Bonne résistance des fonds « verts »

Publié le par Alexis Carré



l'environnement fait des adeptes : plusieurs sociétés de gestion misent sur ce secteur, qui présente un vrai potentiel de croissance. Et à juste titre, les performances des supports restant solides dans le contexte actuel.

Depuis le début de la décennie, une vague verte a submergé la gestion collective ! De nombreux fonds ont d'ores et déjà été lancés, et la source semble loin d'être tarie. Nécessité de trouver des solutions énergétiques alternatives, alors que les ressources terrestres en énergies fossiles sont menacées, obligation de protéger la planète et, de facto, ses trésors naturels, comme l'eau et l'air... Autant de facteurs justifiant la création d'un compartiment écologique dans le monde de la finance.

Cela dit, les établissements se défendent de succomber à un effet de mode. « Ces thèmes répondent au souci d'investir selon des tendances de croissance à long terme. Ils sont fondés sur des besoins fondamentaux, voire vitaux », argumente Hervé Thiard, directeur général de Pictet & Cie, à Paris. Reste toutefois à savoir si « vert » et « bonnes affaires » peuvent rimer ensemble pour les épargnants.

Une offre élargie

Les supports environnement peuvent être spécialisés ou diversifiés. En ce qui concerne le premier créneau, la grande nouveauté est le lancement prochain de Pictet Timber, qui investit dans les sociétés réalisant tout ou partie de leur chiffre d'affaires dans le bois. Parmi les fonds spécialisés, Pictet Timber ira rejoindre deux autres supports de la société de gestion suisse, très présente dans les fonds dits de niche : Pictet Fund Clean Energy et Pictet Fund Water, lequel se focalise sur l'eau, un domaine qui, avec Palatine Or bleu, de la Banque palatine, et SAM Sustainable Water, de Robeco, a le vent en poupe. Pour ce qui est du segment des énergies renouvelables - l'autre grande famille de fonds spécialisés -, les supports s'octroient un univers d'investissement plus large, intégrant le secteur du solaire, celui des éoliennes, des biocarburants et de l'efficacité énergétique. Dans cette catégorie, figurent notamment deux ténors : BGF New Energy, de BlackRock, et CS EF (Lux.) Futur Energy, du Crédit suisse.

Changement de décor avec l'univers des fonds diversifiés. Cette fois, les gérants utilisent l'environnement comme champ d'investigation au sens large du terme. Quelques créations récentes peuvent être mentionnées : signalons Tocqueville BMG Environnement, de Tocqueville Finance, et Palatine Climat et Environnement, de la Banque Palatine, qui s'ajoutent à Ecureuil Bénéfice Environnement (créé en juin dernier), des Caisses d'épargne, ce dernier intégrant par ailleurs la problématique de la santé. On peut également citer LFP Croissance Environnement, de La Française des placements, qui fête son premier anniversaire. Ces nouveaux fonds s'ajoutent à des OPCVM plus anciens comme DWS Invest Resources, de DWS Investment, MAM Environnement, de la Financière Meeschaert, ou encore Performance Environnement, de la Financière Champlain.

Mieux que les indices

Logiquement, ces nouveau-nés augmentent les possibilités d'investissement du souscripteur féru d'écologie. Notons cependant que ces fonds, bien qu'étiquetés « environnement », peuvent miser sur des sociétés qui n'ont qu'un rapport indirect avec cette thématique. Ainsi, Michelin appartient à l'univers d'investissement de Palatine Climat et Environnement en raison de la faible adhérence de ses pneus à la route, d'où une consommation d'essence moins élevée. De leur côté, les fonds spécialisés sont soumis à la même problématique. Pour minimiser les risques, l'univers d'investissement autour de l'eau, très étroit, a été volontairement élargi par les gérants. Résultat : pour Pictet & Cie, les sociétés éligibles au sein du portefeuille de Pictet Fund Water doivent seulement réaliser 20 % de leur chiffre d'affaires dans le secteur de l'eau ! D'où, par exemple, la présence de Danone, dont l'activité eau ne représente que 21 % de son chiffre d'affaires, mais qui pèse pourtant 4,1 % du portefeuille.

En attendant, ces thématiques ont fait preuve d'une grande résistance depuis janvier, mais aussi sur un an (lire tableau ci-contre). Par rapport à des indices comme le MSCI World ou le DJ Stoxx 600 (respectivement - 15,4 et - 20,97 % depuis le début de l'année et - 20,06 et - 23,34 % sur un an), la plupart de ces fonds réalisent une meilleure performance. Sans surprise, les fonds dont les énergies renouvelables - le solaire et l'éolien - représentent une proportion élevée se hissent en haut des classements car ils bénéficient de la thématique porteuse de la dépendance énergétique. En revanche, des fonds tels que MAM Environnement ou Performance Environnement, qui ont sous-pondéré ce segment, ont été pénalisés. La déconvenue est d'autant plus grande pour ce dernier support qu'il a fortement investi dans les petites et moyennes capitalisations, relativement boudées par les investisseurs ces derniers mois.

La diversification d'abord

Il apparaît également qu'une bonne stratégie de stock-picking a permis de tenir bon malgré les secousses des marchés. Ainsi, DWS Invest New Resources, diversifié dans les énergies renouvelables, l'eau et l'agrochimie, a bien résisté (+ 0,68 % sur un an et - 8,68 % depuis janvier 2008). Ce fonds s'est renforcé dans les valeurs défensives du secteur de l'eau en début d'année, a engrangé ses bénéfices sur le segment des fertilisants en mai et, à présent, mise le plus possible sur l'agrochimie depuis la forte correction de certaines valeurs.

Cette réactivité est appréciable dans un environnement, rappelons-le, toujours très fluctuant. Ainsi, moins que la baisse des cours du pétrole - jugée comme étant conjoncturelle -, le manque de visibilité sur le système des subventions consacrées au solaire à travers le monde peut inquiéter certains gérants. Des incertitudes planent aussi sur le segment de l'énergie éolienne, pénalisé par la montée des prix de l'acier, nécessaire à la fabrication des turbines.

Face à ces doutes, l'eau et le traitement des déchets, considérés comme défensifs, font figure de « force tranquille » dans les portefeuilles. A ce titre, ces thèmes ne doivent pas être négligés. Mieux vaut miser aujourd'hui sur les fonds diversifiés, permettant de saisir le maximum d'opportunités et d'équilibrer son portefeuille, plutôt que tabler sur un fonds spécialisé dont l'univers d'investissement pourra être l'objet de déconvenues coûteuses

De l'écologie à l'éthique, et inversement...

Que l'on ne se méprenne pas, les fonds verts (investis dans des entreprises qui réalisent tout ou partie de leur chiffre d'affaires grâce à une activité liée à l'environnement) ne sont pas forcément des fonds éthiques dits ISR (qui misent sur des entreprises qui, tous secteurs confondus, répondent à des critères d'investissement socialement responsable). Cependant, les fonds ISR prennent tous en compte la préservation de l'environnement, critère fondamental de la gestion éthique. Certains insistent d'ailleurs sur cet aspect. C'est le cas d'Etoile Environnement, du Crédit du Nord, qui mise principalement dans des sociétés du DJ Euro Stoxx 50 répondant aux critères de l'agence de notation Vigéo en matière d'environnement et réserve 10 % de ses encours à des sociétés actives dans le secteur de l'énergie renouvelable. A noter enfin que, parmi les fonds verts figurant dans notre sélection, plusieurs comme MAM Environnement, Ecureuil Bénéfices Environnement répondent aussi à des critères ISR




Anne Michel
12 Septembre 2008
La Vie Financière
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Publié dans performance

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