Le FRR maintient son cap
Allocation d'actifs
Pour la première fois depuis sa création, le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) a affronté, au début de l'année, une grave crise des marchés actions. Stoïques, les responsables de l'institution ne remettent pas en cause leur stratégie. Le portefeuille continue de se construire, notamment au travers de la poche "diversification".
À l'automne 2007, le FRR décide de se surexposer au marché des actions. Jusqu'alors, son exposition était déjà importante puisque, de façon stratégique, cette classe d'actifs doit représenter environ 60 % de l'encours global. L'allocation tactique permet cependant de faire osciller le poids de cette poche entre 51 et 69 %. Au 31 décembre de l'année 2007, le curseur pointe 64,5 %. "Ce choix a été mûrement réfléchi, explique Antoine de Salins, membre du directoire du FRR. Sur le plan tactique, nous avions neutralisé, avant l'été 2007, notre légère surexposition aux actions. À partir de l'automne, nous nous sommes de nouveau surexposés, car nous estimions que les actions avaient retrouvé un niveau de valorisation attractif sur un horizon de six mois. Ce choix a été fait sur la base de nombreux indicateurs et de multiples analyses." Contrairement aux prévisions, en janvier, les marchés décrochent. La valeur des actifs détenus par le FRR passe de 34,5 milliards à 31,2 milliards entre le point haut du 31 décembre 2007 et le point bas du 21 mars 2008. Le creux est de plus de 3 milliards d'euros. Ce chiffre est repris par Le Canard enchaîné, dans son édition du 9 avril. Certains y voient une manoeuvre des partisans de la suppression du FRR. Il n'empêche que la polémique est lancée : est-il vraiment raisonnable de placer l'argent destiné au financement des régimes de retraite sur le marché des actions ?
L'horizon du FRR étant de long terme, cette classe d'actifs a été favorisée dans l'allocation. "Sur le long terme, il est plus rémunérateur d'investir sur des actions que sur des produits de taux, explique Raoul Briet, président du conseil de surveillance du FRR. Le risque de volatilité est inhérent à un investissement en actions et nous assumons ce risque."
Il n'en demeure pas moins que la tourmente du début de l'année a constitué un scénario extrême pour le FRR. La VaR (Value at Risk) mesure, avec une probabilité d'occurrence de 95 %, le risque de perte maximale globale dans l'hypothèse théorique d'une liquidation du portefeuille en un an. En décembre 2007, ce risque de perte était de 10,7 % de la valeur du portefeuille. Or, entre janvier et mars 2008, le portefeuille du FRR a perdu environ 10 % de sa valeur. Cette perte s'est faite en seulement trois mois, et non pas en un an comme cela aurait dû se passer dans 95 % des cas. Le FRR s'est donc trouvé dans les 5 % restants qui correspondent à des scénarios extrêmes et à une forte volatilité sur les marchés.
Clivage coeur-satellite
Même si la poche "actions" a diminué depuis le début de l'année, revenant à 57,6 % de l'encours global à fin mars, le FRR entend bien continuer de lui accorder une place prépondérante. "Nous allons accentuer le clivage coeur-satellite, précise Antoine de Salins. En coeur, nous n'aborderons que les marchés efficaces sur lesquels il est très difficile, pour un gérant, d'ajouter de la valeur." Ainsi, en 2008, la part de la gestion indicielle devrait augmenter (elle porte notamment sur les grandes capitalisations américaines et sur celles de la zone euro). Parallèlement, l'investisseur prendra plus de risque dans la partie satellite. Cette dernière intègre les styles "croissance" et "value" ; elle comprend également les mandats de gestion des petites capitalisations (américaines et de la zone euro) et les mandats portant sur les actions de la zone Pacifique. Cette structure coeur-satellite devrait progressivement concerner l'ensemble du portefeuille.
Côté obligations, leur part devrait s'établir, à terme, autour de 30 % de l'encours (contre 37,3 % à fin mars). Entièrement gérée de façon active, cette poche comprend aujourd'hui deux tiers de titres souverains et un tiers de titres "corporate". Les papiers appartiennent tous à la catégorie "investment grade" et 64 % d'entre eux sont notés AAA. 24 % des obligations ont une maturité supérieure à quinze ans. L'évolution de la partie obligataire fera l'objet d'une réflexion approfondie au second semestre de l'année 2008. La question du high yield notamment sera posée. Sur le terrain de la dette émergente, les premiers investissements devraient être réalisés à la fin de l'année 2008 ou début 2009.
