ART DE VIVRE & ISR (INVESTISSEMENT SOCIALEMENT RESPONSABLE)

Publié le par Alexis Carré



Placement responsable ou placement passion, les investisseurs sont, eux aussi, en quête de sens.

Quel investisseur n'a pas rêvé de joindre son activité à sa passion ou de gagner de l'argent en faisant une bonne action? Se lancer dans une collection d'art, investir dans un vignoble, aider un grand chef à ouvrir son restaurant, aider le microcrédit, autant de placements sur mesure que proposent désormais les institutions financières. Les fonds éthiques et solidaires se multiplient, des banques privées comme SG Private Banking,Citigroup et UBS ont créé des dé- partements spécialisés dans l'art et le vin. Ces dernières rivalisent d'offres pour attirer des investisseurs qui recherchent plus que de bons placements.Deux tiers des entreprises patrimoniales françaises devraient changer de main dans les dix prochaines années.Toute une génération d'entrepreneurs arrive désormais à la retraite. «Des investisseurs actifs de plus en plus longtemps, qui souhaitent investir dans leur passion, souvent mise de côté durant une carrière prenante»,ajoute Anne Denayer, head manager chez Passion Investments. Une clientèle à laquelle il faut ajouter «les jeunes entrepreneurs qui vendent leur entreprise tôt en vue d'autres investissements et non plus en raison d'un départ en retraite, par souci de transmission», rappelle Vincent Combes, directeur commercial adjoint de SG Private Banking France. Ces derniers, refroidis par une crise financière mondialisée, diversifient leur portefeuille. L'importance des questions environnementales et sociales ont réveillé une conscience citoyenne. «Faire de l'argent avec du papier, cela lasse. Les nouveaux investisseurs veulent du concret, savoir où va leur argent, l'orienter», assure Michel Ta - misier, managing partners chez Elite Advisers. Le marché français de l'Investissement socialement responsable (ISR), qui repose sur la prise en compte des critères extra-financiers relatifs à l'environnement, au social et à la gouvernance, a bondi de 30% entre 2006 et 2007. La gamme est large. «Aujourd'hui, les investisseurs veulent concilier démarche philanthropique et retour sur investissement», résume Vincent Combes. Un pari osé, malgré un cadre fiscal avantageux tel que l'exonération ISF. Les investisseurs veulent aussi se faire plaisir en orientant leurs investissements vers des placements «passions» comme l'art, le vin, le cheval, les voitures de collection, etc. Pour Nicolas de Chambure, coprésident de Cham- berger, société propriétaire d'un fonds sur le cheval, «le plaisir et la découverte sont une rentabilité en soi». Le monde de la gestion de patrimoine a-t-il d'autres arguments à avancer?

Les plus grosses fortunes d'Europe changent leurs habitudes et priorités en cette période quelque peu troublée. Une étude conduite par American Express auprès de ses titulaires de Carte Centurion les plus influents - c'est-à-dire ceux aux revenus annuels de 700 000 euros et plus, possédant en moyenne 3 propriétés - révèle l'émergence d'une nouvelle génération de consommateurs fortunés. Ils se détachent notamment de la culture «bling bling», pour se rapprocher des valeurs telles que l'authenticité, notamment en matière d'investissement financier. Une information à re- tenir quand on sait que les deux tiers des entreprises patrimoniales françaises devraient changer de main dans les dix prochaines années. Toute une génération d'entrepreneurs arrive désormais à la retraite. Une clientèle à fort potentiel que se disputent déjà les banques privées. Ajoutons «les jeunes entrepreneurs qui vendent leur entreprise tôt en vue d'autres investissements, non plus en raison d'un départ en retraite par souci de transmission», insiste Vincent Combes, directeur commercial adjoint de SG Private Banking France. Ces investisseurs et chefs d'entreprise ont souvent des connaissances fines en finance et deviennent une clientèle difficile à convaincre. Il faut plus que de simples avantages, de bons placements et d'une simple possibilité de vivre de ses rentes grâce à l'immobilier ou à une bonne assurance vie. «Ces investisseurs expriment le besoin de se redéployer dans de nouvelles activités, socialement utiles, tout en profitant d'un cadre fiscal plus avantageux. Ils n'ont aucune envie que leurs activités cessent à l'arrêt d'une d'entre elles», explique Vincent Combes. Des investisseurs actifs de plus en plus longtemps et qui «souhaitent investir dans leur passion, souvent mise de côté du- rant une carrière prenante», ajoute Anne Denayer, head manager chez Passion Investments, réseau d'experts, de professeurs d'université et de grandes écoles qui propose ses conseils en investissements philanthropiques et de passion. Les placements se spécialisent donc pour offrir à ces nouveaux investisseurs du «sur-me- sure».Les investissements se segmentent. Les fonds dits éthiques ou solidaires se placent doucement dans le paysage financier.«Les produits labellisés «solidaires» ont augmenté de plus de 30% dans les établissements financiers. Les banques ne font que s'adapter à une demande», souligne Guillaume Légaut, directeur de Finansol, association professionnelle qui fédère les organisations de finance solidaire en France. Quelques banques privées comme SG Private Banking, Citigroup et UBS ont créé des départements spécialisés dans l'art, le vin et la philanthropie, offrant une place aux investissements «passion». Que recherchent ces nouveaux investisseurs? Dans quelle mesure la rentabilité financière n'est-elle plus le seul atout d'un placement mis en avant par les acteurs de la finance?

