Une majorité d'institutionnels séduite par l'ISR
Une étude réalisée par Novethic montre que le nombre d'investisseurs institutionnels engagés dans la voie de l'investissement socialement responsable (ISR) est en forte augmentation. L'enquête reflète également l'émergence du thème de l'environnement.
En 2007, les investisseurs institutionnels ayant déjà réalisé un ISR sont devenus majoritaires, à 61 %. Leur nombre a progressé rapidement en un an puisqu'en 2006, ils ne représentaient que 48 % des institutions interrogées par Novethic. La progression concerne également la quantité des actifs alloués. En effet, les institutionnels ayant investi plus de 5 % de leurs actifs dans le cadre d'une approche socialement responsable représentaient 31 % du panel l'an passé, contre 12 % en 2006 et seulement 4 % en 2005.
Toutefois, l'expansion de l'investissement responsable est freinée par plusieurs facteurs. L'historique de performance de ce mode de gestion est pointé du doigt. 60 % des investisseurs n'ayant pas réalisé d'ISR le jugent trop court. 35 % de ces sceptiques reprochent également aux sociétés de gestion leur manque de clarté. En effet, l'univers des critères extra-financiers est encore confus. Chaque société de gestion a établi sa propre définition de l'ISR. "Il n'existe pas de label ISR", confirme Anne-Catherine Husson, directrice générale de Novethic.
Pour aider les investisseurs à comprendre les différentes démarches extra-financières des sociétés de gestion, un code de transparence a été établi par Eurosif. "Cet outil, qui donne une grille de lecture commune pour chaque fonds, n'est pas vraiment adopté par les sociétés de gestion, estime Anne-Catherine Husson. Une majorité d'entre elles a encore de gros progrès à faire en termes de communication vis-à-vis des souscripteurs." Autre outil permettant d'y voir plus clair : la base de données de Novethic qui attribue une note aux différents fonds auto-proclamés ISR. Ici, la gestion extra-financière de 112 OPCVM est évaluée, selon les critères propres de Novethic. Le travail de clarification réalisé par le centre de recherche et d'information a été particulièrement important en 2007. L'an dernier, sont apparus de nombreux fonds se réclamant à la fois de l'ISR et du thème de l'environnement. Ces véhicules sont généralement investis sur des sociétés actives dans le secteur des énergies propres, de la gestion de l'eau ou du traitement des déchets. Mais sont-ils pour autant légitimes dans l'univers de l'ISR ? Pour rappel, un investissement est socialement responsable lorsqu'il respecte trois grands critères : l'environnement, le social et la gouvernance (ESG). Novethic a donc effectué une enquête afin de savoir si les différentes sociétés de gestion appliquent un filtre ESG dans le processus de sélection de titres destinés à leurs fonds thématiques.
Des fonds thématiques ISR
Novethic a dénombré 22 fonds investis sur le thème de l'environnement se réclamant de l'ISR. Selon ses propres critères, le centre de recherche et d'information estime que sept d'entre eux méritent une appellation "fonds thématique ISR" : Parworld Environmental Opportunities (BNPP AM), FLF Equity Environmental Sustainability World (Fortis AM), CA Aqua Global (I.DE.A.M), Sarazin Oekosar Equity Global, Living Planet Fund, Sarasin New Power Fund et UBS Equity Fund-Global Innovators. Les fonds thématiques ne sont pas les seuls à traduire l'intérêt des investisseurs pour l'environnement. En effet, dans le cadre d'une gestion ISR généraliste, les institutionnels privilégient, parmi les critères ESG, celui qui est lié à l'environnement.
L'investissement socialement responsable devrait poursuivre sa progression : 71 % des institutionnels interrogés pensent réaliser des ISR dans les années à venir.
Si l'ISR se pratique toujours essentiellement sur le marché des actions, d'autres classes d'actifs devraient se développer. 47 % des institutionnels prévoient d'acquérir des obligations dans les trois années à venir. Ils n'étaient que 23 % en 2007. 28 % envisagent d'investir sur le monétaire alors qu'ils ne sont que 6 % à le faire aujourd'hui. Certaines classes d'actifs demeurent quasiment absentes de l'univers ESG : le capital-investissement, l'immobilier et la gestion alternative. 8 à 11 % des institutionnels souhaitent pouvoir investir sur ces classes d'actifs.
L'ERAFP un appel d'offres en 2008
Pour la plupart des investisseurs, l'ISR demeure une forme d'investissement marginale au sein de l'allocation. La stratégie de l'ERAFP (Établissement de retraite additionnelle de la fonction publique) est donc tout à fait singulière puisque l'intégralité des actifs de ce régime est investie en fonction de critères à la fois financiers et extra-financiers.
Né en 2003, l'ERAFP est un régime de retraite par capitalisation, assimilable à un fonds de pension. Son encours croît très rapidement. Fin 2007, il s'élevait à 4,7 milliards d'euros.
À la naissance de ce régime, l'intégralité de l'encours était investie en obligations. Peu à peu, l'institutionnel diversifie son allocation. Désormais, il détient 13,5 % d'actions. N'est-il pas tenté d'investir dans des fonds ISR ayant pour thème l'environnement ? "Nous sommes au début de notre processus de diversification, fait remarquer Erik Christiansen, responsable stratégies actions et ISR de l'ERAFP. Il serait prématuré d'investir sur un thème aussi précis." La stratégie de diversification va véritablement commencer en 2008. Comme chaque année, le régime va disposer d'1,5 milliard d'euros supplémentaire. 12,5 % de cette somme seront investis sur des actions internationales et 20 % sur des obligations de corporates. La gestion de ces poches sera confiée à des sociétés externes qui seront sélectionnées à l'issue d'un appel d'offres constitué de deux lots. Une poche actions zone euro, dont la gestion est également déléguée, existe déjà ; elle sera augmentée en 2008 à hauteur de 12,5 % de la somme que va recevoir l'ERAFP. Les 55 % restants seront gérés en interne.
Les équipes de l'ERAFP gèrent elles-mêmes les obligations émises par les États, les collectivités locales et par les institutions supranationales. L'ERAFP joue un rôle d'aiguillon sur le marché français de l'ISR. "Nous avons demandé aux agences de notation extra-financière d'évaluer les collectivités locales car elles ne le faisaient pas", signale Erik Christiansen.
Sur la classe actions, le régime délègue entièrement sa gestion. Toutefois, les sociétés externes doivent pratiquer une gestion extra-financière telle que l'ERAFP la conçoit. L'un des critères importants aux yeux de l'institution est intitulé "évolution relative de la rémunération des actionnaires et de celle du travail". En clair, la société de gestion doit s'informer sur la façon dont une entreprise distribue sa valeur ajoutée. Privilégie-t-elle les salariés ou les actionnaires ? "La plupart des sociétés de gestion ne disposaient pas de cette information, révèle Erik Christiansen. Nous leur avons demandé de se documenter."
Repères- Novethic : cette filiale de la Caisse des dépôts est un centre de recherche et d'information sur l'ISR.
Eurosif : le Forum européen de l'investissement socialement responsable est essentiellement constitué de représentants des sociétés de gestion et des investisseurs institutionnels.
Sophie Gauvent
1 Février 2008
Asset Management Magazine