Quant aux actifs de diversification, ils devraient à terme représenter 10 % de l'encours du FRR (contre 1,3 % aujourd'hui).
Diversification, de nombreuses pistes
En private equity notamment, l'investissement est forcément progressif (sur 1,5 milliard d'euros devant être investis, 300 millions ont été engagés à fin 2007). De plus, la réalisation des programmes sera inévitablement ralentie par la dégradation récente des conditions de financement des opérations. Le segment des LBO est particulièrement touché. Toutefois, ce sont les très gros "deals" qui souffrent le plus. Or le FRR s'intéresse surtout aux projets de taille moyenne. Le capital-développement et le capital-risque entrent également dans l'allocation du Fonds de réserve qui ne s'intéresse pas qu'au marché primaire : "En private equity, nos investissements sur le marché secondaire devraient nous permettre de lisser la fameuse courbe en J", prévoit Antoine de Salins. Sur les infrastructures, la phase d'étude n'est pas achevée. Toutefois, certaines orientations ont d'ores et déjà été prises. Par exemple, le FRR ne souhaite pas prendre le risque de construction. Il va donc investir dans des projets "brown field." Des investissements devraient avoir lieu en 2009.
Sur l'immobilier, la réflexion est plus avancée. Des investissements auront lieu en 2008. Ils se feront dans un premier temps dans des fonds collectifs, ouverts ou fermés. Dans un second temps, des fonds dédiés seront mis en place.
Sur les matières premières, le FRR a commencé à investir via des ETF qui suivent le GSCI (dans sa version "total return"). Il va également activer deux mandats de réplication passive de ce même indice. Cette gestion indicielle se fera au moyen de swaps.
Des investissements dans les pays émergents sont envisagés. "Actuellement, le FRR ne profite qu'indirectement de la croissance des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine, NDLR), au travers de son exposition aux grandes capitalisations qui sont de plus en plus investies dans les pays émergents," note Antoine de Salins. Pour tirer profit de la croissance mondiale, le FRR devra sans doute renforcer sensiblement son exposition aux pays émergents. La gestion alternative, de son côté, est totalement absente de l'allocation. Cette question sera rediscutée pour fin 2008 ou début 2009. Quant aux produits parfois qualifiés d'"exotiques", quelle est la position du FRR ? "S'agissant des produits structurés et de titrisation, dont nous sommes absents aujourd'hui, la question se reposera car ils peuvent présenter un intérêt pour un investisseur, mais à une condition fondamentale tenant à une maîtrise des risques claire sur laquelle la crise actuelle nous éclaire tous", indique Antoine de Salins.
Depuis le point bas du 21 mars 2008, l'encours global du fonds a repris sa progression. Il dépasse, au 2 mai, les 33 milliards d'euros.
Une performance supérieure à l'objectif
À cette date, et depuis le démarrage opérationnel en juin 2004, la performance annuelle moyenne du fonds est de 6,8 %. Elle est donc légèrement supérieure à l'objectif de rendement moyen qui a été fixé à l'institution, c'est-à-dire 6,3 %, dépassant largement le taux de 4,4 % qui correspond au coût moyen de la dette publique pour l'État. "La stratégie d'allocation retenue par le conseil de surveillance en 2006 maximisait, à hauteur d'environ 80 %, la probabilité d'atteindre ou de dépasser ce taux", explique Antoine de Salins. À fin mars 2008, la probabilité d'atteindre ou de dépasser les 4,4 % était estimée à 74 %. "Le conseil de surveillance a accepté la volatilité liée à la stratégie définie en 2006 et donc le risque de choc de court terme, poursuit Antoine de Salins. Par exemple, il n'a pas retenu l'utilisation de "stop loss". Cette question sera évoquée lors du réexamen de la stratégie."
Malgré la crise du début de l'année, les responsables du FRR se félicitent de la performance du fonds, mais ils estiment que leur allocation pourrait être optimisée si leur passif était mieux connu. Selon Raoul Briet, "le législateur n'a fait que la moitié du chemin en créant le FRR. Il doit aujourd'hui évaluer avec plus de précisions ce que seront nos dépenses et fixer le calendrier de nos décaissements. Le "rendez-vous retraite" de 2008 ne doit pas faire l'impasse sur cette question."
