« Le développement durable crée des opportunités »
« Les investissements durables améliorent la rentabilité à long terme », entend-on souvent. Cash a sondé plusieurs entreprises cotées en Bourse sur l'intérêt qu'elles portent au développement durable.
Responsabilité sociale de l'entreprise Investissement à long terme Immobilier écologique « Facteur crucial »Un aspect clé
Les entreprises peuvent apporter une contribution importante au développement durable de la société, en recherchant un équilibre entre performances, aspects sociaux et préservation de l'environnement. Selon le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), une stratégie équilibrée en matière de responsabilité sociale peut permettre à une entreprise d'optimiser ses activités. Il demeure cependant difficile de trouver un équilibre entre les résultats financiers et l'importance accordée au développement durable, en particulier pour les plus grandes. Où se situe la limite pour les entreprises ? Quelles sont les conséquences d'une politique durable ? Notre rédaction a sondé plusieurs grandes entreprises cotées en Bourse sur la place qu'elles accordent au développement durable.
Le bancassureur KBC a publié ses premiers rapports sur sa politique de responsabilité sociale (la « responsabilité sociale de l'entreprise », connue également sous son sigle anglais CSR, corporate social responsibility) dès 2004. Depuis, il a franchi un nouveau palier chaque année. « Depuis peu, nos entités belges consomment exclusivement de l'électricité verte, ce qui génère une réduction immédiate (45 %) de nos émissions de gaz à effet de serre », déclare Viviane Huybrecht, porte-parole du groupe KBC. « En 2007, nous avons lancé un plan d'action destinée à réduire de 5 % notre consommation de papier en trois ans et nous avons entamé la transformation progressive de notre parc de voitures de société selon le concept Greenlease (conduite économique, voitures à émissions de CO2 réduites, etc.). » Le bancassureur prolonge sa politique durable dans ses produits d'investissement. KBC Asset Management est la seule société à publier une liste des entreprises impliquées dans la conception et la production d'armes à dispersion et de mines antipersonnelles. « Cela fait longtemps que ces entreprises sont exclues de nos fonds et de nos octrois de crédits. De même, les compagnies pétrolières, gazières et minières actives dans des pays controversés comme le Myanmar et la Somalie ne seront désormais plus intégrées dans nos fonds d'investissement durables », ajoute-t-elle. Cette année, KBC commencera également l'élaboration de lignes directrices écologiques ( green building guidelines) destinées à rendre les nouvelles constructions et les grands bâtiments aussi climatiquement neutres que possible.
La banque Dexia a initié différents projets destinés à lutter contre le changement climatique. « En 2007, nous nous sommes engagés dans le financement de projets liés à l'énergie renouvelable - à la fois solaire et éolienne - pour un montant de 1,18 milliard EUR. Avec notre portefeuille total de projets, nous avons ainsi économisé 5,7 millions de tonnes de CO2 », explique Caroline Orjebin, de Dexia. Le groupe bancaire a déjà acheté un million de droits d'émissions de CO2 pour un total de 15,7 millions EUR. « Notre stratégie a fait de Dexia le premier financier mondial de projets mis en £uvre dans le secteur de l'énergie renouvelable, avec 9 % du marché. » Dexia est ainsi, selon ses propres termes, un leader européen en matière d'investissement socialement responsable.
Chez Fortis Banque, la politique de développement durable s'articule autour de trois grands thèmes stratégiques : l'approvisionnement durable, le changement climatique et l'intégration sociale. « Notre société exige des entreprises qu'elles mènent une politique durable. Par l'intermédiaire de Fortis Foundations, nous cherchons à lutter contre l'exclusion et à faire participer les groupes les plus vulnérables à l'évolution de la société et de l'économie. Des entreprises dynamiques ont en effet besoin d'une société saine, et vice versa », affirme Kim Cauberghs de Fortis. Fortis est convaincu que ses performances en matière de responsabilité sociale ne pourront s'inscrire dans la longueur qu'à condition d'intégrer l'essence du développement durable dans son organisation et ses processus opérationnels. « Les principes de responsabilité sociale des entreprises génèrent une valeur ajoutée dans notre c£ur d'activité et créent des opportunités de développement de produits et services durables », explique-t-elle. Selon elle, l'entreprenariat durable positionne Fortis comme un bon investissement et préserve la réputation de l'entreprise.
