Interview Anne-Caroline Husson Traoré : " Certains fonds ont un problème de crédibilité "

Publié le par Alexis Carré



Anne-Caroline Husson Traoré est directrice générale de Novethic.

Pourquoi consacrer une étude aux fonds " verts " ?

Ces fonds thématiques sont un vrai sujet. À l'origine, nous pensions que les fonds " verts " n'étaient pas forcément des fonds ISR (investissement socialement responsable), mais nous avons eu beaucoup de demandes de référencement sous cette double étiquette. Nous avons donc souhaité entrer dans le détail de ces fonds pour voir ce qu'il en était et nous avons constaté qu'ils n'appliquaient pas tous, loin de là, un filtre " ESG " [environnement social et gouvernance, Ndlr].

Comment l'expliquez-vous ?

Beaucoup de fonds thématiques sont commercialisés comme étant liés au développement durable. Hors ce concept accorde, en principe, autant d'importance aux critères environnementaux qu'aux critères sociaux. Ces derniers ne sont pas vraiment traités par les fonds " verts " qui reposent sur une analyse fondamentale des sociétés ne tenant compte que du critère environnemental. Pour être ISR, ils doivent prendre en compte non seulement les critères environnementaux des entreprises, mais aussi sociétaux ou encore de gouvernance.

N'assiste-t-on pas à une dérive marketing ?

Ils sont, en général, vraiment investis sur des valeurs " vertes " et souvent performants. Il est certain que le Grenelle de l'environnement a contribué à augmenter la conscience écologique des gens, qui assimilent aujourd'hui la logique du développement durable à la protection de l'environnement. Or il n'est pas toujours facile d'évaluer l'efficacité environnementale des produits financiers spécialisés, même si, pour les vendre, les financiers utilisent les mêmes arguments que les grandes ONG environnementales sur l'état du monde, en s'appuyant sur des études scientifiques. Ceci dit, je pense que certains fonds ont un problème de crédibilité sur ces sujets. Ceux qui sont construits avec une équipe interne dédiée à l'ISR prenant en compte des critères extra-financiers dans la sélection des valeurs bénéficient d'une expertise supplémentaire sur des sujets tels que l'environnement ou le changement climatique.

Existe-t-il un risque de bulle ?

Ce qui est sûr, c'est qu'il existe un décalage entre l'offre et la demande sur ces sujets. Les entreprises qui sont rattachées à ces thèmes sont peu nombreuses, ce qui explique pourquoi tous les fonds sont sur les mêmes valeurs. Le contexte réglementaire et les besoins croissants de technologies propres dopent la valorisation de ces sociétés et donnent donc des performances étonnantes pour ces fonds, ce qui alimente leur demande. Il existe donc bien un risque de bulle.

M.L.
25 Mars 2008
La Tribune
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