L'investissement durable est tout aussi stratégique

Publié le par Alexis Carré




La Suisse vient de planifier toute une série de mesures fiscales visant à renforcer l'attrait de sa place financière. En favorisant notamment l'implantation d'activités à forte valeur ajoutée dans le domaine des placements non traditionnels. En particulier des fonds spéculatifs (hedge funds) et des fonds de capital-investissement (private equity). Des métiers qui ont pris une place de premier plan dans le secteur de l'investissement. Et où la Suisse ne peut plus se contenter de gérer des fonds de fonds, mais se doit aussi de développer une large expertise directe de ces différents styles de placements (lire "L'Agefi" du 8 septembre). Une autre classe d'actifs ne doit pas être négligée pour autant, laquelle représente un pôle de croissance tout aussi crucial - et sans doute moins risqué - pour la place helvétique et la gestion de fortune, c'est celle du développement durable et de l'investissement "vert" ou socialement responsable (ISR). Deux études en rappellent l'importance: la première d'Axa Investment Managers et la seconde sous les auspices de l'Eurosif (forum européen de l'investissement socialement responsable) et de la banque bâloise de gestion de fortune Sarasin. Selon cette dernière, la part des grandes fortunes privées (HNWI en anglais) européennes investies dans l'investissement durable devrait passer de 8% de leurs actifs à fin 2007 (soit 540 milliards d'euros) à 12% en 2012. Au point de voir la valeur de la quote-part des grandes fortunes quasiment doubler à plus de 1000 milliards d'euros durant cette période en Europe. Alors que le champ de la gestion de fortune helvétique se déploie bien au-delà du Vieux Continent. Vers les marchés de croissance d'Asie, où la proportion de millionnaires intéressés ou investis dans les placements durables apparaît deux fois plus élevée qu'en Europe selon le rapport Merril Lynch/Capgemini 2007. D'autant que par son rôle précurseur, l'appétit des grandes fortunes est généralement suivi de celui des investisseurs institutionnels, comme on l'a déjà vu pour le capital risque et les hedge funds. Reste à lever les doutes qui pèsent encore sur cette classe d'actifs. Et sur le postulat d'une rentabilité supérieure de l'investissement durable sur le long terme. Même si l'impact positif sur la performance des portefeuilles a été mis en évidence par la moitié des 20 études académiques examinées par Eurosif, alors que sept autres études concluent simplement à un impact neutre sur la performance (lire aussi en page 17). Pour Fabian Baumer, sous-directeur de l'Administration fédérale des contributions, il ne tient d'ailleurs aux gérants de fonds traditionnels - et donc à ceux centrés sur l'investissement durable - qu'à adapter leurs structures légales pour bénéficier des traitements fiscaux prévus par le projet de mesures rendu public vendredi. Même si c'est aux administrations fiscales cantonales qu'il reviendra de se prononcer en dernier lieu. La plupart des fonds verts vendus en Suisse sont d'ailleurs de droit luxembourgeois. Mais l'enjeu stratégique de cette classe d'actifs dépasse largement ce cadre légal et fiscal. C'est pourquoi l'attrait des investissements dans ce secteur doit lui aussi faire l'objet d'un soin particulier des autorités fiscales.


piotr kaczor
10 Septembre 2008
L'Agéfi Suisse
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Publié dans tendance

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