Moins d’émissions CO2 contre plus d’emplois grâce à des stratégies ISR optimisées?
Pictet Asset Management (PAM), l’entité de gestion institutionnelle de rang mondial de Pictet & Cie, a publié une nouvelle étude dont le but était de mesurer le rendement tant en termes environnementaux que sociaux (c.-à-d. extrafinanciers) d’un portefeuille en actions socialement responsable ou ISR.
Intitulée "Le paradoxe de la performance ISR, ou comment évaluer et mesurer la performance extrafinancière de l’investissement socialement responsable", l’étude, menée par Chrisophe Butz et Olivier Pictet démontre au final un impact environnemental - en termes d’émissions carbone - de 40% inférieur à celui d’un portefeuille conventionnel indexé sur le MSCI World. Avec en prime un impact social, sous la forme du nombre d'emplois créés, de +4,2% en 2007, soit un rendement environ 1,5 fois supérieur à celui de l’indice (+2,7%).
Cette étude avait pour point de départ le paradoxe selon lequel les investisseurs ISR, qui visent un rendement en termes sociaux et environnementaux, acceptaient pourtant très largement un reporting basé sur les seules performances financières. Pictet s’est donc proposé d'identifier des critères plus lisibles en termes d’ISR et de calculer, pour chaque société du portefeuille et de l'indice, son impact environnemental, avec la quantité de CO2 émise, et son impact social, au vu du nombre d'emplois créés, autrement dit d’estimer son "rendement social". L’impact environnemental de chaque investissement est ainsi exprimé en termes de volume d’émissions de gaz à effet de serre annuelles, c’est-à-dire en tonnes de CO2 par million de dollars investi. A partir de cette approche, Pictet et Centre Info, son fournisseur d’informations de longue date, ont mis sur pied une méthode d’évaluation ISR exhaustive, déjà appliquée par la Banque aux portefeuilles durables de ses clients, qui représentent aujourd’hui au total plus de 2 milliards d’euros. Quant au "rendement social actif", il est calculé en multipliant le nombre d’emplois créés (en termes absolus ou exprimés en pourcentage), sur une base annuelle estimative, par la pondération active de la société en question au sein du portefeuille durable de Pictet, ce résultat étant ensuite comparé à son univers d'investissement. Puis le portefeuille théorique de Pictet est "optimisé" afin d’obtenir un maximum de durabilité, en se basant sur l’évaluation des rendements sociaux et environnementaux selon la notation Pictet, pour un écart de suivi anticipé de 2% par rapport à l’indice MSCI World. Ainsi, dans des conditions de marché normales, les investisseurs peuvent-ils non seulement s’attendre à un rendement financier proche de celui de l’indice, mais également bénéficier d’une performance extrafinancière.
Et Christoph Butz, l’un des auteurs du rapport, de l’exprimer ainsi: "En choisissant une approche responsable et durable, les investisseurs prouvent qu’il est possible de servir les intérêts de la société tout en servant les intérêts particuliers qui sont les leurs. Mais encore faut-il qu’ils puissent mesurer leur action, car si la performance financière d’une entreprise peut être suivie en temps réel, tel n’est pas le cas des efforts qu’elle fournit sur le plan environnemental. Nous souhaitions donc proposer une solution analytique concrète et efficace pour combler cette lacune et répondre aux objectifs des investisseurs ISR, qui sont multidimensionnels". Cette étude propose ainsi une évolution des rapports extrafinanciers, où les performances environnementales et sociales seraient mesurées en termes d'émissions carbone et de création d'emplois, le but étant d’inclure au sein d’un portefeuille durable des entreprises émettant moins de gaz carbonique et créant davantage d’emplois que leurs pairs, et fournissant donc à l’investisseur ISR une valeur ajoutée extrafinancière.
Philippe Spicher, directeur exécutif de Centre Info, ajoute par ailleurs: "La dimension extrafinancière d’un rapport revêt une importance cruciale dans le cas des portefeuilles durables, mais elle a longtemps été négligée. En tant que fournisseurs de données ISR dotés d’une certaine expérience, nous n'avons d’ailleurs jamais été vraiment satisfaits des évaluations basées uniquement sur la performance financière. Cette étude ouvre donc la voie à un reporting sur la performance extrafinancière crédible. Et nous sommes convaincus que les investisseurs vont de plus en plus demander ce type d’informations afin d’évaluer la véritable valeur des investissements ISR."
1 Septembre 2008
Le Mensuel d´Agéfi Luxembourg
Publicité