Des fonds au développement durable
La vague verte a aussi déferlé sur les marchés financiers. Alors qu'il y a cinq ans, Morningstar ne dénombrait que 54 fonds connotés environnementaux, elle en recense désormais plus de 100, rien qu'en France. Il est vrai que ces produits bénéficient de l'air du temps. Le secteur est porteur. Tout le discours marketing est orienté vers le développement durable (énergies renouvelables, technologies propres) ou l'investissement socialement responsable (ISR). En outre, les performances sont flatteuses. En somme, ces fonds combinent bonne conscience et espoir de rendement.
Les produits environnement et ISR font chacun l'objet d'un classement par Morningstar. « Les Echos patrimoine » ont décidé de les fusionner afin d'obtenir une meilleure exhaustivité. D'autant que les deux philosophies se rejoignent. Les fonds « verts » se focalisent certes exclusivement sur l'environnement. Mais les fonds ISR l'intègrent aussi, le mêlant à des préoccupations éthiques comme, par exemple, la politique sociale ou la gouvernance d'entreprise.
Bien sûr, l'impératif de performance demeure. De ce point de vue, force est de constater que cette dernière a été au rendez-vous par le passé. Sur trois ans, les 73 OPCVM de l'échantillon Morningstar progressent en moyenne de 22,5 % tandis que l'Ethical Index Global s'adjuge 14,6 %. Depuis plusieurs mois, la tendance est moins avantageuse. Vertes ou pas, les valeurs dégringolent. Cependant, l'avenir n'est pas aussi sombre que le laisse croire le présent. Pour les spécialistes, « la croissance des sociétés est soutenue par des objectifs de plus en plus contraignants en matière de réglementation ». Surtout, la belle visibilité offerte par la plupart des entreprises du secteur « vert » est un vrai avantage par les temps qui courent. Souvent, les valeurs liées à l'environnement gèrent des concessions de services publics. La longue durée des contrats (entre quinze et vingt ans en moyenne) atténue leur sensibilité aux soubresauts de l'économie. Elle permet donc aux entreprises de tenir leurs promesses avec une certaine fiabilité, tout comme elle offre aux investisseurs une base tangible de calcul pour la valorisation des sociétés qu'ils étudient.
De ce point de vue, les valorisations actuelles des valeurs de l'environnement ont de quoi rassurer les plus pessimistes. Elles se paient en moyenne 16 fois les bénéfices estimés pour 2008 tandis que les spécialistes anticipent une croissance bénéficiaire moyenne de 25 %.
L'eau n'est pas que précieuse. Elle a de la valeur. PF Water l'a bien compris. Premier OPCVM (il a été lancé en 2000) sur ce thème, il est aussi le plus important en termes de taille d'actif. Mobilisant ressources internes et experts externes, l'équipe de gestion ne ménage pas ses efforts pour dénicher les meilleures sociétés mondiales actives dans la technologie, le traitement ou l'approvisionnement de l'eau. Le portefeuille diversifié autour de 80 positions a bien résisté à la crise boursière. Et, pour cause, « les fondamentaux du secteur demeurent favorables... et la récente période de volatilité n'a pas modifié cette approche », indique Gerhart Wagner. Pour le gérant, il n'est pas question pour le moment « d'apporter des changements substantiels... les niveaux de valorisation étant devenus attrayants ».
Même univers d'investissement pour SAM Sustainable Water Fund. Le fonds qui pilote ses avoirs autour de la thématique de l'eau s'adresse « aux investisseurs convaincus par le potentiel durable de l'eau ; il convient en tant que complément d'un portefeuille international diversifié ». En matière de stratégie, le gérant estime les titres de son portefeuille à un « niveau très attrayant au terme de la correction qui s'opère depuis le début de l'année ». Confiant, il maintient lui aussi sa stratégie à long terme et n'hésite pas à profiter d'opportunités pour relever la part des sociétés les plus attrayantes.
OFI Multisélect Europe SRI offre une combinaison de petites, moyennes et grandes valeurs européennes. Déléguée sour forme de mandats à 3 gérants choisis pour leur savoir-faire et leur complémentarité - Kempen Capital Management, Macif Gestion et De Pury Pictet Turrettini & Cie (DPPT) -, la gestion respecte les principes de l'investissement socialement responsable. Le portefeuille, qui dénombre plus d'une centaine de positions, est aussi très diversifié en termes sectoriels. Il en compte environ 18 parmi lesquels l'industrie et les banques figurent parmi les plus fortes pondérations. En termes d'analyse des résultats, « la part des petites et moyennes valeurs pilotée par les équipes de Kempen a donné satisfaction, validant la stratégie des gérants qui cible les sociétés à plus forte visibilité ». Le mandat confié à DPPT a contribué également à la bonne tenue du fonds. Sa philosophie est focalisée sur des grands acteurs à endettement faible, voire nul et à forte génération de cash-flow.
Sarasin Euro Mid Caps Expansion Durable est « un des très rares fonds ISR, commercialisés en France, investi uniquement sur des petites et moyennes capitalisations sensibles au développement durable ». Son actif en dénombre une cinquantaine. Si le passé récompense la gestion de Ronald Petitjean, sur un an, le bilan est plus mitigé. Le FCP a en effet pâti de la dégringolade des petites et moyennes valeurs. Ce segment sur lequel le secteur du développement durable compte de nombreuses sociétés est aussi celui sur lequel le fonds a pu construire ces trois dernières années ses belles performances. En termes sectoriels, le FCP est notamment exposé aux secteurs de la santé, des médias, des télécoms ou de l'automobile. Sa volatilité sur un an atteint 13,4 %, soit une sensibilité parmi les plus fortes de sa catégorie.
L'éthique et le développement durable ne sont pas contre, mais au service de la performance à long terme des entreprises. Qu'il s'agisse de moraliser les entreprises ou d'anticiper les grandes tendances de demain, les valeurs « vertes » ont des fondamentaux solides que les cours actuels reflètent mal. Reste maintenant à savoir quand elles vont retrouver quelques couleurs.
11 Avril 2008
Les Echos Week-End
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