; Un Comité pour l'investissement responsableL'investissement socialement responsable (ISR) est déjà très présent dans l'allocation, notamment au travers de mandats dédiés "ISR", ou plus précisément "IR", le FRR préférant parler d'"investissement responsable". En cette fin de premier semestre 2008, un renforcement de la stratégie IR du FRR est mis en oeuvre. "Toutes les classes d'actifs feront dorénavant l'objet d'un examen systématique permettant d'apprécier l'intégration de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ; nous faisions déjà ce travail auparavant, mais uniquement sur les actions européennes, précise Antoine de Salins. Nous avons également mis en place le Comité pour l'investissement responsable qui a un rôle de prévention des risques extra-financiers pouvant avoir un impact négatif sur la réputation du fonds. Enfin, nous allons engager une analyse des conséquences possibles du réchauffement climatique sur notre politique d'investissement. Notre stratégie IR est parfaitement compatible avec notre responsabilité fiduciaire, car nous pensons que les critères extra- financiers peuvent, sur le long terme, impacter la valorisation d'un actif. Elle prend également en compte notre identité d'investisseur institutionnel public."
; Deux mandats résiliésQuand la situation le justifie, le FRR n'hésite pas à faire preuve de sévérité. Ainsi, au début du mois de mai, Crédit Agricole Asset Management s'est vu retirer le mandat de gestion d'un portefeuille de petites et moyennes capitalisations de la zone euro, et Capital International Limited a perdu un mandat portant sur les grandes capitalisations de la zone euro. Motif invoqué dans le communiqué de presse : "Performances financières notablement insatisfaisantes par rapport à leurs objectifs et à leurs indices de référence."
Ces résiliations n'ont pas été suivies d'appels d'offres ni de l'activation de mandats stand-by. Les liquidités ont été réallouées sur les mêmes catégories d'actifs et dans des mandats déjà existants. Cette pratique est apparue au FRR comme étant la mieux adaptée au contexte actuel ; en effet, la structure du portefeuille actions est dans une période de transition. De nombreux mandats sont renouvelés en ce moment. Par exemple, un important appel d'offres composé de trois lots a été lancé en avril dernier. Cette redistribution des cartes devrait s'achever à l'automne prochain. Le FRR profite de ces renouvellements pour affiner ses choix de gestion de la poche actions.
; Le FRR doit-il peser 150 milliards ?Créé au début des années 2000, le FRR doit apporter entre 2020 et 2040 un financement complémentaire aux régimes de retraite par répartition. En effet, ces derniers rencontreront de grandes difficultés pendant ces deux décennies.
Mais le FRR n'a jamais obtenu l'intégralité des actifs qui devaient lui revenir. Au lieu de peser 150 milliards d'euros, il en gère 34,5 milliards (à fin 2007) et perçoit annuellement une recette de 1,5 milliard (qui provient d'un prélèvement de 2 % sur les revenus du patrimoine et de placements). Les détracteurs du FRR estiment qu'il n'a pas la taille critique nécessaire lui permettant de remplir la mission qui lui a été fixée. Selon eux, sa suppression devrait être envisagée. "Il est absurde de dire que le FRR doit soit peser 150 milliards, soit disparaître, s'insurge Raoul Briet. Avec l'actif dont il dispose actuellement, son abondement annuel de 1,5 milliard et une hypothèse de performance annuelle de 6,3 %, il pèsera 100 milliards d'euros en 2020 et pourra couvrir près d'un tiers des besoins de financements supplémentaires des régimes de retraite, pour la période allant de 2020 à 2040. Le FRR, même s'il ne pèse aujourd'hui que 34,5 milliards, apporte donc une réponse significative aux problèmes qui vont se poser à partir de 2020."
Mais les dirigeants politiques ont du mal à conserver une telle cagnotte alors qu'ils cherchent des recettes à court terme pour équilibrer les finances publiques, sous la pression notamment de Bruxelles. Ils sont tentés de vider le fonds de son encours ou de "simplement" lui retirer sa recette annuelle.
Toutefois, politiquement, il semble difficile de porter atteinte à un fonds qui symbolise la sauvegarde de la retraite par répartition.
Faisant fi des rumeurs de suppression, Augustin de Romanet, président du directoire du FRR, prévoit de créer en 2009 un club des investisseurs de long terme qui regrouperait les fonds de réserve, les fonds souverains et les fonds de pension.