Le distributeur Colruyt a été un pionnier dans le développement durable, avec des initiatives datant déjà des années 1990. « Plusieurs dimensions sont progressivement venues s'ajouter à notre programme environnemental Greenline. Au départ, les priorités étaient le traitement des déchets (prévention, recyclage, réutilisation) et la rationalisation de la consommation d'énergie (sobriété dans l'aménagement des magasins, chauffage et éclairage efficaces). En 1998, Colruyt a apporté une attention supplémentaire à la mobilité en réduisant autant que possible le nombre de kilomètres parcouru par chaque produit », explique Koen De Maesschalck de Colruyt. Ces dernières années, on peut notamment citer le projet Bike to work, la charte sur le travail des enfants et le projet Collibri, dans le cadre duquel l'entreprise reverse 5 % du chiffre d'affaires réalisé sur certains produits pour financer des projets d'éducation et de formation dans les régions d'origine par l'intermédiaire d'ONG. « Nous avons déjà beaucoup investi dans l'énergie alternative. Nous avons ainsi construit notre première éolienne en 1999, puis deux autres en 2006. Les sites de Hal et de Ninove sont depuis peu approvisionnés en électricité verte produite par des panneaux solaires afin de réduire les émissions de CO2 », poursuit-il. « Mais notre plus belle réalisation reste peut-être d'avoir fourni la preuve que les principes du développement durable pouvaient être appliqués dans le cadre d'une activité économique à grande échelle et contribuer à une croissance saine pour notre personnel, nos fournisseurs, notre entreprise et nos clients », conclut K. De Maesschalck.
Son concurrent Delhaize cherche lui aussi à réduire l'impact écologique de ses activités. « Nous nous attardons surtout sur les économies d'énergie, la limitation de nos émissions de CO2 et la réduction des déchets », précise Barbera Hoppenbrouwers au nom de la chaîne de supermarchés. Le secteur de la distribution alimentaire est en effet un gros consommateur d'énergie pour l'éclairage, le refroidissement, le chauffage et le transport. « Ainsi, nous avons réduit notre consommation énergétique de 30 % en équipant nos congélateurs ouverts de couvercles et en installant des panneaux solaires au dessus de nos magasins. » Nous récupérons également la chaleur produite par les comptoirs réfrigérés. En achetant exclusivement de l'électricité verte (AlpEnergie d'Electrabel), Delhaize a été le plus grand consommateur d'énergie renouvelable l'an dernier. Les livraisons aux magasins ont également été optimisées, ce qui a réduit de deux millions de kilomètres la distance parcourue chaque année par les camions Delhaize. Le distributeur a également pris des mesures en matière de réduction des déchets. « En 2007, nous avons supprimé les sacs plastiques jetables aux caisses en Belgique. Nos magasins font la promotion de formes alternatives de sacs et des paniers réutilisables », explique B. Hoppenbrouwers. Delhaize va dès lors publier cette année son premier rapport sur le développement durable, qui énumérera les initiatives prises dans l'ensemble du groupe.
Le groupe de construction CFE va plus loin que les simples obligations environnementales et s'est fixé cinq domaines d'action : les responsabilités sociales et environnementales, la charte de corporate governance, l'engagement humain et social et les relations avec les tiers. « Dans certaines activités, nous pouvons prendre des initiatives destinées à favoriser le développement durable. Ainsi, nous trions soigneusement les déchets sur nos chantiers, nous sommes très attentifs à nos rapports environnementaux et aux possibilités alternatives de transport et nous utilisons notamment une huile de décoffrage biodégradable », déclare Yves Weyts de CFE.
