L’ISR résiste tant bien que mal
Son univers n’a pas cessé de s’étendre. Malgré une grande hétérogénéité, cette gestion semble surperformer ses indices de référence.
Autrefois relégués à une démarche purement marketing, les fonds d’investissement socialement responsable (ISR) ont fait leur percée dans l’industrie financière. Le 13 novembre à Amsterdam, Vigeo, lors de la présentation de sa dernière étude sur les fonds verts, sociaux et éthiques en Europe, soulignait que cette catégorie de produits continuait de croître : + 23 % en un an, passant de 437 à 537 fonds. Et malgré la crise, le total des actifs se maintient à environ 48 milliards d’euros. Bon an mal an, le marché de l’ISR, qui consiste à adjoindre des critères extra-financiers aux critères financiers purs, s’affirme. Mais s’il est désormais admis que ces fonds d’investissement ne détruisent pas de valeur, ces produits et notamment ceux investis en actions ont-ils résisté à la crise ? Tout premier constat, sur les dix premiers mois de l’année, seuls les produits de taux tiennent le haut du classement Europerformance des OPCVM spécialisés, arrêté au 31 octobre, et délivrent des performances positives. En tête du palmarès, Sarasin Sustainable Bond de la banque éponyme helvétique, un produit obligataire qui a délivré pas moins de 9 %, suivi par Macif Court Terme ISR de Macif Gestion, qui offre 3,71 %, auquel succède Label Monétaire géré par Axa IM qui décroche la troisième place avec 3,69 %. A l’opposé, c’est aussi un fonds géré par la Banque Sarasin, Sarasin New Power Funds, un produit actions exposé au thème des énergies renouvelables qui clôt le classement avec -52,87 %...
Un risque mieux jaugé« Il est vrai que l’offre sur l’univers de taux s’est considérablement étoffée », analyse Alban de Faÿ, gérant au sein d’Ideam, filiale spécialisée en investissements socialement responsables (ISR) de Crédit Agricole AM, et en charge du pilotage du fonds de fonds danone.communities lancé par Danone. Selon le gérant, les fonds sous-jacents, en particulier les fonds monétaires ISR, résistent davantage à la crise de liquidité et délivrent une performance supérieure à leur indice de référence… « L’intégration de critères extra-financiers permet d’avoir une vision plus large du risque et par conséquent de sélectionner des émetteurs plus stables », explique-t-il. Un point de vue partagé par Eric Vanlabeck, directeur du développement de Macif Gestion, pour qui l’investissement « développement durable » est incontestablement porteur de performance « étant entendu que l’analyse financière traditionnelle ne prend pas en compte toute une zone de risque de l’activité d’une société (gouvernance…) ». La filiale du groupe mutualiste a retenu l’approche communément appliquée en France du « best in class » (lire l’encadré). « Les fonds d’exclusion, qui se rapprochent des fonds sectoriels, sont par essence plus dépendants des cycles macroéconomiques que les produits ‘best in class’, développe Frédéric Meschini, gérant actions. Or, pour délivrer de la performance dans la durée, nous estimons qu’il faut une diversification des risques et contenir les paris sectoriels. »
Une théorie qui condamne haut et fort, l’approche « exclusion ».Pour autant, l’une des approches est-elle réellement plus performante que l’autre ? Pour Frédéric Jamet, directeur général de State Street France, « la philosophie ‘best in class’, même si elle est moins carrée, est plus équilibrée au niveau de la performance ». Et d’apporter la preuve par les chiffres : le fonds non typé ISR SSgA Europe alpha equity a délivré à fin septembre sur un an glissant -33,69 %. Dans le même temps, ce même fonds version « best in class » faisait -32,52 %. A l’inverse, l’indice World Index Equity Funds affichait -24,92 % sur la même période quand le fonds indiciel maison, le SRI World Index Equity Funds, passé par les critères de sélection d’Ethix (exclusion du secteur de l’armement, des investissements en Birmanie…), délivrait -25,47 %. Dominique Sabassier, directeur général délégué en charge des gestions de Natixis Asset Management, qui totalise les plus gros volumes d’actifs ISR en France, dresse le même constat : « Même si la preuve de la surperformance de la gestion socialement responsable n’est pas apportée, sa performance dépend notamment de ses facteurs d’exclusion.
