Fonds solidaires : donnez du sens à votre épargne

Publié le par Alexis Carré


PARTAGER LES REVENUS DE l'éPARGNE avec des organismes humanitaires ou investir dans des entreprises citoyennes, tel est l'objectif des fonds solidaires. Tour d'horizon de l'offre existante.

Epargner tout en étant solidaire, c'est possible ! Selon ce principe, plusieurs banques mettent à la disposition de leur clientèle un ou plusieurs fonds permettant d'investir « utile », qu'il s'agisse de fonds solidaires ou de fonds de partage. Et quelques milliers de souscripteurs, particuliers, associations ou entreprises, se laissent tenter par l'idée de faire fructifier leur patrimoine tout en participant à un projet humanitaire ou social.

Un encours en forte progression

Créés dans les années 1980 en France, ces produits restent certes encore anecdotiques dans l'offre des réseaux et par rapport à l'encours global de la gestion collective des sicav et des FCP (643 millions d'euros, soit 0,05 %). Quant au portefeuille moyen des particuliers, il excède rarement 15 000 euros. Cela dit, « les sicav, les FCP et l'assurance vie restent la principale source de collecte de l'épargne solidaire, même si les fonds d'épargne salariale ne sont pas loin de les dépasser », rapporte-t-on chez Finansol, organisme qui promeut ces fonds. En outre, leur encours est en hausse constante, à l'instar de l'épargne solidaire dans son ensemble (fonds, livrets solidaires, épargne salariale, etc.) qui a enregistré une progression de 33 % entre 2006 et 2007, pour avoisiner actuellement 1,7 milliard d'euros. Rappelons que cette manne est utilisée à des fins concrètes. Ainsi, un fonds comme Insertion Emplois (Natixis Asset Management), lancé en 1994, serait, selon ses protagonistes, à l'origine de la création de 500 entreprises et de 25 000 emplois ou de leur maintien. Deux types de fonds permettent de donner du sens à votre épargne : les fonds solidaires et les fonds de partage.

Deux concepts distincts

Précurseurs de l'épargne solidaire, les fonds de partage font directement appel à la générosité des épargnants, qui s'engagent à reverser, sous forme de don, une partie du revenu ou de la performance du fonds (selon qu'il s'agit d'un fonds de distribution ou de capitalisation) à un ou plusieurs organismes à vocation humanitaire ou caritative. Les organismes, souvent choisis par le gestionnaire, peuvent être le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), Action contre la faim, la Fédération internationale des ligues pour les droits de l'homme, etc. Lors de la souscription, l'épargnant choisit le montant des revenus qu'il cédera (25, 50 ou 75 %), sauf si le taux a été préalablement déterminé par le gestionnaire. Il faut préciser que le don moyen annuel excède rarement quelques centaines d'euros pour un portefeuille de 15 000 euros.

Pour leur part, les fonds solidaires investissent de 5 à 10 % des encours dans des entreprises ou associations définies comme solidaires et non cotées. Pour avoir cette qualité, ces acteurs doivent soit employer des salariés dans le cadre de contrats aidés ou en situation d'insertion professionnelle, soit, s'il s'agit d'associations, de coopératives ou de mutuelles, remplir certaines règles (fixées par décret) relatives à la rémunération des dirigeants et des salariés. Dans cette logique, Nord-Sud Développement, lancé en 1985 et géré par Natixis Asset Management, finance à hauteur de 10 % de ses encours des institutions de microcrédit, principalement en Amérique latine, en Asie et en Europe de l'Est. Autre organisme fréquemment cité parmi les bénéficiaires de ces placements, la Sifa (Société d'investissement France active), qui sélectionne et finance des projets solidaires.

Des supports souvent éthiques

Fonds de partage et fonds solidaires peuvent cumuler plusieurs qualités éthiques. Ainsi, certains investissent leur part cotée dans des actions ISR (investissement socialement responsable), tels que Macif Croissance durable et solidaire (Macif), Nord-Sud Développement ou Insertion Emplois (Natixis Asset Management). D'autres cumulent investissement solidaire et de partage lors d'une même souscription - il en est ainsi d'Ecofi Investissements. En effet, l'établissement a lancé une part de partage de sa sicav Choix solidaire, laquelle reverse la moitié du revenu annuel distribuable à Agir Fondation pour la recherche médicale, en vue de financer la recherche sur la maladie d'Alzheimer.

Qu'ils soient solidaires ou axés sur le partage, ces fonds sont avant tout des placements de gestion collective, gérés comme tels. Pour assurer le versement des dons, les OPCVM de partage privilégient souvent les placements obligataires. Mais difficile de dire s'il y a une règle en la matière. Cependant, la tendance est aujourd'hui à la création de gammes profilées. Ainsi, en complément du fonds Insertion Emplois lancé en 1994 et investi en actions, Natixis Asset Management a créé Insertion Emplois Equilibre en 2006 (65 % en obligations et 35 % en actions). Cette gamme sera complétée fin 2008 par un fonds prudent, composé d'obligations et de produits monétaires. Dans le même ordre d'idées, Faim et développement (Ecofi) comporte trois compartiments : l'un à capital garanti, le deuxième investi en produits de trésorerie et le troisième diversifié. Enfin, Confiance solidaire (Ecofi), fonds dénué de tout risque relatif aux actions, est en quelque sorte la version sécurisée de Choix solidaire (diversifié à 35 % sur les actions). « Créer une part sans risque nous a été imposé parce que certains investisseurs, comme les congrégations religieuses, ne peuvent pas prendre de risques sur les marchés actions. De même, certains militants écologiques refusent par principe d'investir dans des actions cotées », explique François Lett, directeur général délégué d'Ecofi Investissements.