Pour Intervest Offices, le développement durable est avant tout une question d'utilisation et de consommation d'énergie et de matériaux, de la manière dont les travaux d'entretien et de rénovation sont effectués, et de traitement des déchets. « Dans nos parcs d'entreprises Intercity Business et Mechelen Campus, les déchets sont collectés individuellement auprès de toutes les entreprises par Van Gansewinkel, qui veille à ce qu'ils soient déposés dans le container adéquat. Auparavant, on était plutôt négligent en la matière, et les frais de traitement des déchets s'en ressentaient. Outre l'aspect écologique, cette mesure a généré plus de 8 % d'économies », explique le directeur général Jean-Paul Sols. Intervest est également convaincu de l'impact positif du développement durable sur les résultats. « Une baisse des frais secondaires (énergie/entretien) dans un complexe réduit d'autant le coût d'hébergement total de nos locataires. Nos immeubles sont ainsi plus performants que les autres bâtiments sur le marché, ce qui profite indirectement à nos résultats. »
Warehouses De Pauw veut pour sa part se profiler comme un pionnier en matière de développement d'entrepôts écologiques et durables en Belgique, sous la devise Warehouses With Brains. « L'an dernier, nous avons lancé un programme d'investissement (2008-2009) de 45 millions EUR pour l'installation de 10 MW de panneaux photovoltaïques sur les toits de nos entrepôts. Cet investissement dégage un rendement similaire à nos autres investissements propres. Nous sommes dès lors convaincus qu'ils vont accroître la louabilité et la durée de vie de nos investissements », explique Joost Uwents de WDP. La sicafi veut cependant aller plus loin dans le développement d'entrepôts durables et étudie d'autres options, comme un éclairage plus efficace, une isolation plus épaisse et des mesures de récupération des eaux usées. « Nous sommes totalement persuadés que l'entreprenariat et les investissements durables vont profiter à notre rentabilité à long terme », ajoute J. Uwents.
Chez ses collègues de Cofinimmo, on procède à une analyse approfondie de la qualité des sols, du sous-sol et des eaux souterraines. « Avant chaque acquisition d'un bâtiment, nous étudions attentivement les non-conformités et les risques environnementaux. En cherchant à maximiser la maîtrise des risques, Cofinimmo tente de limiter autant que possible les charges pour ses locataires, pour ses actionnaires et pour l'environnement », explique Ingrid Schabon de Cofinimmo. « La maîtrise des risques va en effet de pair avec une amélioration continue de la compétitivité de Cofinimmo et une utilisation plus efficace des richesses naturelles. » Cofinimmo a d'ailleurs signé début 2007 un contrat avec le fournisseur d'énergie Electrabel portant sur l'achat d'énergie verte. « L'énergie renouvelable que nous consommons provient des centrales hydrauliques de la Compagnie Nationale du Rhône et générera une économie d'environ 15.000 tonnes de CO2 par an », détaille I. Schabon. Cofinimmo intègre également le développement durable dans sa politique de personnel. Les collaborateurs bénéficient d'un plan de formation annuel où plusieurs jours sont consacrés à des thèmes liés à l'environnement, à la performance énergétique des bâtiments et au développement durable. De plus, Cofinimmo a été l'une des premières entreprises à signer le plan de diversité de la Région de Bruxelles-Capitale. « En 2008, le système de gestion environnementale de trois immeubles sera certifié selon la norme ISO 14001. L'objectif est d'étendre cette certification à d'autres bâtiments en portefeuille », ajoute-t-elle. Cofinimmo se veut ainsi précurseur en matière de politique environnementale.
