“Genève, locomotive de l’investissement responsable„
GUILLAUME TAYLOR Associé de Pury Pictet Turrettini & Cie, il plaide pour que la place financière genevoise prenne le leadership en matière d’investissement durable.
Vous êtes membre du comité de la jeune association « Sustainable Finance Geneva». Quels sont ses objectifs?
Je suis l’un des douze cofondateurs de cette association présidée par Angela de Wolff qui a une longue expérience de l’investissement socialement responsable (ISR); soit des placements prenant en compte le couple classique du rendement par rapport au risque, mais aussi l’impact à long terme sur le social et l’environnement. Même si cet impact n’est pas facile à quantifier, on ne peut plus se permettre de l’ignorer. Chacun doit prendre conscience que nombre de ses décisions ont un impact sur le futur. C’est aussi le cas des investissements. Cette association veut promouvoir Genève comme locomotive de l’investissement responsable. Les financiers ont le pouvoir de changer le monde!
Comment ?
Les banquiers, particulièrement ceux qui pratiquent la gestion de fortune et ont des contacts étroits avec leurs clients, peuvent inciter les investisseurs à adopter une attitude responsable. Ces derniers devraient entretenir un rapport quasi affectif avec leur portefeuille: être sûrs que chaque investissement satisfait leurs valeurs, surtout sociales et environnementales. Notre association - qui vient de recevoir le soutien financier et stratégique de la Fondation Genève Place Financière - entend promouvoir Genève comme un centre de référence en matière d’investissement responsable.
En quoi Genève est-elle, plus que d’autres places, apte à agir pour changer le monde?
Les banquiers genevois, plus particulièrement les banquiers privés, sont actifs de longue date dans le domaine de l’investissement responsable. Ce que l’on peut considérer comme l’une des premières institutions de microcrédit au monde - la fondation ECLOF International, dont je suis administrateur - a été créée à Genève en 1946 par Gustave Hentsch, le grand-père de Bénédict Hentsch. A la fin de la guerre, il a été sollicité pour financer la reconstruction d’édifices religieux détruits. Il a refusé de donner simplement de l’argent mais a créé une fondation, estimant que de l’argent prêté serait mieux géré que de simples dons. En outre, les premiers remboursements permettraient à la fondation d’octroyer d’autres financements. De fait, lorsque la reconstruction des églises a été achevée en Europe, la fondation a été amenée - à la demande des Eglises - à intervenir en Afrique, en consentant des crédits de faibles montants aux populations.
La crise actuelle ayant été provoquée par certains acteurs de la finance, on pourrait soupçonner les banquiers de vouloir se refaire une image en misant sur l’éthique?
L’action des financiers genevois en matière d’investissement responsable ne date pas d’hier. Le premier fonds commercial de microcrédit, le Dexia Micro Credit Fund, a été créé ici par Blue Orchard; dont Pury Pictet Turrettini et Cie est actionnaire fondateur. Entretemps, Blue Orchard, qui prête à de grandes institutions de microcrédit, gère plus de 800 millions de francs. Cette entreprise a également lancé un fonds baptisé Oasis qui investit dans le social entrepreneurship: des entreprises répondant à des besoins sociaux. Autre initiative récente: le Guilé European Engagement Fund, géré par notre société. C’est le premier fonds qui investit uniquement dans des entreprises ayant signé le Global Compact des Nations Unies et s’attache à aider les sociétés en portefeuille à créer de la valeur pour les actionnaires dans l’exercice de leur responsabilité sociale. A titre d’exemple, en réunissant les compétences à la fois publiques et privées, le fonds est sur le point de contribuer au positionnement stratégique d’une des sociétés d’assurances détenues dans son portefeuille dans le domaine de la micro-assurance maladie pour les plus démunis.
Au-delà de ces initiatives - auxquelles on peut ajouter le fonds Generation copromu par Lombard Odier Darier & Hentsch - y a-t-il une réelle volonté à Genève de fédérer en faveur de l’investissement responsable?