En quête de long terme

«Il y a vingt ans, les investisseurs faisaient ponctuellement des dons aux bonnes oeuvres, sans en attendre de retour particulier. Aujourd'hui, ils veulent concilier démarche philanthropique et retour sur investissement. En créant leur propre fondation par exemple - ce qui peut être fait à partir de 200 000 euros - ils s'approprient l'investissement philanthropique qu'ils peuvent piloter de près», explique Vincent Combes. Désormais, ils cherchent à pérenniser leur patrimoine à travers notamment des projets durables philanthropiques. Les investissements plus traditionnels dans des titres ou actions connaissent une baisse de 6% par rapport à 2007. En parallèle, le marché français de l'Investissement socialement responsable (ISR) au sens de la demande a enregistré une progression de 30% entre 2006 et 2007 pour atteindre 22,1 milliards d'euros d'encours, selon une étude menée par Novethic, centre de recherche sur la RSE et l'ISR. Une goutte d'eau comparée aux 1 250 milliards d'euros investis dans les organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM). L'ISR, comme les fonds éthiques, prend en compte des critères extrafinanciers relatifs à l'environnement, au social et à la gouvernance (ESG). Il ne repose pas forcément sur une dimension morale comme c'est le cas pour les fonds éthiques. De nombreux fonds privilégient les énergies renouvelables, d'autres la protection des forêts ou des espèces animales. Une réponse à des investisseurs en mal d'engagement citoyen? Marc Favard, responsable de la gestion ISR chez Meschaert, en est persuadé: «les nouveaux investisseurs veulent se sentir partie prenante dans leur placement. Leur position d'investisseur ne leur suffit plus». L'importance des questions environnementales et sociales accélèrent également le mouvement. Pour Guillaume Légaut, la participation à un fonds solidaire et/ou éthique fait partie d'un raisonnement à long terme. «Quand il y a rentabilité financière très forte, il y aura forcément un déséquilibre à terme. Les investisseurs veulent désormais de l'investissement durable.» Ces «investisseurs citoyens»ont à coeur de s'investir dans les projets. Les fonds solidaires leur permettent notamment d'instaurer une relation de proximité avec l'entreprise qu'ils soutiennent. «Les investisseurs demandent de plus en plus à connaître l'entreprise dans laquelle ils investissent, les services qu'ils financent», explique le directeur de Finansol. Anne Denayer insiste sur «la conscientisation de la baisse de financement des pouvoirs publics. Les citoyens veulent cependant faire bouger la société et aider des projets scrupuleusement sélectionnés». Cependant, pour Henry Masdevall, président du groupe Valorey Finance, présent au salon Pa- trimonia, «le besoin de décorréler ses investissements se fait également de plus en plus pressant en raison de la fluctuation des marchés».