Le producteur d'huile de palme Sipef a fait de l'entrepreneuriat durable une priorité. L'entreprise affirme vouloir produire de l'huile de palme de la manière la plus rentable possible dans le respect de la nature et de l'environnement, mais aussi du milieu social des membres du personnel et des villages environnants. « Le développement durable est très important dans notre cas parce qu'un sentiment négatif s'est développé en Europe vis-à-vis des producteurs d'huile de palme en général. On ne fait en effet aucune distinction entre les producteurs durables et ceux qui n'y prêtent aucun intérêt », explique François Van Hoydonck, l'administrateur délégué. Sipef est convaincu que la durabilité constituera un facteur crucial à l'avenir. « Il ne fait aucun doute que le développement durable aura une incidence bénéfique sur les résultats de l'entreprise, en garantissant l'intérêt du marché alimentaire européen pour nos produits. Lorsqu'une entreprise comme Unilever dit ne vouloir utiliser que de l'huile de palme produite au sein d'exploitations durables d'ici 2015, c'est un signe qui indique que le développement durable sera déterminant pour le marché et la formation des prix », conclut F. Van Hoydonck.
L'entreprise de télécommunications Belgacom est également convaincue de l'impact positif du développement durable. « Les initiatives déployées autour du développement durable peuvent procurer des avantages économiques et écologiques », selon Jan Margot de Belgacom. « L'ICT fournit un large éventail de services qui aident la société à mieux gérer son impact sur l'environnement, en proposant des alternatives économiques à des services existants. Outre les possibilités de facturation et de paiement électroniques, Belgacom a réalisé une première ouest-européenne en 2008 en collaboration avec la société flamande de transport De Lijn : à Anvers et à Gand, les voyageurs peuvent désormais payer leurs titres de transport par SMS. » Belgacom a également lancé début 2007 un projet pilote permettant de suivre sa consommation d'électricité et de gaz sur Internet.
Le producteur de textile industriel Sioen Industries a édicté ses business principles qui font de multiples références à l'entreprenariat durable. « Dès la naissance de notre entreprise, nous nous sommes concentrés sur la rentabilité, le facteur humain et l'environnement (les 3 p : profit, people et planet). Notre mission, est d' « innover pour protéger ». C'est en fait un réflexe automatique, un état d'esprit dans notre société », explique Michèle Sioen. L'entreprise investit beaucoup dans les solutions durables. « La politique environnementale proactive que nous mettons en £uvre dépasse ce que la loi nous impose. Ainsi, nous utilisons des techniques de recyclage et de récupération d'énergie, nous exploitons l'énergie solaire et nous investissons dans le recyclage des produits finaux », explique l'administrateur délégué. « Il est difficile de chiffrer le prix de revient total des mesures que nous avons prises en matière de développement durable, mais il se monte à plusieurs millions d'euros par an », ajoute-t-elle.
Si Omega Pharma n'a pas intégré le développement durable dans une charte, c'est uniquement en raison de l'évolution rapide qu'a connue le groupe ces dernières années. Mais cela n'empêche pas le producteur de médicaments d'être très attentif à cet aspect. « Pour Omega Pharma, le développement durable implique avant tout de veiller à ne pas gaspiller les ressources naturelles et les matières premières. Cela va d'une consommation efficace de l'énergie sur les sites de production et dans les bureaux à une attitude générale visant par exemple à ne pas faire de photocopies ou imprimer des e-mails inconsidérément », explique Chris Van Raemdonck d'Omega Pharma. Dans le monde pharmaceutique, la durabilité prend logiquement une dimension supplémentaire. « Nos produits sont cependant des médicaments disponibles sans ordonnance et des produits de soins dont les composants sont déjà utilisés depuis des années, de sorte qu'il n'est pas nécessaire de faire des tests sur des animaux pour en démontrer la sécurité et l'efficacité. » La certification officielle est chère, mais elle sera demandée à moyen terme.
Le concept de développement durable ne connaît presque aucune limite, ce qui engendre des interprétations très différentes. Cependant, l'aspect clé est le même dans chaque entreprise : mettre en £uvre une politique durable qui profite au fonctionnement de l'entreprise sur le plan financier, social et environnemental. Notre sondage fait apparaître que de nombreuses entreprises tirent profit de leur politique durable. D'une part, une approche durable peut générer des économies significatives à long terme. D'autre part, elle donne aux entreprises, en plus d'un avantage éthique et écologique, la possibilité de renforcer leur compétitivité. Il ne s'agit pas uniquement de gestes pour l'environnement ; cela contribue également aux activités économiques.