En revanche, l’application de critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) dans l’approche ‘best in class’ est créatrice de valeur au moins sur les critères ‘G’ et ‘E’. Il est vrai que les aspects sociaux sont plus délicats à analyser car, d’une part, le comportement de l’entreprise est souvent lié à l’environnement économique et, d’autre part, le niveau d’information fourni est plus erratique. »Des fonds résistantsPour Altedia Investment Consulting dont le département Recherche évalue la performance financière des placements responsables et durables (fonds ISR « best in class », fonds environnementaux, fonds d’exclusion...), leur résistance à la crise ne fait aucun doute. « Globalement entre début janvier et le 10 octobre 2008, les 102 fonds actions ‘best in class’ inclus dans notre base de données surperforment leur indice de 50 points de base (pb), voire 70 pb pour ceux que nous avons notés ‘aaa’ ou ‘aa’ (NDLR : notation interne des fonds responsables qui est fonction de l’expérience des équipes de recherche et de gestion, de la qualité de l’analyse extra-financière et de son niveau d’intégration dans le process de gestion…) », constate Marie Luchet, responsable de l’ISR d’Altedia IC. « Le ‘best in class’ intègre fréquemment de grosses capitalisations qui ont les moyens suffisants d’opter pour un comportement ‘responsable’, explique Edmond Schaff, analyste chez Altedia IC. Or, ces sociétés ont globalement mieux résisté à la crise que les petites et moyennes valeurs. » En revanche, les fonds thématiques, les fameux fonds verts, ont fortement souffert.
« Un univers qui a cristallisé beaucoup d’inquiétude de la part des investisseurs car ces entreprises sont des sociétés capitalistiques qui ont pâti du resserrement du crédit », souligne Marie Luchet. Résultat, une sous-performance globale de 5,4 % pour ces produits entre le 31 décembre 2007 et le 10 octobre 2008. Néanmoins, les fonds environnement qui utilisent un filtre extra-financier basé sur des critères environnementaux, sociaux et/ou de gouvernance pour sélectionner les entreprises font « mieux » ou moins mal avec une contre-performance de 3,9 %. Du coup, les fonds traditionnels ISR qui n’ont pas résisté à l’opportunité d’intégrer quelques-unes de ces petites capitalisations ont davantage souffert que leurs homologues, restés des « puristes » du socialement responsable en préférant se tenir à l’écart de ces titres particulièrement volatils.Des méthodes disparatesMalgré tout, il reste malaisé d’expliquer la performance de la gestion ISR, tant les process de sélection des valeurs diffèrent largement d’une maison de gestion à une autre.
Chez Groupama AM, la méthodologie s’articule autour d’une sélection réalisée par une équipe d’analystes internes qui intègre les notations des agences Deminor et Vigeo. « Nous puisons au sein de leurs recherches les informations qualitatives qui renseigneront notre grille de lecture, indique Juliette de Montety, gérante du fonds Eurocapital Durable. Puis nous sélectionnons le tiers des valeurs ayant le meilleur profil, soit un univers d’investissement composé de 91 titres de moyenne et large capitalisations. Et constituons à côté une ‘positive watch list’ qui rassemble les valeurs ‘best in class’ de demain, des titres de plus petites capitalisations et dont l’intégration dans le fonds ne devra pas excéder les 20 %. » Selon elle, c’est entre autres parce que ce portefeuille est plus resserré et les paris plus forts qu’il surperforme son indice (-37,32 % contre -46,29 % pour le MSCI Emu du 1er janvier 2008 au 13 novembre). Pour sa part, l’offre actions ISR de Macif Gestion répond au croisement de l’approche ESG et de l’analyse financière, dont les conclusions s’opposent parfois à court terme.
« Après avoir sélectionné les sociétés les plus proches des enjeux ESG de leur secteur, nous les intégrons dans nos portefeuilles selon une note globale qui est fonction de leur profil financier et de leur profil ISR, développe Frédéric Meschini, en charge de Macif Croissance Durable France et Macif Croissance Durable Europe. Ainsi, deux valeurs de profil inverse, c’est-à-dire dont les conclusions ESG et financière sont opposées, peuvent avoir la même pondération au sein de nos portefeuilles. » Un mode opératoire différent de celui appliqué par Banque Sarasin. « Même si une société présente un profil financier de très haute qualité et que sa notation ISR est, elle, inférieure au seuil d’admission établi pour son secteur (seuil plus élevé selon les défis écologiques et sociaux du secteur), elle est évincée de notre univers durable », résume Michaela Collins, « clients services » durabilité et ancienne analyste de la maison suisse. En attendant, nombre de ces fonds ont souffert, entraînés par la chute des actions. Mais la crise aura une fin. « Et les entreprises les mieux-disantes seront les mieux positionnées lors de la reprise des marchés », assure-t-elle. Reste à cette classe d’actifs à faire entendre sa voix. Selon la dernière étude de Vigeo, l’univers ISR en Europe pèse 0,87 % des fonds d’investissement.