Les banquiers privés, qui n’ont pas d’actionnaires, peuvent, plus que d’autres, développer une vision à long terme et la faire partager à leurs clients. Il serait d’ailleurs dangereux, pour l’ensemble de la finance, de s’en tenir à des objectifs de rendement à court terme sans s’inquiéter des effets à venir sur l’environnement ou le social. Dans la gestion de portefeuilles aussi il faut parfois oser ne pas faire comme les autres…
Le microcrédit est présenté par les financiers comme rentable…
Le développement du microcrédit respecte une logique commerciale. Le taux d’intérêt demandé couvre les coûts de celui qui prête et permet d’aider d’autres personnes en accordant de nouveaux prêts. En Afrique notamment, de nombreuses personnes ne peuvent espérer sortir de la précarité que par l’accès à des services financiers : microcrédit, mais aussi assurance vie, assurance choses ou assurance maladie. Blue Orchard essaye de procurer à ses investisseurs du Libor + 2%.
Qu’est-ce qui vous a amené à l’investissement responsable ?
Une de mes clientes, qui possédait déjà un portefeuille construit en évitant des placements dans des activi- tés qu’elle réprouvait, m’a demandé d’aller plus loin dans l’investissement responsable. Elle voulait pouvoir se dire que non seulement son argent ne «devrait pas faire de mal» mais qu’il devrait surtout contribuer à «améliorer l’état du monde». |
PROPOS RECUEILLIS PAR GENEVIEVE BRUNET
REPERES
Guillaume Taylor, citoyen suisse et du Royaume-Uni, a obtenu une licence en sciences économiques de l’Université de Boston, avant de débuter sa carrière chez Intel. En 1995, il rejoint Darier Hentsch & Cie, comme gestionnaire de fortune. En 2002, il est nommé associé chez Pury Pictet Turrettini & Cie s.a. (PPT), une société de gestion de patrimoines. PPT est cofondateur et actionnaire de BlueOrchard Finance, un des plus importants acteurs de la gestion d’actifs liés à la microfinance, et de EIC Partners, société d’investissement dans le domaine de l’énergie renouvelable.
GENEVIEVE BRUNET
17 Avril 2008
L´Hebdo
Vous êtes membre du comité de la jeune association « Sustainable Finance Geneva». Quels sont ses objectifs?
Je suis l’un des douze cofondateurs de cette association présidée par Angela de Wolff qui a une longue expérience de l’investissement socialement responsable (ISR); soit des placements prenant en compte le couple classique du rendement par rapport au risque, mais aussi l’impact à long terme sur le social et l’environnement. Même si cet impact n’est pas facile à quantifier, on ne peut plus se permettre de l’ignorer. Chacun doit prendre conscience que nombre de ses décisions ont un impact sur le futur. C’est aussi le cas des investissements. Cette association veut promouvoir Genève comme locomotive de l’investissement responsable. Les financiers ont le pouvoir de changer le monde!
Comment ?
Les banquiers, particulièrement ceux qui pratiquent la gestion de fortune et ont des contacts étroits avec leurs clients, peuvent inciter les investisseurs à adopter une attitude responsable. Ces derniers devraient entretenir un rapport quasi affectif avec leur portefeuille: être sûrs que chaque investissement satisfait leurs valeurs, surtout sociales et environnementales. Notre association - qui vient de recevoir le soutien financier et stratégique de la Fondation Genève Place Financière - entend promouvoir Genève comme un centre de référence en matière d’investissement responsable.
En quoi Genève est-elle, plus que d’autres places, apte à agir pour changer le monde?
Les banquiers genevois, plus particulièrement les banquiers privés, sont actifs de longue date dans le domaine de l’investissement responsable. Ce que l’on peut considérer comme l’une des premières institutions de microcrédit au monde - la fondation ECLOF International, dont je suis administrateur - a été créée à Genève en 1946 par Gustave Hentsch, le grand-père de Bénédict Hentsch. A la fin de la guerre, il a été sollicité pour financer la reconstruction d’édifices religieux détruits. Il a refusé de donner simplement de l’argent mais a créé une fondation, estimant que de l’argent prêté serait mieux géré que de simples dons. En outre, les premiers remboursements permettraient à la fondation d’octroyer d’autres financements. De fait, lorsque la reconstruction des églises a été achevée en Europe, la fondation a été amenée - à la demande des Eglises - à intervenir en Afrique, en consentant des crédits de faibles montants aux populations.