Sophie Gauvent
1 Juin 2008
Asset Management Magazine
Pour la première fois depuis sa création, le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) a affronté, au début de l'année, une grave crise des marchés actions. Stoïques, les responsables de l'institution ne remettent pas en cause leur stratégie. Le portefeuille continue de se construire, notamment au travers de la poche "diversification".
À l'automne 2007, le FRR décide de se surexposer au marché des actions. Jusqu'alors, son exposition était déjà importante puisque, de façon stratégique, cette classe d'actifs doit représenter environ 60 % de l'encours global. L'allocation tactique permet cependant de faire osciller le poids de cette poche entre 51 et 69 %. Au 31 décembre de l'année 2007, le curseur pointe 64,5 %. "Ce choix a été mûrement réfléchi, explique Antoine de Salins, membre du directoire du FRR. Sur le plan tactique, nous avions neutralisé, avant l'été 2007, notre légère surexposition aux actions. À partir de l'automne, nous nous sommes de nouveau surexposés, car nous estimions que les actions avaient retrouvé un niveau de valorisation attractif sur un horizon de six mois. Ce choix a été fait sur la base de nombreux indicateurs et de multiples analyses." Contrairement aux prévisions, en janvier, les marchés décrochent. La valeur des actifs détenus par le FRR passe de 34,5 milliards à 31,2 milliards entre le point haut du 31 décembre 2007 et le point bas du 21 mars 2008. Le creux est de plus de 3 milliards d'euros. Ce chiffre est repris par Le Canard enchaîné, dans son édition du 9 avril. Certains y voient une manoeuvre des partisans de la suppression du FRR. Il n'empêche que la polémique est lancée : est-il vraiment raisonnable de placer l'argent destiné au financement des régimes de retraite sur le marché des actions ?
L'horizon du FRR étant de long terme, cette classe d'actifs a été favorisée dans l'allocation. "Sur le long terme, il est plus rémunérateur d'investir sur des actions que sur des produits de taux, explique Raoul Briet, président du conseil de surveillance du FRR. Le risque de volatilité est inhérent à un investissement en actions et nous assumons ce risque."
Il n'en demeure pas moins que la tourmente du début de l'année a constitué un scénario extrême pour le FRR. La VaR (Value at Risk) mesure, avec une probabilité d'occurrence de 95 %, le risque de perte maximale globale dans l'hypothèse théorique d'une liquidation du portefeuille en un an. En décembre 2007, ce risque de perte était de 10,7 % de la valeur du portefeuille. Or, entre janvier et mars 2008, le portefeuille du FRR a perdu environ 10 % de sa valeur. Cette perte s'est faite en seulement trois mois, et non pas en un an comme cela aurait dû se passer dans 95 % des cas. Le FRR s'est donc trouvé dans les 5 % restants qui correspondent à des scénarios extrêmes et à une forte volatilité sur les marchés.
Clivage coeur-satellite
Même si la poche "actions" a diminué depuis le début de l'année, revenant à 57,6 % de l'encours global à fin mars, le FRR entend bien continuer de lui accorder une place prépondérante. "Nous allons accentuer le clivage coeur-satellite, précise Antoine de Salins. En coeur, nous n'aborderons que les marchés efficaces sur lesquels il est très difficile, pour un gérant, d'ajouter de la valeur." Ainsi, en 2008, la part de la gestion indicielle devrait augmenter (elle porte notamment sur les grandes capitalisations américaines et sur celles de la zone euro). Parallèlement, l'investisseur prendra plus de risque dans la partie satellite. Cette dernière intègre les styles "croissance" et "value" ; elle comprend également les mandats de gestion des petites capitalisations (américaines et de la zone euro) et les mandats portant sur les actions de la zone Pacifique. Cette structure coeur-satellite devrait progressivement concerner l'ensemble du portefeuille.
Côté obligations, leur part devrait s'établir, à terme, autour de 30 % de l'encours (contre 37,3 % à fin mars). Entièrement gérée de façon active, cette poche comprend aujourd'hui deux tiers de titres souverains et un tiers de titres "corporate". Les papiers appartiennent tous à la catégorie "investment grade" et 64 % d'entre eux sont notés AAA. 24 % des obligations ont une maturité supérieure à quinze ans. L'évolution de la partie obligataire fera l'objet d'une réflexion approfondie au second semestre de l'année 2008. La question du high yield notamment sera posée. Sur le terrain de la dette émergente, les premiers investissements devraient être réalisés à la fin de l'année 2008 ou début 2009.