Des OPCVM qui résistent à la morosité des marchés

Du côté des performances, quelques fonds s'assignent des objectifs tels que le suivi de l'inflation dans une perspective de quatre ans et plus (pour Liberté et solidarité, de LBPAM) et la rémunération du Livret A augmentée de 1,5 % (pour Choix solidaire, d'Ecofi Investissements). Si ces objectifs ont été globalement atteints (3,79 % en 2007 pour Choix solidaire et 15,29 % en quatre ans pour Liberté et solidarité), il est bien évident qu'épargner solidaire peut impliquer un sacrifice en matière de résultats. Soit, dans le cas des fonds de partage, parce qu'une partie des bénéfices est reversée. Dans ce cas, par l'intermédiaire des parts de distribution, le souscripteur effectuera un don même lorsque les marchés sont négatifs telle ou telle année, car les revenus sont lissés dans le temps, ce qui n'est pas le cas des parts de capitalisation. Soit, pour les fonds solidaires, parce que 10 % des encours peuvent être investis dans un projet humanitaire sans objectif de rentabilité. Notons cependant que lorsqu'un marché est baissier, certains fonds peuvent faire preuve d'une meilleure résistance que la moyenne de leur catégorie, la part solidaire, non exposée au risque, faisant office de parachute. Mieux, certains s'assurent, via ce compartiment, une rémunération certes peu élevée mais au moins stable. Tel est le cas de Insertion Emplois, de Natixis Asset Management (9,16 % sur trois ans, contre 5,71 % pour le SBF 120), dont les encours prêtés à des organismes solidaires sont rémunérés au taux annuel de 2 %. D'ailleurs, cette résistance a valu à cet OPCVM une collecte nette positive en 2007 (+ 20 %) et en 2008 (+ 13 %), fait assez exceptionnel dans le contexte actuel.

Enfin, si épargne solidaire ne rime pas avec performances maximales, on peut espérer, grâce à ces placements, réduire le montant de ses impôts. De ce point de vue, les fonds de partage requerront l'assentiment des investisseurs (voir encadré ci-contre). Notons enfin que certains établissements joignent leur générosité à celle de leurs clients en faisant don d'une partie des frais de gestion. C'est le cas d'Ethique et Partage (Financière Meeschaert), qui rétrocède 25 % des frais de gestion au Comité catholique contre la faim (en plus du versement des dividendes par le souscripteur), ou encore de Natixis Asset Management, qui reverse 0,65 % des frais de gestion d'Insertion Emplois à son partenaire France Active. Un geste non négligeable, puisque, dans ce dernier cas, il aurait représenté près de 1,5 million d'euros en 2007.

AVIS D'EXPERT François de Witt, président de Finansol*

On assiste à un grand mouvement de solidarité

L'encours de l'épargne solidaire a fortement augmenté ces dernières années, essentiellement tiré par la hausse de l'épargne salariale (+ 50 % en 2007) et par les livrets bancaires solidaires. Cela dit, les placements en sicav, en FCP (hors épargne salariale) et en assurance vie demeurent la principale source de collecte (38 %). Aujourd'hui, un label relatif aux critères de solidarité et de transparence a été accordé par Finansol à près de quatre-vingts de ces fonds. Leur encours reste encore modeste par rapport au montant de l'ensemble des placements boursiers, principalement parce que ces produits, qui allient performance financière et utilité sociale, sont mal connus en raison de leur caractère atypique.

Il n'empêche que les fonds d'épargne solidaire participent à un grand mouvement de solidarité nationale de la part du monde bancaire. Tous les grands réseaux ou presque en proposent, même si les efforts de distribution ne sont pas toujours au rendez-vous. Notons enfin que, dans un marché boursier difficile, ces placements qui offrent une meilleure sécurité deviennent plus intéressants

 

* Association qui fédère les organisations de finance solidaire en France.

Deux avantages fiscaux spécifiques

Selon un sondage Ipsos-Finansol publié par le Baromètre des finances solidaires, l'avantage fiscal serait, en 2007 et pour 26 % des Français, le principal argument pour épargner de façon solidaire. De ce point de vue, les fonds de partage retiendront l'attention des investisseurs, puisqu'ils permettent de bénéficier d'une déduction d'impôt égale à 66 % des sommes versées, dans la limite de 20 % des revenus imposables du contribuable (la déduction peut être portée à 75 % pour les associations offrant aide alimentaire, soins et hébergement aux démunis). Au-delà et grâce à l'amendement Finansol adopté dans le cadre de la loi de finances pour 2008, le taux de prélèvement libératoire est désormais réduit à 5 %, contre 18 % pour les autres types de placements (hors prélèvements sociaux de 11 % actuellement) .

 


Anne Michel
22 Août 2008
La Vie Financière

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