Ken Van Weyenberg
5 Juin 2008
Trends-Cash
Responsabilité sociale de l'entreprise Investissement à long terme Immobilier écologique « Facteur crucial »Un aspect clé
Les entreprises peuvent apporter une contribution importante au développement durable de la société, en recherchant un équilibre entre performances, aspects sociaux et préservation de l'environnement. Selon le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), une stratégie équilibrée en matière de responsabilité sociale peut permettre à une entreprise d'optimiser ses activités. Il demeure cependant difficile de trouver un équilibre entre les résultats financiers et l'importance accordée au développement durable, en particulier pour les plus grandes. Où se situe la limite pour les entreprises ? Quelles sont les conséquences d'une politique durable ? Notre rédaction a sondé plusieurs grandes entreprises cotées en Bourse sur la place qu'elles accordent au développement durable.
Le bancassureur KBC a publié ses premiers rapports sur sa politique de responsabilité sociale (la « responsabilité sociale de l'entreprise », connue également sous son sigle anglais CSR, corporate social responsibility) dès 2004. Depuis, il a franchi un nouveau palier chaque année. « Depuis peu, nos entités belges consomment exclusivement de l'électricité verte, ce qui génère une réduction immédiate (45 %) de nos émissions de gaz à effet de serre », déclare Viviane Huybrecht, porte-parole du groupe KBC. « En 2007, nous avons lancé un plan d'action destinée à réduire de 5 % notre consommation de papier en trois ans et nous avons entamé la transformation progressive de notre parc de voitures de société selon le concept Greenlease (conduite économique, voitures à émissions de CO2 réduites, etc.). » Le bancassureur prolonge sa politique durable dans ses produits d'investissement. KBC Asset Management est la seule société à publier une liste des entreprises impliquées dans la conception et la production d'armes à dispersion et de mines antipersonnelles. « Cela fait longtemps que ces entreprises sont exclues de nos fonds et de nos octrois de crédits. De même, les compagnies pétrolières, gazières et minières actives dans des pays controversés comme le Myanmar et la Somalie ne seront désormais plus intégrées dans nos fonds d'investissement durables », ajoute-t-elle. Cette année, KBC commencera également l'élaboration de lignes directrices écologiques ( green building guidelines) destinées à rendre les nouvelles constructions et les grands bâtiments aussi climatiquement neutres que possible.
La banque Dexia a initié différents projets destinés à lutter contre le changement climatique. « En 2007, nous nous sommes engagés dans le financement de projets liés à l'énergie renouvelable - à la fois solaire et éolienne - pour un montant de 1,18 milliard EUR. Avec notre portefeuille total de projets, nous avons ainsi économisé 5,7 millions de tonnes de CO2 », explique Caroline Orjebin, de Dexia. Le groupe bancaire a déjà acheté un million de droits d'émissions de CO2 pour un total de 15,7 millions EUR. « Notre stratégie a fait de Dexia le premier financier mondial de projets mis en £uvre dans le secteur de l'énergie renouvelable, avec 9 % du marché. » Dexia est ainsi, selon ses propres termes, un leader européen en matière d'investissement socialement responsable.
Chez Fortis Banque, la politique de développement durable s'articule autour de trois grands thèmes stratégiques : l'approvisionnement durable, le changement climatique et l'intégration sociale. « Notre société exige des entreprises qu'elles mènent une politique durable. Par l'intermédiaire de Fortis Foundations, nous cherchons à lutter contre l'exclusion et à faire participer les groupes les plus vulnérables à l'évolution de la société et de l'économie. Des entreprises dynamiques ont en effet besoin d'une société saine, et vice versa », affirme Kim Cauberghs de Fortis. Fortis est convaincu que ses performances en matière de responsabilité sociale ne pourront s'inscrire dans la longueur qu'à condition d'intégrer l'essence du développement durable dans son organisation et ses processus opérationnels. « Les principes de responsabilité sociale des entreprises génèrent une valeur ajoutée dans notre c£ur d'activité et créent des opportunités de développement de produits et services durables », explique-t-elle. Selon elle, l'entreprenariat durable positionne Fortis comme un bon investissement et préserve la réputation de l'entreprise.
