Investissement Socialement Responsable: Comment quantifier des résultats extrafinanciers
Les investissements dans le développement durable se mesurent souvent à la seule rentabilité financière. Pourtant, sur le long terme, les critères sociaux et environnementaux permettent d'affiner la valorisation d'une société.
De nos jours, les investisseurs socialement responsables, tout en souhaitant une amélioration des résultats environnementaux ou sociaux, acceptent largement de ne tenir compte que de la rentabilité financière, les résultats extra-financiers ne faisant la plupart du temps l'objet d'aucune comptabilité. Pourtant, nos récentes recherches (1) et notre longue expérience de l'investissement durable montrent que, en dehors du rendement financier anticipé, la fonction d'utilité des investisseurs socialement responsables intègre généralement deux autres composantes : l'une environnementale et l'autre sociale. Nous utilisons pour notre part deux indicateurs indirects pertinents et quantifiables pour mesurer chacune de ces composantes.
Pour calculer le " résultat environnemental ", nous considérons le total des émissions directes et indirectes de CO2 de chacune des sociétés d'un portefeuille, pondéré par la taille de l'investissement. Le " résultat social " est, quant à lui, quantifié par la mesure de la création ou de la destruction nette d'emplois au fil du temps. À partir de ces deux indicateurs, nous calculons ensuite une note de durabilité globale pour chacune des sociétés détenues en portefeuille. En considérant simultanément la note de durabilité de chacune des valeurs mobilières et son risque, nous optimisons alors le degré de durabilité du portefeuille de valeurs mobilières pour un niveau de risque donné. Le " résultat environnemental et social " du portefeuille qui en résulte peut être ensuite mesuré par rapport à un indice de référence étendu comme le MSCI World.
Hausse des emplois et baisse du CO
Nos recherches ont produit des résultats convaincants : en 2007, pour chaque million de dollars d'un portefeuille optimisé durablement par rapport au MSCI World, les émissions annuelles de CO2 auraient été de 528 tonnes, à comparer aux 892 tonnes du MSCI World. Pour réaliser cette importante " surperformance environnementale ", il faut nécessairement réallouer les capitaux investis des sociétés écologiquement les moins efficaces vers les plus efficaces, au sein des mêmes secteurs.
Le " résultat social " effectif est obtenu en multipliant la croissance annuelle de l'emploi par la pondération effective de la société correspondante dans le portefeuille optimisé par la durabilité. Ce chiffre peut être ensuite comparé à l'univers d'investissement (MSCI World) pour déterminer le résultat social effectif du portefeuille durable. Pour 2007, la " performance sociale " du portefeuille s'est établie à 4,2 %, à comparer aux 2,7 % du MSCI World, autrement dit une amélioration de la croissance de l'emploi de près de la moitié.
Par conséquent, dans des conditions normales de marché, les investisseurs pourraient prévoir non seulement un résultat financier qui suivrait de près l'indice de référence, mais aussi un résultat non financier en termes de réduction des émissions de CO2 et de création d'emplois en hausse. Et si les résultats d'un portefeuille optimisé par la durabilité peuvent être identiques ou supérieurs à ceux d'investissements conventionnels, tout investisseur rationnel devrait opter pour les possibilités de résultats les plus élevées, à coûts identiques. Il serait dès lors plus intéressant de savoir comment les investisseurs réagiraient s'ils avaient à négocier en toute connaissance de cause le résultat financier anticipé par rapport à la contribution environnementale et sociale. Dans ce cas, les investisseurs auraient à définir leur propre " fonction d'utilité durable ".
Préparer les esprits.
Compte tenu du caractère individuel des situations et des critères de choix, les investisseurs parviendraient à des conclusions différentes sur le meilleur arbitrage à opérer entre durabilité et rentabilité financière. Mais, dans tous les cas, il faut d'abord quantifier la contribution durable, avant que l'investisseur ne puisse déterminer une stratégie d'investissement pertinente. Combler cette lacune, c'est préparer les esprits à évaluer l'investissement socialement responsable, ce qui constitue la condition préalable à une approche utilitariste quantifiable.
En disposant d'une quantification des résultats durables, les fonds de pension cotés (et autres investisseurs institutionnels qui doivent faire face aux pressions de leurs bénéficiaires ou des organismes de régulation qui ne s'intéressent qu'à la rentabilité financière) pourraient résister au court-termisme financier en montrant que l'investissement durable peut obtenir des résultats réels et quantifiables, et limiter ainsi le risque par rapport à un portefeuille conventionnel.
(1) " Le Paradoxe de la performance de l'ISR ou comment prévoir et mesurer la performance extra-financière de l'investissement socialement responsable ", par Christoph Butz et Olivier Pictet, Pictet Asset Management, juillet 2008.
