Réfléchir à un placement socialement responsable
« Si la crise financière de ces dernières semaines mobilise bien toute notre attention, il nous paraît toutefois légitime, en notre qualité de banquier privé préconisant une vision à long terme, de s’arrêter un court instant sur les premiers enseignements à tirer de ce cyclone boursier.
Notre constatation initiale se rapporte à l’attitude d’investissement d’une partie des acteurs de la finance. Force est de constater que l’ensemble de la communauté paie aujourd’hui très cher l’irresponsabilité de certains d’entre eux, illustrée notamment par l’introduction sur les marchés de véhicules d’investissement à haut degré de toxicité.
Cette constatation ne s’applique cependant pas à l’ensemble des innovations observées ces dernières années dans le domaine de la finance, bien au contraire. Le fort développement des investissements alternatifs, que sont les hedge funds, le private equity ou encore les infrastructures, s’avère une indéniable avancée apportant une diversification souhaitable et nécessaire aux portefeuilles. En revanche, la multiplication de certains produits financiers (les CDOs, par exemple) illustre bien les dérives atteintes. Certains nouveaux instruments ont introduit, en effet, des profits synthétiques éloignant l’investissement de son utilité initiale.
A l’irresponsabilité s’ajoute la course grandissante à la complexification qui a marqué la finance. Elle implique plus que jamais de revenir aujourd’hui à l’égard d’une partie de la clientèle à plus de clarté, soit à une offre de produits accessibles, compréhensibles et explicables en mesure, notamment, de restaurer la confiance.
L’investissement durable répond à cette triple exigence. Comme sa dénomination l’indique, il atteste d’une véritable prise de conscience et d’un sens des responsabilités de l’investisseur. Il porte, de plus, sur des thèmes très concrets, visant des objectifs tangibles comme la prise en compte de l’environnement à travers un investissement socialement responsable ou le développement de technologies propres via des fonds composés de sociétés actives dans les énergies alternatives ou le recyclage. L’investissement durable se distingue enfin par sa clarté.
Nombre d’investisseurs privés et institutionnels helvétiques en sont toujours plus convaincus, comme l’attestent les données présentées en mars de cette année par le consultant zurichois «onValues», qui évalue la taille globale de ce marché à 30 milliards de francs à la fin décembre 2007. Soit une croissance annuelle de 67%. Interrogés sur les motivations ayant dicté leurs choix, ces investisseurs affirment être aussi sensibles à la diversification et aux performances de ces placements qu’à un développement durable de notre société.
La crise actuelle conforte le bien-fondé de cette approche et une tendance durable en faveur d’un thème d’investissement permettant en prime de préparer l’avenir des générations futures.
* Responsable de l’investissement socialement responsable,chez Lombard Odier Darier Hentsch & Co.
6 Octobre 2008
24 Heures
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