« Il devient urgent de définir les engagements financiers du FRR »

Publié le par Alexis Carré



RAOUL BRIET - PRÉSIDENT DU CONSEIL DE SURVEILLANCE DU FONDS DE RÉSERVE POUR LES RETRAITES - AUGUSTIN DE ROMANET - PRÉSIDENT DU DIRECTOIRE

Dans un entretien à deux voix, le président du conseil de surveillance du Fonds de réserve pour les retraites (FRR), Raoul Briet, et le président du directoire, Augustin de Romanet, évoquent le bilan du fonds, ses engagements en matière d'investissement socialement responsable et ses perspectives d'évolution.

Le FRR fête ses cinq années de présence sur les marchés. Quel bilan en dressez-vous ?

Raoul Briet : Des motifs de satisfaction, tout d'abord. La performance de nos placements est en ligne avec l'objectif de 6,3 % retenu dans notre allocation stratégique, et ce en dépit de la crise. Les coûts de gestion, maîtrisés, n'ont rien à envier à ceux des meilleurs fonds homologues à l'étranger. Ces premiers résultats, certes perfectibles, ont été rendus possibles par une gouvernance solide avec un conseil de surveillance qui assure pleinement et solidairement, y compris dans les périodes difficiles, le choix d'investir majoritairement en actions tout en diversifiant peu à peu les actifs pour réduire le risque global du portefeuille et une excellente cohésion et complémentarité avec le directoire.

Il y a, bien sûr, des ombres au tableau. Une fois la mise en place assurée et la réforme de 2003 passée, il a été très difficile de sensibiliser les pouvoirs publics à la nécessité de redéfinir en des termes adaptés au nouveau contexte économique la mission précise qui était assignée au FRR pour l'après 2020 et la politique d'abondement qui correspondait à cette mission. Ainsi, au motif peut-être que l'horizon était trop éloigné et que les actifs du FRR ne viennent pas en déduction de la dette publique brute au sens des critères de Maastricht, le FRR n'a-t-il bénéficié d'aucune cession d'actifs depuis fin 2002.

Augustin de Romanet : Le FRR a eu sa phase d'apprentissage. Il s'agissait de bâtir une institution nouvelle. Il est encore dans cette phase pour ses investissements de diversification. Tous les investisseurs passent par ces étapes où il faut précisément documenter sur un plan financier - performance et risques - ce que l'on souhaite obtenir, choisir les bonnes structures d'investissement. A l'expérience, le FRR a sans doute besoin d'un assouplissement de son cadre de fonctionnement. Pour assurer une diversification efficace des actifs et gérer des contextes de marché difficiles, la flexibilité dans la mise en oeuvre de sa politique d'investissement est nécessaire. Enfin, le moment est venu, maintenant que le FRR a fait ses preuves, de définir les engagements financiers qui seront les siens après 2020. Il devient urgent de définir son passif.

Comment améliorer les perspectives de rendement à long terme ?

A. R. : La performance d'un investisseur de long terme dépend essentiellement de son allocation stratégique. Les paris tactiques ou de sélection de valeurs peuvent y contribuer mais les ordres de grandeur ne sont pas les mêmes. C'est la raison pour laquelle nous devons consacrer le maximum d'attention à la préparation de cette décision que notre conseil de surveillance réexamine tous les trois ans. Quelle est la bonne « vision du monde » qui fournit le cadre des hypothèses macroéconomiques et financières dont découle l'allocation ? Sommes-nous de nouveau dans un monde où le risque inflationniste redevient une question centrale ? Les réponses à ces questions ne sont, bien sûr, pas simples mais la qualité de ces choix façonne le bon arbitrage entre rendement et risques.

Dans la mise en oeuvre de ces choix de long terme, un investisseur comme le FRR dispose d'un avantage. N'ayant pas de décaissements avant 2020, il n'a pas de contrainte de liquidité d'ici là et peut donc rester plus serein que d'autres investisseurs dans des contextes difficiles. Ces derniers peuvent offrir des opportunités d'investissement quand les prix de marché sont très éloignés de la valeur fondamentale des actifs du fait d'une violente remontée de l'aversion au risque.

Pourquoi mettez- vous l'accent de manière aussi prononcée sur l'investissement responsable ?

R. B. : Dès l'origine, en 2003, nous avons estimé que, compte tenu de notre mission, la politique d'investissement devait être cohérente avec les valeurs collectives d'un développement durable. La stratégie d'investissement responsable, adoptée récemment par le conseil de surveillance et qui couvre les cinq prochaines années, prolonge les actions déjà entreprises (exercice systématique des droits de vote, mandats dédiés à l'ISR). Ainsi, pour toutes les classes d'actifs, et plus seulement pour les actions européennes, sera examinée la question de savoir si et comment tout ou partie des critères extra-financiers peuvent être intégrés dans la gestion financière des portefeuilles. En outre, soucieux des risques qui s'attachent à des investissements dans des entreprises qui ne respecteraient pas les 10 principes du Pacte mondial de l'ONU et, en particulier, les conventions fondamentales de l'Organisation internationale du travail, nous avons décidé de mettre en place un « comité de l'investissement responsable » chargé de prévenir et de maîtriser ces risques. Daniel Lebègue et Jean-Claude Javillier, ancien directeur des normes au BIT, ont accepté d'y participer.


RAOUL BRIET AUGUSTIN DE ROMANET PROPOS RECUEILLIS PAR N. A.-K.
21 Avril 2008
Les Echos
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Publié dans institutionnels

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