(*) Expert en durabilité chez Pictet Asset Management.
Par christoph butz
3 Octobre 2008
La Tribune
De nos jours, les investisseurs socialement responsables, tout en souhaitant une amélioration des résultats environnementaux ou sociaux, acceptent largement de ne tenir compte que de la rentabilité financière, les résultats extra-financiers ne faisant la plupart du temps l'objet d'aucune comptabilité. Pourtant, nos récentes recherches (1) et notre longue expérience de l'investissement durable montrent que, en dehors du rendement financier anticipé, la fonction d'utilité des investisseurs socialement responsables intègre généralement deux autres composantes : l'une environnementale et l'autre sociale. Nous utilisons pour notre part deux indicateurs indirects pertinents et quantifiables pour mesurer chacune de ces composantes.
Pour calculer le " résultat environnemental ", nous considérons le total des émissions directes et indirectes de CO2 de chacune des sociétés d'un portefeuille, pondéré par la taille de l'investissement. Le " résultat social " est, quant à lui, quantifié par la mesure de la création ou de la destruction nette d'emplois au fil du temps. À partir de ces deux indicateurs, nous calculons ensuite une note de durabilité globale pour chacune des sociétés détenues en portefeuille. En considérant simultanément la note de durabilité de chacune des valeurs mobilières et son risque, nous optimisons alors le degré de durabilité du portefeuille de valeurs mobilières pour un niveau de risque donné. Le " résultat environnemental et social " du portefeuille qui en résulte peut être ensuite mesuré par rapport à un indice de référence étendu comme le MSCI World.
Hausse des emplois et baisse du CO
Nos recherches ont produit des résultats convaincants : en 2007, pour chaque million de dollars d'un portefeuille optimisé durablement par rapport au MSCI World, les émissions annuelles de CO2 auraient été de 528 tonnes, à comparer aux 892 tonnes du MSCI World. Pour réaliser cette importante " surperformance environnementale ", il faut nécessairement réallouer les capitaux investis des sociétés écologiquement les moins efficaces vers les plus efficaces, au sein des mêmes secteurs.
Le " résultat social " effectif est obtenu en multipliant la croissance annuelle de l'emploi par la pondération effective de la société correspondante dans le portefeuille optimisé par la durabilité. Ce chiffre peut être ensuite comparé à l'univers d'investissement (MSCI World) pour déterminer le résultat social effectif du portefeuille durable. Pour 2007, la " performance sociale " du portefeuille s'est établie à 4,2 %, à comparer aux 2,7 % du MSCI World, autrement dit une amélioration de la croissance de l'emploi de près de la moitié.
Par conséquent, dans des conditions normales de marché, les investisseurs pourraient prévoir non seulement un résultat financier qui suivrait de près l'indice de référence, mais aussi un résultat non financier en termes de réduction des émissions de CO2 et de création d'emplois en hausse. Et si les résultats d'un portefeuille optimisé par la durabilité peuvent être identiques ou supérieurs à ceux d'investissements conventionnels, tout investisseur rationnel devrait opter pour les possibilités de résultats les plus élevées, à coûts identiques. Il serait dès lors plus intéressant de savoir comment les investisseurs réagiraient s'ils avaient à négocier en toute connaissance de cause le résultat financier anticipé par rapport à la contribution environnementale et sociale. Dans ce cas, les investisseurs auraient à définir leur propre " fonction d'utilité durable ".
Préparer les esprits.
Compte tenu du caractère individuel des situations et des critères de choix, les investisseurs parviendraient à des conclusions différentes sur le meilleur arbitrage à opérer entre durabilité et rentabilité financière. Mais, dans tous les cas, il faut d'abord quantifier la contribution durable, avant que l'investisseur ne puisse déterminer une stratégie d'investissement pertinente. Combler cette lacune, c'est préparer les esprits à évaluer l'investissement socialement responsable, ce qui constitue la condition préalable à une approche utilitariste quantifiable.
En disposant d'une quantification des résultats durables, les fonds de pension cotés (et autres investisseurs institutionnels qui doivent faire face aux pressions de leurs bénéficiaires ou des organismes de régulation qui ne s'intéressent qu'à la rentabilité financière) pourraient résister au court-termisme financier en montrant que l'investissement durable peut obtenir des résultats réels et quantifiables, et limiter ainsi le risque par rapport à un portefeuille conventionnel.
(1) " Le Paradoxe de la performance de l'ISR ou comment prévoir et mesurer la performance extra-financière de l'investissement socialement responsable ", par Christoph Butz et Olivier Pictet, Pictet Asset Management, juillet 2008.
(*) Expert en durabilité chez Pictet Asset Management.
Par christoph butz
3 Octobre 2008
La Tribune
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