Investir utile

Publié le par Alexis Carré



PYROMANES. Menteurs. Stupides. Avares. Tricheurs. C'est ainsi que Warren Buffett, le plus grand gérant américain, qualifiait il y a quelques jours les banquiers de Wall Street, responsables à ses yeux de la crise qui secoue les marchés boursiers depuis l'été 2007. Ces propos révèlent l'ampleur du discrédit qui frappe les piliers du système financier. Faut-il s'en inquiéter ? Peut-être pas.

A chaque crise - en gros tous les dix ans - la finance se transforme. En 2000, l'éclatement de la bulle spéculative a ramené brutalement sur terre des investisseurs éblouis par les mirages de la " nouvelle économie ". Mais le krach de 2000 a aussi eu des effets pervers. La baisse des taux américains a provoqué un gonflement de la masse monétaire mondiale, à l'origine d'une envolée artificielle des prix de toutes les classes d'actif. La remontée de l'aversion au risque a favorisé un recours massif aux produits dérivés. C'est de la volonté des banques de maximiser leurs profits sans en accepter les risques qu'est née la crise des subprimes.

Beaucoup de responsables de gestion et de dirigeants d'entreprise ont aujourd'hui pris conscience des ravages de la dictature du court terme. Mais comment résister à la pression de clients et d'actionnaires exigeant chaque année une rentabilité à deux chiffres ? Quel contrepoids opposer à cette logique implacable ? C'est l'un des enjeux - et non des moindres - de l'essor de l'investissement socialement responsable (ISR).

Si elle peut prendre une multitude de visages, cette approche repose sur quelques idées simples : trouver un juste compromis entre nos besoins et ceux des générations futures, préserver l'environnement, respecter les règles de bonne gouvernance, adopter un comportement respectueux des partenaires de l'entreprise...

Certains considèrent ce nouveau type de gestion comme une mode ou, pis, une stratégie marketing. A leurs yeux, l'ISR serait un mélange de naïveté et de cynisme. S'il existe incontestablement un effet d'opportunité, le succès de cette approche résulte en réalité d'un besoin de changement profond.

Aujourd'hui, l'investissement socialement responsable n'en est qu'à ses balbutiements. Il représente à peine 1,5 % des encours des OPCVM commercialisés en France. Mais la collecte progresse. L'arrivée à des postes de responsabilité d'une génération de quarantenaires, voire de trentenaires, favorise l'émergence d'idées neuves. Les sondages le confirment : les épargnants sont de plus en plus nombreux à refuser de se contenter d'une logique purement financière. Ils veulent des placements rentables, mais aussi en adéquation avec leurs valeurs.

Pour Le Monde, l'ISR s'imposera bientôt comme une norme de gestion incontournable. Le dossier principal du premier " Monde Argent " mensuel lui est donc logiquement consacré. Dès le mois prochain, nous lancerons une chronique régulière sur ce thème. Elle s'intitulera " Investir utile ".

Jérôme Porier
11 Mai 2008
Le Monde Argent
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Publié dans tendance

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