La crise actuelle ayant été provoquée par certains acteurs de la finance, on pourrait soupçonner les banquiers de vouloir se refaire une image en misant sur l’éthique?
L’action des financiers genevois en matière d’investissement responsable ne date pas d’hier. Le premier fonds commercial de microcrédit, le Dexia Micro Credit Fund, a été créé ici par Blue Orchard; dont Pury Pictet Turrettini et Cie est actionnaire fondateur. Entretemps, Blue Orchard, qui prête à de grandes institutions de microcrédit, gère plus de 800 millions de francs. Cette entreprise a également lancé un fonds baptisé Oasis qui investit dans le social entrepreneurship: des entreprises répondant à des besoins sociaux. Autre initiative récente: le Guilé European Engagement Fund, géré par notre société. C’est le premier fonds qui investit uniquement dans des entreprises ayant signé le Global Compact des Nations Unies et s’attache à aider les sociétés en portefeuille à créer de la valeur pour les actionnaires dans l’exercice de leur responsabilité sociale. A titre d’exemple, en réunissant les compétences à la fois publiques et privées, le fonds est sur le point de contribuer au positionnement stratégique d’une des sociétés d’assurances détenues dans son portefeuille dans le domaine de la micro-assurance maladie pour les plus démunis.
Au-delà de ces initiatives - auxquelles on peut ajouter le fonds Generation copromu par Lombard Odier Darier & Hentsch - y a-t-il une réelle volonté à Genève de fédérer en faveur de l’investissement responsable?
Les banquiers privés, qui n’ont pas d’actionnaires, peuvent, plus que d’autres, développer une vision à long terme et la faire partager à leurs clients. Il serait d’ailleurs dangereux, pour l’ensemble de la finance, de s’en tenir à des objectifs de rendement à court terme sans s’inquiéter des effets à venir sur l’environnement ou le social. Dans la gestion de portefeuilles aussi il faut parfois oser ne pas faire comme les autres…
Le microcrédit est présenté par les financiers comme rentable…
Le développement du microcrédit respecte une logique commerciale. Le taux d’intérêt demandé couvre les coûts de celui qui prête et permet d’aider d’autres personnes en accordant de nouveaux prêts. En Afrique notamment, de nombreuses personnes ne peuvent espérer sortir de la précarité que par l’accès à des services financiers : microcrédit, mais aussi assurance vie, assurance choses ou assurance maladie. Blue Orchard essaye de procurer à ses investisseurs du Libor + 2%.
Qu’est-ce qui vous a amené à l’investissement responsable ?
Une de mes clientes, qui possédait déjà un portefeuille construit en évitant des placements dans des activi- tés qu’elle réprouvait, m’a demandé d’aller plus loin dans l’investissement responsable. Elle voulait pouvoir se dire que non seulement son argent ne «devrait pas faire de mal» mais qu’il devrait surtout contribuer à «améliorer l’état du monde». |
PROPOS RECUEILLIS PAR GENEVIEVE BRUNET
REPERES
Guillaume Taylor, citoyen suisse et du Royaume-Uni, a obtenu une licence en sciences économiques de l’Université de Boston, avant de débuter sa carrière chez Intel. En 1995, il rejoint Darier Hentsch & Cie, comme gestionnaire de fortune. En 2002, il est nommé associé chez Pury Pictet Turrettini & Cie s.a. (PPT), une société de gestion de patrimoines. PPT est cofondateur et actionnaire de BlueOrchard Finance, un des plus importants acteurs de la gestion d’actifs liés à la microfinance, et de EIC Partners, société d’investissement dans le domaine de l’énergie renouvelable.
GENEVIEVE BRUNET
17 Avril 2008
L´Hebdo
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