Quant aux actifs de diversification, ils devraient à terme représenter 10 % de l'encours du FRR (contre 1,3 % aujourd'hui).
Diversification, de nombreuses pistes
En private equity notamment, l'investissement est forcément progressif (sur 1,5 milliard d'euros devant être investis, 300 millions ont été engagés à fin 2007). De plus, la réalisation des programmes sera inévitablement ralentie par la dégradation récente des conditions de financement des opérations. Le segment des LBO est particulièrement touché. Toutefois, ce sont les très gros "deals" qui souffrent le plus. Or le FRR s'intéresse surtout aux projets de taille moyenne. Le capital-développement et le capital-risque entrent également dans l'allocation du Fonds de réserve qui ne s'intéresse pas qu'au marché primaire : "En private equity, nos investissements sur le marché secondaire devraient nous permettre de lisser la fameuse courbe en J", prévoit Antoine de Salins. Sur les infrastructures, la phase d'étude n'est pas achevée. Toutefois, certaines orientations ont d'ores et déjà été prises. Par exemple, le FRR ne souhaite pas prendre le risque de construction. Il va donc investir dans des projets "brown field." Des investissements devraient avoir lieu en 2009.
Sur l'immobilier, la réflexion est plus avancée. Des investissements auront lieu en 2008. Ils se feront dans un premier temps dans des fonds collectifs, ouverts ou fermés. Dans un second temps, des fonds dédiés seront mis en place.
Sur les matières premières, le FRR a commencé à investir via des ETF qui suivent le GSCI (dans sa version "total return"). Il va également activer deux mandats de réplication passive de ce même indice. Cette gestion indicielle se fera au moyen de swaps.
Des investissements dans les pays émergents sont envisagés. "Actuellement, le FRR ne profite qu'indirectement de la croissance des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine, NDLR), au travers de son exposition aux grandes capitalisations qui sont de plus en plus investies dans les pays émergents," note Antoine de Salins. Pour tirer profit de la croissance mondiale, le FRR devra sans doute renforcer sensiblement son exposition aux pays émergents. La gestion alternative, de son côté, est totalement absente de l'allocation. Cette question sera rediscutée pour fin 2008 ou début 2009. Quant aux produits parfois qualifiés d'"exotiques", quelle est la position du FRR ? "S'agissant des produits structurés et de titrisation, dont nous sommes absents aujourd'hui, la question se reposera car ils peuvent présenter un intérêt pour un investisseur, mais à une condition fondamentale tenant à une maîtrise des risques claire sur laquelle la crise actuelle nous éclaire tous", indique Antoine de Salins.
Depuis le point bas du 21 mars 2008, l'encours global du fonds a repris sa progression. Il dépasse, au 2 mai, les 33 milliards d'euros.
Une performance supérieure à l'objectif
À cette date, et depuis le démarrage opérationnel en juin 2004, la performance annuelle moyenne du fonds est de 6,8 %. Elle est donc légèrement supérieure à l'objectif de rendement moyen qui a été fixé à l'institution, c'est-à-dire 6,3 %, dépassant largement le taux de 4,4 % qui correspond au coût moyen de la dette publique pour l'État. "La stratégie d'allocation retenue par le conseil de surveillance en 2006 maximisait, à hauteur d'environ 80 %, la probabilité d'atteindre ou de dépasser ce taux", explique Antoine de Salins. À fin mars 2008, la probabilité d'atteindre ou de dépasser les 4,4 % était estimée à 74 %. "Le conseil de surveillance a accepté la volatilité liée à la stratégie définie en 2006 et donc le risque de choc de court terme, poursuit Antoine de Salins. Par exemple, il n'a pas retenu l'utilisation de "stop loss". Cette question sera évoquée lors du réexamen de la stratégie."
Malgré la crise du début de l'année, les responsables du FRR se félicitent de la performance du fonds, mais ils estiment que leur allocation pourrait être optimisée si leur passif était mieux connu. Selon Raoul Briet, "le législateur n'a fait que la moitié du chemin en créant le FRR. Il doit aujourd'hui évaluer avec plus de précisions ce que seront nos dépenses et fixer le calendrier de nos décaissements. Le "rendez-vous retraite" de 2008 ne doit pas faire l'impasse sur cette question."
