AG) extraordinaire de février 2008 en menaçant la banque de « contrôle spécial », pour qu'elle accepte, en deux semaines, de révéler aux actionnaires la teneur des enquêtes menées au sujet de son exposition à la crise des subprimes.
« Nos interventions lors des AG d'actionnaires de Nestlé, d'UBS ou de Novartis ne sont que la partie émergée de l'iceberg, la plus visible et la plus médiatisée de l'actionnariat actif que nous menons », précise Dominique Biedermann, le directeur d'Ethos. « L'investissement socialement responsable, ce n'est pas seulement choisir les titres en portefeuille en fonction de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. C'est aussi exercer systématiquement ses droits de vote, et surtout engager le dialogue avec les entreprises tout au long de l'année pour qu'elles améliorent leurs pratiques. »
Ethos discute donc de la rémunération des dirigeants ou du reporting environnemental et social avec le management des 100 premières sociétés suisses, leur garantissant de rester discret, tout en les avertissant du risque de grabuge en AG en cas de mauvaise volonté. Des pratiques peu répandues en Europe, qu'Ethos entend développer via des partenariats comme celui noué en 2007 avec Phitrust, spécialiste français du dialogue actionnarial.
La fondation participe également aux groupements internationaux d'investisseurs qui fleurissent depuis quelques années autour de thèmes aussi variés que l'accès aux médicaments dans les pays en voie de développement, le respect des droits de l'homme dans les sociétés Internet ou encore le changement climatique. Pour inciter les grandes entreprises suisses à limiter leurs émissions de gaz carbonique, Ethos les bouscule par exemple pour le compte du très puissant Carbon Disclosure Project - association internationale indépendante qui regroupe près de 400 investisseurs institutionnels dont les actifs sous gestion atteignent 57 000 milliards de dollars (voir aussi notre article p. 40). Certes, rien n'oblige ces dernières à dévoiler leur bilan écologique. Pourtant, une grande majorité finit par s'y plier. Dominique Biedermann l'assure : « Les entreprises commencent à comprendre qu'au fond Ethos travaille dans leur intérêt à long terme. »
CORALIE SCHAUB
1 Octobre 2008
Enjeux Les Echos
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