Valérie Riochet
27 Novembre 2008
L'AGEFI Hebdo
Autrefois relégués à une démarche purement marketing, les fonds d’investissement socialement responsable (ISR) ont fait leur percée dans l’industrie financière. Le 13 novembre à Amsterdam, Vigeo, lors de la présentation de sa dernière étude sur les fonds verts, sociaux et éthiques en Europe, soulignait que cette catégorie de produits continuait de croître : + 23 % en un an, passant de 437 à 537 fonds. Et malgré la crise, le total des actifs se maintient à environ 48 milliards d’euros. Bon an mal an, le marché de l’ISR, qui consiste à adjoindre des critères extra-financiers aux critères financiers purs, s’affirme. Mais s’il est désormais admis que ces fonds d’investissement ne détruisent pas de valeur, ces produits et notamment ceux investis en actions ont-ils résisté à la crise ? Tout premier constat, sur les dix premiers mois de l’année, seuls les produits de taux tiennent le haut du classement Europerformance des OPCVM spécialisés, arrêté au 31 octobre, et délivrent des performances positives. En tête du palmarès, Sarasin Sustainable Bond de la banque éponyme helvétique, un produit obligataire qui a délivré pas moins de 9 %, suivi par Macif Court Terme ISR de Macif Gestion, qui offre 3,71 %, auquel succède Label Monétaire géré par Axa IM qui décroche la troisième place avec 3,69 %. A l’opposé, c’est aussi un fonds géré par la Banque Sarasin, Sarasin New Power Funds, un produit actions exposé au thème des énergies renouvelables qui clôt le classement avec -52,87 %...
Un risque mieux jaugé« Il est vrai que l’offre sur l’univers de taux s’est considérablement étoffée », analyse Alban de Faÿ, gérant au sein d’Ideam, filiale spécialisée en investissements socialement responsables (ISR) de Crédit Agricole AM, et en charge du pilotage du fonds de fonds danone.communities lancé par Danone. Selon le gérant, les fonds sous-jacents, en particulier les fonds monétaires ISR, résistent davantage à la crise de liquidité et délivrent une performance supérieure à leur indice de référence… « L’intégration de critères extra-financiers permet d’avoir une vision plus large du risque et par conséquent de sélectionner des émetteurs plus stables », explique-t-il. Un point de vue partagé par Eric Vanlabeck, directeur du développement de Macif Gestion, pour qui l’investissement « développement durable » est incontestablement porteur de performance « étant entendu que l’analyse financière traditionnelle ne prend pas en compte toute une zone de risque de l’activité d’une société (gouvernance…) ». La filiale du groupe mutualiste a retenu l’approche communément appliquée en France du « best in class » (lire l’encadré). « Les fonds d’exclusion, qui se rapprochent des fonds sectoriels, sont par essence plus dépendants des cycles macroéconomiques que les produits ‘best in class’, développe Frédéric Meschini, gérant actions. Or, pour délivrer de la performance dans la durée, nous estimons qu’il faut une diversification des risques et contenir les paris sectoriels. »
Une théorie qui condamne haut et fort, l’approche « exclusion ».Pour autant, l’une des approches est-elle réellement plus performante que l’autre ? Pour Frédéric Jamet, directeur général de State Street France, « la philosophie ‘best in class’, même si elle est moins carrée, est plus équilibrée au niveau de la performance ». Et d’apporter la preuve par les chiffres : le fonds non typé ISR SSgA Europe alpha equity a délivré à fin septembre sur un an glissant -33,69 %. Dans le même temps, ce même fonds version « best in class » faisait -32,52 %. A l’inverse, l’indice World Index Equity Funds affichait -24,92 % sur la même période quand le fonds indiciel maison, le SRI World Index Equity Funds, passé par les critères de sélection d’Ethix (exclusion du secteur de l’armement, des investissements en Birmanie…), délivrait -25,47 %. Dominique Sabassier, directeur général délégué en charge des gestions de Natixis Asset Management, qui totalise les plus gros volumes d’actifs ISR en France, dresse le même constat : « Même si la preuve de la surperformance de la gestion socialement responsable n’est pas apportée, sa performance dépend notamment de ses facteurs d’exclusion.