; Un Comité pour l'investissement responsableL'investissement socialement responsable (ISR) est déjà très présent dans l'allocation, notamment au travers de mandats dédiés "ISR", ou plus précisément "IR", le FRR préférant parler d'"investissement responsable". En cette fin de premier semestre 2008, un renforcement de la stratégie IR du FRR est mis en oeuvre. "Toutes les classes d'actifs feront dorénavant l'objet d'un examen systématique permettant d'apprécier l'intégration de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ; nous faisions déjà ce travail auparavant, mais uniquement sur les actions européennes, précise Antoine de Salins. Nous avons également mis en place le Comité pour l'investissement responsable qui a un rôle de prévention des risques extra-financiers pouvant avoir un impact négatif sur la réputation du fonds. Enfin, nous allons engager une analyse des conséquences possibles du réchauffement climatique sur notre politique d'investissement. Notre stratégie IR est parfaitement compatible avec notre responsabilité fiduciaire, car nous pensons que les critères extra- financiers peuvent, sur le long terme, impacter la valorisation d'un actif. Elle prend également en compte notre identité d'investisseur institutionnel public."
; Deux mandats résiliésQuand la situation le justifie, le FRR n'hésite pas à faire preuve de sévérité. Ainsi, au début du mois de mai, Crédit Agricole Asset Management s'est vu retirer le mandat de gestion d'un portefeuille de petites et moyennes capitalisations de la zone euro, et Capital International Limited a perdu un mandat portant sur les grandes capitalisations de la zone euro. Motif invoqué dans le communiqué de presse : "Performances financières notablement insatisfaisantes par rapport à leurs objectifs et à leurs indices de référence."
Ces résiliations n'ont pas été suivies d'appels d'offres ni de l'activation de mandats stand-by. Les liquidités ont été réallouées sur les mêmes catégories d'actifs et dans des mandats déjà existants. Cette pratique est apparue au FRR comme étant la mieux adaptée au contexte actuel ; en effet, la structure du portefeuille actions est dans une période de transition. De nombreux mandats sont renouvelés en ce moment. Par exemple, un important appel d'offres composé de trois lots a été lancé en avril dernier. Cette redistribution des cartes devrait s'achever à l'automne prochain. Le FRR profite de ces renouvellements pour affiner ses choix de gestion de la poche actions.
; Le FRR doit-il peser 150 milliards ?Créé au début des années 2000, le FRR doit apporter entre 2020 et 2040 un financement complémentaire aux régimes de retraite par répartition. En effet, ces derniers rencontreront de grandes difficultés pendant ces deux décennies.
Mais le FRR n'a jamais obtenu l'intégralité des actifs qui devaient lui revenir. Au lieu de peser 150 milliards d'euros, il en gère 34,5 milliards (à fin 2007) et perçoit annuellement une recette de 1,5 milliard (qui provient d'un prélèvement de 2 % sur les revenus du patrimoine et de placements). Les détracteurs du FRR estiment qu'il n'a pas la taille critique nécessaire lui permettant de remplir la mission qui lui a été fixée. Selon eux, sa suppression devrait être envisagée. "Il est absurde de dire que le FRR doit soit peser 150 milliards, soit disparaître, s'insurge Raoul Briet. Avec l'actif dont il dispose actuellement, son abondement annuel de 1,5 milliard et une hypothèse de performance annuelle de 6,3 %, il pèsera 100 milliards d'euros en 2020 et pourra couvrir près d'un tiers des besoins de financements supplémentaires des régimes de retraite, pour la période allant de 2020 à 2040. Le FRR, même s'il ne pèse aujourd'hui que 34,5 milliards, apporte donc une réponse significative aux problèmes qui vont se poser à partir de 2020."
Mais les dirigeants politiques ont du mal à conserver une telle cagnotte alors qu'ils cherchent des recettes à court terme pour équilibrer les finances publiques, sous la pression notamment de Bruxelles. Ils sont tentés de vider le fonds de son encours ou de "simplement" lui retirer sa recette annuelle.
Toutefois, politiquement, il semble difficile de porter atteinte à un fonds qui symbolise la sauvegarde de la retraite par répartition.
Faisant fi des rumeurs de suppression, Augustin de Romanet, président du directoire du FRR, prévoit de créer en 2009 un club des investisseurs de long terme qui regrouperait les fonds de réserve, les fonds souverains et les fonds de pension.
Sophie Gauvent
1 Juin 2008
Asset Management Magazine
Publicité