Le distributeur Colruyt a été un pionnier dans le développement durable, avec des initiatives datant déjà des années 1990. « Plusieurs dimensions sont progressivement venues s'ajouter à notre programme environnemental Greenline. Au départ, les priorités étaient le traitement des déchets (prévention, recyclage, réutilisation) et la rationalisation de la consommation d'énergie (sobriété dans l'aménagement des magasins, chauffage et éclairage efficaces). En 1998, Colruyt a apporté une attention supplémentaire à la mobilité en réduisant autant que possible le nombre de kilomètres parcouru par chaque produit », explique Koen De Maesschalck de Colruyt. Ces dernières années, on peut notamment citer le projet Bike to work, la charte sur le travail des enfants et le projet Collibri, dans le cadre duquel l'entreprise reverse 5 % du chiffre d'affaires réalisé sur certains produits pour financer des projets d'éducation et de formation dans les régions d'origine par l'intermédiaire d'ONG. « Nous avons déjà beaucoup investi dans l'énergie alternative. Nous avons ainsi construit notre première éolienne en 1999, puis deux autres en 2006. Les sites de Hal et de Ninove sont depuis peu approvisionnés en électricité verte produite par des panneaux solaires afin de réduire les émissions de CO2 », poursuit-il. « Mais notre plus belle réalisation reste peut-être d'avoir fourni la preuve que les principes du développement durable pouvaient être appliqués dans le cadre d'une activité économique à grande échelle et contribuer à une croissance saine pour notre personnel, nos fournisseurs, notre entreprise et nos clients », conclut K. De Maesschalck.
Son concurrent Delhaize cherche lui aussi à réduire l'impact écologique de ses activités. « Nous nous attardons surtout sur les économies d'énergie, la limitation de nos émissions de CO2 et la réduction des déchets », précise Barbera Hoppenbrouwers au nom de la chaîne de supermarchés. Le secteur de la distribution alimentaire est en effet un gros consommateur d'énergie pour l'éclairage, le refroidissement, le chauffage et le transport. « Ainsi, nous avons réduit notre consommation énergétique de 30 % en équipant nos congélateurs ouverts de couvercles et en installant des panneaux solaires au dessus de nos magasins. » Nous récupérons également la chaleur produite par les comptoirs réfrigérés. En achetant exclusivement de l'électricité verte (AlpEnergie d'Electrabel), Delhaize a été le plus grand consommateur d'énergie renouvelable l'an dernier. Les livraisons aux magasins ont également été optimisées, ce qui a réduit de deux millions de kilomètres la distance parcourue chaque année par les camions Delhaize. Le distributeur a également pris des mesures en matière de réduction des déchets. « En 2007, nous avons supprimé les sacs plastiques jetables aux caisses en Belgique. Nos magasins font la promotion de formes alternatives de sacs et des paniers réutilisables », explique B. Hoppenbrouwers. Delhaize va dès lors publier cette année son premier rapport sur le développement durable, qui énumérera les initiatives prises dans l'ensemble du groupe.
Le groupe de construction CFE va plus loin que les simples obligations environnementales et s'est fixé cinq domaines d'action : les responsabilités sociales et environnementales, la charte de corporate governance, l'engagement humain et social et les relations avec les tiers. « Dans certaines activités, nous pouvons prendre des initiatives destinées à favoriser le développement durable. Ainsi, nous trions soigneusement les déchets sur nos chantiers, nous sommes très attentifs à nos rapports environnementaux et aux possibilités alternatives de transport et nous utilisons notamment une huile de décoffrage biodégradable », déclare Yves Weyts de CFE.
