Et si les banques...
A quoi servent les banques ? La crise lancinante des subprimes, la chute sévère des indices boursiers, la contraction brutale du crédit, la multiplication des renflouements d'urgence publics ou privés, la faillite retentissante de Lehman Brothers, ou encore les pertes bancaires colossales - près de 1 000 milliards de dollars - impliquant des augmentations subites de capital invitent à se poser la question.
Cette crise a le mérite de rappeler le rôle central des banques dans nos économies, les faillites bancaires menaçant l'ordre économique international. La mondialisation a certes minoré leur place dans le financement direct au profit des marchés financiers, mais elle leur a aussi permis d'innover et d'étendre le périmètre de leurs activités. Or, dans un environnement concurrentiel, la quête effrénée du profit peut s'accompagner de prises de risques inconsidérées, telles que le financement de ménages à la solvabilité douteuse, et déboucher sur un cataclysme.
Les turbulences actuelles ne doivent cependant pas occulter l'effet d'entraînement positif des banques sur l'économie. L'histoire nous enseigne que les révolutions industrielles n'auraient pas eu lieu sans elles. Aujourd'hui, la révolution qui émerge est celle du développement durable avec la prise en compte de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (dits critères ESG) dans les activités économiques. De l'engagement, et donc de la solvabilité, des banques dépendront l'ampleur et la vitesse de la révolution verte.
Les banques sont déjà le relais indispensable de la banque centrale pour la conduite de la politique monétaire. Elles seront aussi incontournables dans la diffusion des critères ESG, car leur singularité est d'entretenir des relations avec tous les acteurs de l'économie (États, marchés financiers, entreprises, particuliers). Cette position d'intermédiaire leur impose une responsabilité globale à l'égard du système.
À l'image de toute entreprise, la banque doit être socialement responsable. Mais sa responsabilité ne s'arrête pas là. Dans la sphère financière, cette responsabilité est systémique. L'actualité en témoigne : la stabilité et la pérennité des marchés financiers sont étroitement liées à son éthique. Dans la sphère réelle, la responsabilité des banques est d'orienter l'économie vers le développement durable en intégrant dans l'analyse des critères extra-financiers. L'adoption systématique de ceux-ci constituerait un véritable changement de paradigme des modes d'évaluation des projets à financer. Jusqu'à récemment, cette évaluation reposait uniquement sur la détermination du couple risque-rendement du projet, avec les errements que l'on connaît. L'introduction de critères ESG - d'une troisième dimension - bouleverserait la hiérarchisation des projets finançables, ce qui devrait avoir un impact considérable sur l'économie.
De telles initiatives existent déjà. Le marché de l'investissement socialement responsable (ISR) connaît une très forte croissance depuis le début de la décennie. Les banques participent au financement d'entreprises les plus respectueuses des critères ESG. Parallèlement, elles créent une ligne de produits d'épargne ISR permettant la rencontre des entreprises et des particuliers sensibles aux critères ESG. De même, les banques occidentales, hier peu portées sur le financement des très petites entreprises, s'engagent désormais dans le secteur de la microfinance suite au succès rencontré dans les pays du Sud sous l'impulsion de la Grameen Bank. Enfin, pour les projets d'un montant supérieur à 10 millions de dollars, les banques internationales ont élaboré un référentiel commun, les principes Equateur, intégrant formellement les critères ESG.
L'engagement des banques en matière de développement durable révèle un changement d'optique plus favorable aux aspects qualitatifs de la croissance économique. Bien entendu, cette inflexion n'est pas purement altruiste. On peut y voir une volonté de diversification et de différenciation dans une logique purement commerciale d'extension de l'offre bancaire. Néanmoins, on ne peut nier également une prise de conscience récente de leur responsabilité. Les banques ne peuvent rester sourdes aux appels des grandes institutions internationales (ONU, OCDE...), ni à la pression des ONG. Ces dernières montrent cependant que les initiatives précédentes restent encore très insuffisantes au regard des enjeux du développement durable.
À la confluence des parties prenantes, le rôle central des banques est donc aujourd'hui réaffirmé. Leur responsabilité est globale et constitue de fait un bien public. Elles ont la capacité de façonner les relations économiques et financières à venir, d'une récession mondiale - la crise du siècle au dire+ d'experts - à une croissance harmonieuse. Ainsi, la quête d'une croissance durable ne pourra avoir lieu sans les banques. Le sauvetage du système bancaire n'est pas un luxe. C'est une nécessité.
13 Octobre 2008
Sud Ouest
Par Jean-Marie Cardebat et Jean-Louis Figuet
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