Saisir l'opportunité de la crise pour imposer plus de transparence

Publié le par Alexis Carré



Respectivement consultant associé de Crystal Consulting, cabinet spécialisé en investissement socialement responsable, et avocat à la Cour, associé du cabinet de droit des affaires Dechart LLP, les auteurs se prononcent en faveur de plus de transparence et d'une responsabilité des dirigeants sans concessions.La crise qui secoue les banques partout dans le monde souligne que le défi auquel nous faisons face est de réinventer un capitalisme financier à l'aune de son utilité économique, environnementale et sociale. Pour y parvenir, il convient de s'interroger sur les finalités et la dynamique dans laquelle celui-ci doit s'inscrire. Dans cet esprit, quatre axes prioritaires doivent être considérés.

À commencer par le retour à l'objet social des institutions financières, banques et assurances, qui est de financer le développement de l'économie réelle. La part des activités spéculatives, pour leur compte propre ou celui de leurs clients, dans les résultats de plusieurs grands établissements financiers, témoigne de l'inflexion à opérer. Renoncer à l'illusion d'une banque sans crédits comme aux fantasmes d'entreprises industrielles sans usines, c'est se replonger sainement dans l'économie réelle, avec ses actifs et ses risques tangibles. Ainsi, les niveaux de rentabilité attendus devront être ramenés plus en ligne avec la croissance de l'économie réelle. Les besoins de cette dernière sont considérables, qu'il s'agisse du financement des PME ou des réponses que la finance peut apporter opportunément aux défis de notre temps : climat, alimentation, démographie, développement durable des économies émergentes.

Il semble indispensable, ensuite, qu'une responsabilité soit plus clairement assumée à tous les niveaux. Les dirigeants d'entreprises face à des manquements manifestes doivent pouvoir être sanctionnés, le cas échéant pénalement. C'est déjà le cas outre-Atlantique, s'agissant de la responsabilité des dirigeants d'entreprises sur la vérité des comptes. La responsabilité financière et juridique de l'entreprise sur les impacts économiques, sociaux et environnementaux de ses activités, en devenant une réalité objective, conditionnera sa culture interne.

Les investisseurs institutionnels ont aussi un rôle critique à jouer en endossant franchement ce qu'ils financent in fine - ce qui a fait largement défaut dans la période récente - et en encourageant, conformément à leur responsabilité fiduciaire, des initiatives compatibles avec un développement durable.

La transparence est sans nul doute essentielle. Elle vise à permettre à toutes les parties prenantes de l'entreprise de tirer les conséquences des informations auxquelles elles ont accès. L'enjeu ne se limite plus aujourd'hui aux risques financiers, mais concerne également les risques industriels, environnementaux, sociaux et sanitaires. Le rapport de l'Institut français des administrateurs suggère une présentation, en conseil d'administration, d'une cartographie des risques, ainsi qu'une discussion sur leur maîtrise, reprise dans le rapport de gestion. Cela va dans le bon sens. La transparence sur les risques financiers et extra-financiers est un préalable dans la gestion d'actifs.

L'intégration progressive du risque carbone illustre la voie à suivre. Dans le même souci de transparence, l'innovation financière, sans être bridée, doit être plus claire sur ses objectifs et ses mécanismes. Quant aux risques qui en découlent, ils doivent être mieux supportés tant par leurs initiateurs que par les distributeurs de ces produits.

L'éthique des dirigeants, enfin, doit être érigée au rang d'exigence. Les pertes considérables, qui sont venues sanctionner ces jours-ci une activité peu légitime au regard d'un objet social, la mettent en cause directement. Elle est rendue encore plus nécessaire dans le contexte actuel d'aléa moral, résultant de l'intervention publique pour prévenir le risque systémique. Ce dernier amoindrit en effet la menace sanction de la faillite dans le cadre de la gouvernance des entreprises.

Toutes ces mesures seraient incomprises si elles ne se doublaient pas d'une plus juste rémunération des dirigeants et des intervenants, en lien avec les résultats atteints et dans des proportions ne fragilisant pas la cohésion sociale de l'entreprise. Cet élément conditionne aussi, parmi d'autres, le retour à la confiance, à l'heure où la solidarité nationale est appelée au chevet d'acteurs financiers en perdition.

La récurrence des crises financières ne doit pas conduire à relativiser l'événement. Il y a des destructions qui ne sont pas créatrices si on n'en tire pas toutes les leçons. Deux écueils peuvent cependant conduire à rater ce rendez-vous historique. Le premier réside dans le risque d'un discours a priori très positif, mais qui, comme le souligne l'économiste américain Robert Reich, en cristallisant l'opinion, permet de se garder d'agir concrètement. Ensuite, il convient de ne pas négliger la capacité d'oubli des peuples qu'invoquait le philosophe Thomas Hobbes, favorisant un retour progressif au « business as usual ».

Une réflexion structurelle sur la régulation au plan international ne peut faire l'économie des objectifs de développement durable, qui justifient le changement de modèle à opérer. En assignant à la finance socialement responsable le rôle déterminant qui doit être le sien.


PAR VINCENT JACOB et Stéphan Alamowitch
13 Novembre 2008
Le Figaro
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Publié dans tendance

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