Pour Intervest Offices, le développement durable est avant tout une question d'utilisation et de consommation d'énergie et de matériaux, de la manière dont les travaux d'entretien et de rénovation sont effectués, et de traitement des déchets. « Dans nos parcs d'entreprises Intercity Business et Mechelen Campus, les déchets sont collectés individuellement auprès de toutes les entreprises par Van Gansewinkel, qui veille à ce qu'ils soient déposés dans le container adéquat. Auparavant, on était plutôt négligent en la matière, et les frais de traitement des déchets s'en ressentaient. Outre l'aspect écologique, cette mesure a généré plus de 8 % d'économies », explique le directeur général Jean-Paul Sols. Intervest est également convaincu de l'impact positif du développement durable sur les résultats. « Une baisse des frais secondaires (énergie/entretien) dans un complexe réduit d'autant le coût d'hébergement total de nos locataires. Nos immeubles sont ainsi plus performants que les autres bâtiments sur le marché, ce qui profite indirectement à nos résultats. »
Warehouses De Pauw veut pour sa part se profiler comme un pionnier en matière de développement d'entrepôts écologiques et durables en Belgique, sous la devise Warehouses With Brains. « L'an dernier, nous avons lancé un programme d'investissement (2008-2009) de 45 millions EUR pour l'installation de 10 MW de panneaux photovoltaïques sur les toits de nos entrepôts. Cet investissement dégage un rendement similaire à nos autres investissements propres. Nous sommes dès lors convaincus qu'ils vont accroître la louabilité et la durée de vie de nos investissements », explique Joost Uwents de WDP. La sicafi veut cependant aller plus loin dans le développement d'entrepôts durables et étudie d'autres options, comme un éclairage plus efficace, une isolation plus épaisse et des mesures de récupération des eaux usées. « Nous sommes totalement persuadés que l'entreprenariat et les investissements durables vont profiter à notre rentabilité à long terme », ajoute J. Uwents.
Chez ses collègues de Cofinimmo, on procède à une analyse approfondie de la qualité des sols, du sous-sol et des eaux souterraines. « Avant chaque acquisition d'un bâtiment, nous étudions attentivement les non-conformités et les risques environnementaux. En cherchant à maximiser la maîtrise des risques, Cofinimmo tente de limiter autant que possible les charges pour ses locataires, pour ses actionnaires et pour l'environnement », explique Ingrid Schabon de Cofinimmo. « La maîtrise des risques va en effet de pair avec une amélioration continue de la compétitivité de Cofinimmo et une utilisation plus efficace des richesses naturelles. » Cofinimmo a d'ailleurs signé début 2007 un contrat avec le fournisseur d'énergie Electrabel portant sur l'achat d'énergie verte. « L'énergie renouvelable que nous consommons provient des centrales hydrauliques de la Compagnie Nationale du Rhône et générera une économie d'environ 15.000 tonnes de CO2 par an », détaille I. Schabon. Cofinimmo intègre également le développement durable dans sa politique de personnel. Les collaborateurs bénéficient d'un plan de formation annuel où plusieurs jours sont consacrés à des thèmes liés à l'environnement, à la performance énergétique des bâtiments et au développement durable. De plus, Cofinimmo a été l'une des premières entreprises à signer le plan de diversité de la Région de Bruxelles-Capitale. « En 2008, le système de gestion environnementale de trois immeubles sera certifié selon la norme ISO 14001. L'objectif est d'étendre cette certification à d'autres bâtiments en portefeuille », ajoute-t-elle. Cofinimmo se veut ainsi précurseur en matière de politique environnementale.
Le producteur d'huile de palme Sipef a fait de l'entrepreneuriat durable une priorité. L'entreprise affirme vouloir produire de l'huile de palme de la manière la plus rentable possible dans le respect de la nature et de l'environnement, mais aussi du milieu social des membres du personnel et des villages environnants. « Le développement durable est très important dans notre cas parce qu'un sentiment négatif s'est développé en Europe vis-à-vis des producteurs d'huile de palme en général. On ne fait en effet aucune distinction entre les producteurs durables et ceux qui n'y prêtent aucun intérêt », explique François Van Hoydonck, l'administrateur délégué. Sipef est convaincu que la durabilité constituera un facteur crucial à l'avenir. « Il ne fait aucun doute que le développement durable aura une incidence bénéfique sur les résultats de l'entreprise, en garantissant l'intérêt du marché alimentaire européen pour nos produits. Lorsqu'une entreprise comme Unilever dit ne vouloir utiliser que de l'huile de palme produite au sein d'exploitations durables d'ici 2015, c'est un signe qui indique que le développement durable sera déterminant pour le marché et la formation des prix », conclut F. Van Hoydonck.