En quête de concret

Les grandes fortunes cherchent, en effet, de plus en plus à diversifier leur portefeuille en produits non-bancaires, «pouvant même représenter jusqu'à 15% de celui-ci», précise Anne Denayer. Et par la même occasion à se faire plaisir: se constituer une collection d'art, de voitures ou de livres, assouvir sa passion du vin en se créant une cave de grands crus, suivre un joueur de foot ou un cheval. Autant de rêves que nourrissent nombre d'investisseurs. «Les gens recherchent de plus en plus le côté palpable et ludique», assure Nicolas de Chambure, coprésident de Chamberger , société qui propose d'investir dans le cheval avec un fonds course et un fonds élevage. «Aujourd'hui, ceux qui en ont les moyens ont déjà investi dans tous les produits possibles. Ils ont intégré les explications complexes de chaque produit financier. Ils veulent désormais goûter à la simplicité, au concret. Fa ire de l'argent avec du papier, cela lasse», explique Michel Tamisier, managing partner chez Elite Advisers, société qui commercialise le fonds Nobles crus, spécialisé dans le vin. Il semble en effet plus plaisant de causer saint-émilion ou petrus plutôt que sicav. La dimension humaine et créatrice qu'offrent les investissements passionnels sont inexistants dans les produits financiers habituels, «et ce pour un retour garanti parfois similaire», insiste Anne Denayer. Une grande partie de ces placements passionnels tourne autour de la culture, de la philanthropie et de la recherche. Ainsi, de nombreux investisseurs commencent une collection d'art contemporain sous les conseils avisés d'un grand expert international, d'autres investissent dans une chaire de recherche afin de bénéficier personnellement ou à travers leur société d'un accès privilégié aux résultats ou aux meilleurs diplômés. En gastronomie et oenologie, de nombreux investisseurs, sans grand risque financier, investissent pour le développement d'un restaurant étoilé ou d'un vignoble. «Ils bénéficient alors des retours financiers de l'exploitation mais également d'un retour participatif très apprécié par les amateurs», détaille Anne Denayer qui ne se leurre pas pour autant sur les motivations de tous les investisseurs: «Pour certains, la motivation première va être un nouveau type d'investissement qui peut rapporter un plus grand rendement qu'un investissement classique dans le cas d'un success sharing (recherche, artiste, musicien, etc.), avec certes une part de risque, mais qui vaut souvent celui pris sur les marchés financiers classiques.»

En quête de rentabilité

Réaliser ses rêves c'est bien, les rendre rentables c'est mieux. «Quel que soit le domaine choisi par un investisseur, il peut être rentable. Nous en avons déjà fait l'expérience en écologie et même en philanthropie, domaines qui habituellement ne rapportent pas d'argent. Les plus rentables sont les coproductions culturelles, les parts dans des sociétés, start-up et spin-off issues des recherches et chaires dans un domaine privilégié, le parrainage d'artiste ou musicien prometteur», détaille Anne Denayer. Mais la rentabilité de ces placements est-elle aussi importante que celle de placements plus classiques? Passion Investments avance un cas très concret, répondant plutôt favorablement à la question: «nous avons dans notre catalogue de produits passionnels, une société qui opère dans le milieu de la voile. Pour un investissement compris entre 100 000 et 1 million d'euros, elle rembourse après 5 ans l'intégralité à l'investisseur, à un taux supérieur de 6% à l'IRS (taux de base pratiqué par les banques).Le retour financier est alors garanti et meilleur que dans certains placements classiques», affirme Anne Denayer. L'investisseur pourra également profiter d'un voilier avec sa famille et s'impliquer dans des projets de protection de l'océan. Une autre forme de rentabilité. Nicolas de Cham- bure en est persuadé: «le plaisir et la découverte offrent une rentabilité en soi». La rentabilité des fonds solidaires reste encore modeste. Pourtant, Guillaume Légaut assure que «les fonds solidaires permettent de sécuriser son capital et la rentabilité sociale est une valeur de plus en plus recherchée». Le directeur de Finansol avance un taux de rentabilité de 2% pour les fonds solidaires.

En quête d'avantages fiscaux

La rentabilité des fonds spécialisés - notamment dans l'environnement - peine à décoller. Mais il semble que d'autres critères, sociaux et fiscaux, doivent être pris en compte. Fabrice Vennin, responsable du fonds Environnement chez Meeschaert Gestion Privée,reconnaît «la sous-performance d'un fonds qui a le handicap d'être déterminé». Un fonds qui séduit toutefois, parce qu'«il permet une épargne rémunérée et éthique», mais surtout parce qu'il génère «des avantages successoraux et fiscaux», rappelle Henry Masdevall qui insiste sur l'importance de la carotte fiscale également présente pour les placements passion. Par exemple, une déduction spéciale est accordée aux entreprises qui achètent des oeuvres originales d'artistes vivants pour les exposer au public. Elle s'applique aux sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés ou au régime des sociétés d'exercice libéral, quelle que soit la nature de l'activité exercée. Les oeuvres originales d'artistes vivants sont également exclues de l'assiette de la taxe professionnelle. Pour les particuliers, l'oeuvre d'art est systématiquement exonérée de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et une oeuvre vendue à un prix inférieur à 5 000 euros est automatiquement exonérée d'impôt. Nicolas de Chambure, de la société Chamberger, rappelle de son côté qu'investir dans une société comme la sienne permet «en plus de bénéficier d'une défiscalisation grâce à la loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat (Tepa), de toucher également des bénéfices à la fin de chaque année».



16 Octobre 2008
Le Nouvel Economiste
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Publié dans particuliers

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