Chaque pays privilégie une approche différente

Publié le par Alexis Carré

 

" CHAQUE pays a sa propre définition de la gestion ISR - investissement socialement responsable - du fait des sensibilités culturelles, de son histoire et des premières expériences prises en la matière par les institutionnels locaux. Il n'existe pas une approche unique de l'ISR applicable partout en Europe ", constate Gaëtan Herinckx, responsable de la gestion ISR chez Dexia Asset Management.

Entre la vision britannique, qui promeut l'activisme actionnarial, l'approche scandinave, accordant une place importante à l'exclusion, l'allemande, privilégiant les fonds " verts ", et l'attitude plus modérée des Français en matière d'engagement actionnarial, l'ISR offre de multiples visages.

Le niveau de développement des pratiques ISR est aussi inégal selon les pays. En Espagne et au Portugal, cette approche est encore balbutiante. Elle se développe un peu en Italie mais elle est complètement absente en Pologne. L'Angleterre, les Pays-Bas ou encore l'Allemagne ont adopté ce style de gestion bien avant la France, dès les années 1960-1970. Les premiers fonds éthiques (basés sur l'exclusion) sont apparus aux Etats-Unis dans les années 1930.

UN MARCHÉ D'INSTITUTIONNELS

En France, les premiers fonds ISR ont pris leur véritable essor au début des années 2000. La découverte tardive de cette politique d'investissement en France s'explique tout simplement par l'absence de fonds de pension tricolores.

" L'ISR reste avant tout un marché d'institutionnels. Ce sont les fonds de pension anglo-saxons et les caisses de retraites suisses qui ont promu ce type de gestion... Les pays où le système de retraite est basé sur la capitalisation ont développé une offre ISR étoffée ", analyse Hervé Thiard, directeur général de la banque suisse Pictet & Cie.

" La France a comblé une bonne partie de son retard en matière de méthodologies. Nous n'avons plus à rougir de nos compétences en analyse ISR. Ce qui nous manque, ce sont les encours ", confirme Patrick Savadoux, de la Financière Responsable. Car, si les Etats-Unis peuvent se targuer d'une ancienneté indéniable en matière de fonds éthiques, l'approche ISR des fonds américains se limite souvent à l'exclusion de valeurs jugées non morales (armes, tabac, alcool, jeu, sexe). Autant dire une approche très minimaliste.

" FAIRE BOUGER LES CHOSES "

En Asie, la récente prise de conscience par les gouvernements des conséquences écologiques et sociales du boom économique ouvre aussi des horizons de développement significatifs pour la gestion socialement responsable. Si la Corée du Sud et le Japon ont déjà largement développé ce type de gestion, la Chine et l'Inde en sont encore au stade de l'observation. " Même dans les pays les plus avancés, l'ISR est encore un marché en devenir : de nombreux investisseurs sont encore peu sensibilisés aux différentes approches possibles. Et, dans les autres pays, il y a encore tout à faire ", confie le responsable de Dexia AM.

Enfin, si l'état de développement de la gestion ISR varie d'un pays à l'autre, la notion d'engagement actionnarial est elle aussi à géométrie variable. " La finalité d'un engagement dans l'ISR, c'est de faire bouger les choses. Faute de quoi, la démarche perd une partie de son sens ", confie M. Thiard. Un constat qui demeure un voeu pieux dans le monde de la gestion ISR en Europe.


Y. R.
11 Mai 2008
Le Monde Argent

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