L'investissement responsable s'échappe de sa tour de Babel

Publié le par Alexis Carré

 

Difficile de se comprendre lorsque chacun utilise un langage différent. C'est tout le problème de l'investissement « socialement responsable », parfois désigné par le sigle « ISR ». Malgré l'intérêt croissant qu'elle suscite à travers le monde, cette démarche peine à percer au grand jour. Une marginalisation qui doit beaucoup au foisonnement désordonné des termes utilisés pour s'y référer : pas moins de seize, selon le décompte d'AXA Investment Managers. Pour le directeur de l'investissement responsable, Raj Thamotheram, dans une telle tour de Babel, « ce n'est pas surprenant que les gens soient perdus et que la prise en compte de ces données ne se généralise pas aussi rapidement qu'il le faudrait ».

De la plus classique (« extra-financier ») à la plus improbable (« résilience d'entreprise »), et de la plus terre à terre (« non traditionnel ») à la plus prétentieuse (« éthique »), la filiale de gestion d'actifs de l'assureur français et le cabinet AQ Research ont soumis toutes ces appellations d'origine incontrôlée à un échantillon de 350 professionnels de l'investissement, responsable ou non, majoritairement basés en Europe (à 62 %) et en Amérique du Nord (30 %). Avec l'espoir de « s'entendre sur un ou deux termes qui expriment le mieux cette démarche ».

Fidèles à leur goût immodéré pour les sigles, acronymes et autres abréviations, les financiers interrogés ont plébiscité « environnement, société et gouvernance ». Avis toutefois aux profanes : faire part à son banquier d'une soudaine et irrépressible envie « d'investir dans l'environnement, la société et la gouvernance » demeure un moyen infaillible de passer pour un grand naïf. Pour conserver son respect, mieux vaut se déclarer déterminé à « prendre en compte les facteurs ESG » dans sa stratégie d'investissement, voire à « favoriser l'approche ESG ». Dans la même veine jargonnante, on trouve sur la deuxième marche du podium l'élégant néologisme « durabilité », traduction discutable de l'anglais « sustainability », qui, lorsqu'il s'agit d'endettement, se traduit plus volontiers par un autre néologisme, « soutenabilité ».

Le consensus apparaît d'autant plus solide que les résultats varient très peu selon la région d'origine ou le métier qu'exercent les répondants, se félicite AXA IM, qui s'appuie sur ces résultats pour appeler tout un chacun, et notamment les inconscients qui « utilisent aujourd'hui ou veulent utiliser des termes peu plébiscités » à prendre acte de ce « signal ». Avis aux récalcitrants...


BENJAMIN JULLIEN
4 Août 2008
Les Echos

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