L'entreprise de télécommunications Belgacom est également convaincue de l'impact positif du développement durable. « Les initiatives déployées autour du développement durable peuvent procurer des avantages économiques et écologiques », selon Jan Margot de Belgacom. « L'ICT fournit un large éventail de services qui aident la société à mieux gérer son impact sur l'environnement, en proposant des alternatives économiques à des services existants. Outre les possibilités de facturation et de paiement électroniques, Belgacom a réalisé une première ouest-européenne en 2008 en collaboration avec la société flamande de transport De Lijn : à Anvers et à Gand, les voyageurs peuvent désormais payer leurs titres de transport par SMS. » Belgacom a également lancé début 2007 un projet pilote permettant de suivre sa consommation d'électricité et de gaz sur Internet.
Le producteur de textile industriel Sioen Industries a édicté ses business principles qui font de multiples références à l'entreprenariat durable. « Dès la naissance de notre entreprise, nous nous sommes concentrés sur la rentabilité, le facteur humain et l'environnement (les 3 p : profit, people et planet). Notre mission, est d' « innover pour protéger ». C'est en fait un réflexe automatique, un état d'esprit dans notre société », explique Michèle Sioen. L'entreprise investit beaucoup dans les solutions durables. « La politique environnementale proactive que nous mettons en £uvre dépasse ce que la loi nous impose. Ainsi, nous utilisons des techniques de recyclage et de récupération d'énergie, nous exploitons l'énergie solaire et nous investissons dans le recyclage des produits finaux », explique l'administrateur délégué. « Il est difficile de chiffrer le prix de revient total des mesures que nous avons prises en matière de développement durable, mais il se monte à plusieurs millions d'euros par an », ajoute-t-elle.
Si Omega Pharma n'a pas intégré le développement durable dans une charte, c'est uniquement en raison de l'évolution rapide qu'a connue le groupe ces dernières années. Mais cela n'empêche pas le producteur de médicaments d'être très attentif à cet aspect. « Pour Omega Pharma, le développement durable implique avant tout de veiller à ne pas gaspiller les ressources naturelles et les matières premières. Cela va d'une consommation efficace de l'énergie sur les sites de production et dans les bureaux à une attitude générale visant par exemple à ne pas faire de photocopies ou imprimer des e-mails inconsidérément », explique Chris Van Raemdonck d'Omega Pharma. Dans le monde pharmaceutique, la durabilité prend logiquement une dimension supplémentaire. « Nos produits sont cependant des médicaments disponibles sans ordonnance et des produits de soins dont les composants sont déjà utilisés depuis des années, de sorte qu'il n'est pas nécessaire de faire des tests sur des animaux pour en démontrer la sécurité et l'efficacité. » La certification officielle est chère, mais elle sera demandée à moyen terme.
Le concept de développement durable ne connaît presque aucune limite, ce qui engendre des interprétations très différentes. Cependant, l'aspect clé est le même dans chaque entreprise : mettre en £uvre une politique durable qui profite au fonctionnement de l'entreprise sur le plan financier, social et environnemental. Notre sondage fait apparaître que de nombreuses entreprises tirent profit de leur politique durable. D'une part, une approche durable peut générer des économies significatives à long terme. D'autre part, elle donne aux entreprises, en plus d'un avantage éthique et écologique, la possibilité de renforcer leur compétitivité. Il ne s'agit pas uniquement de gestes pour l'environnement ; cela contribue également aux activités économiques.
Ken Van Weyenberg
5 Juin 2008
Trends-Cash
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