En revanche, l’application de critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) dans l’approche ‘best in class’ est créatrice de valeur au moins sur les critères ‘G’ et ‘E’. Il est vrai que les aspects sociaux sont plus délicats à analyser car, d’une part, le comportement de l’entreprise est souvent lié à l’environnement économique et, d’autre part, le niveau d’information fourni est plus erratique. »Des fonds résistantsPour Altedia Investment Consulting dont le département Recherche évalue la performance financière des placements responsables et durables (fonds ISR « best in class », fonds environnementaux, fonds d’exclusion...), leur résistance à la crise ne fait aucun doute. « Globalement entre début janvier et le 10 octobre 2008, les 102 fonds actions ‘best in class’ inclus dans notre base de données surperforment leur indice de 50 points de base (pb), voire 70 pb pour ceux que nous avons notés ‘aaa’ ou ‘aa’ (NDLR : notation interne des fonds responsables qui est fonction de l’expérience des équipes de recherche et de gestion, de la qualité de l’analyse extra-financière et de son niveau d’intégration dans le process de gestion…) », constate Marie Luchet, responsable de l’ISR d’Altedia IC. « Le ‘best in class’ intègre fréquemment de grosses capitalisations qui ont les moyens suffisants d’opter pour un comportement ‘responsable’, explique Edmond Schaff, analyste chez Altedia IC. Or, ces sociétés ont globalement mieux résisté à la crise que les petites et moyennes valeurs. » En revanche, les fonds thématiques, les fameux fonds verts, ont fortement souffert.
« Un univers qui a cristallisé beaucoup d’inquiétude de la part des investisseurs car ces entreprises sont des sociétés capitalistiques qui ont pâti du resserrement du crédit », souligne Marie Luchet. Résultat, une sous-performance globale de 5,4 % pour ces produits entre le 31 décembre 2007 et le 10 octobre 2008. Néanmoins, les fonds environnement qui utilisent un filtre extra-financier basé sur des critères environnementaux, sociaux et/ou de gouvernance pour sélectionner les entreprises font « mieux » ou moins mal avec une contre-performance de 3,9 %. Du coup, les fonds traditionnels ISR qui n’ont pas résisté à l’opportunité d’intégrer quelques-unes de ces petites capitalisations ont davantage souffert que leurs homologues, restés des « puristes » du socialement responsable en préférant se tenir à l’écart de ces titres particulièrement volatils.Des méthodes disparatesMalgré tout, il reste malaisé d’expliquer la performance de la gestion ISR, tant les process de sélection des valeurs diffèrent largement d’une maison de gestion à une autre.
Chez Groupama AM, la méthodologie s’articule autour d’une sélection réalisée par une équipe d’analystes internes qui intègre les notations des agences Deminor et Vigeo. « Nous puisons au sein de leurs recherches les informations qualitatives qui renseigneront notre grille de lecture, indique Juliette de Montety, gérante du fonds Eurocapital Durable. Puis nous sélectionnons le tiers des valeurs ayant le meilleur profil, soit un univers d’investissement composé de 91 titres de moyenne et large capitalisations. Et constituons à côté une ‘positive watch list’ qui rassemble les valeurs ‘best in class’ de demain, des titres de plus petites capitalisations et dont l’intégration dans le fonds ne devra pas excéder les 20 %. » Selon elle, c’est entre autres parce que ce portefeuille est plus resserré et les paris plus forts qu’il surperforme son indice (-37,32 % contre -46,29 % pour le MSCI Emu du 1er janvier 2008 au 13 novembre). Pour sa part, l’offre actions ISR de Macif Gestion répond au croisement de l’approche ESG et de l’analyse financière, dont les conclusions s’opposent parfois à court terme.
« Après avoir sélectionné les sociétés les plus proches des enjeux ESG de leur secteur, nous les intégrons dans nos portefeuilles selon une note globale qui est fonction de leur profil financier et de leur profil ISR, développe Frédéric Meschini, en charge de Macif Croissance Durable France et Macif Croissance Durable Europe. Ainsi, deux valeurs de profil inverse, c’est-à-dire dont les conclusions ESG et financière sont opposées, peuvent avoir la même pondération au sein de nos portefeuilles. » Un mode opératoire différent de celui appliqué par Banque Sarasin. « Même si une société présente un profil financier de très haute qualité et que sa notation ISR est, elle, inférieure au seuil d’admission établi pour son secteur (seuil plus élevé selon les défis écologiques et sociaux du secteur), elle est évincée de notre univers durable », résume Michaela Collins, « clients services » durabilité et ancienne analyste de la maison suisse. En attendant, nombre de ces fonds ont souffert, entraînés par la chute des actions. Mais la crise aura une fin. « Et les entreprises les mieux-disantes seront les mieux positionnées lors de la reprise des marchés », assure-t-elle. Reste à cette classe d’actifs à faire entendre sa voix. Selon la dernière étude de Vigeo, l’univers ISR en Europe pèse 0,87 % des fonds d’investissement.
Valérie Riochet
27 Novembre 2008
L'AGEFI Hebdo
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