L'investissement responsable: Introuvable définition
Si l'approche par le risque semble avoir trouvé assez naturellement sa place, en revanche, la création de valeur liée à l'approche responsable est plus délicate à cerner.
Indéniablement, l'investissement socialement responsable progresse. Sur fond de Grenelle de l'environnement et de préparation des négociations de l'après-Kyoto, le contexte politique est porteur. La Commission européenne poursuit les efforts engagés et la présidence française de l'Union au 1er juillet 2008 sera l'occasion de mettre en musique les mesures destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 % d'ici à 2020, lesquelles devront impérativement être adoptées avant la conférence mondiale de Copenhague sur le climat, prévue en 2009. Le plan européen prévoit un renforcement du marché des crédits-carbone, et fixe un objectif de 10 % de biocarburants dans les transports et de 20 % d'énergies renouvelables dans la part totale de la consommation d'énergie. Des efforts qui, selon le président de la Commission, devraient mobiliser 60 milliards d'euros, soit 0,5 % du PIB européen. En termes de gestion institutionnelle, les encours ISR semblent avoir progressé rapidement. Selon Novethic, les institutionnels ayant investi plus de 5 % de leurs actifs dans le cadre d'une approche socialement responsable représentaient 31% en 2007, contre 12 % en 2006 et seulement 4 % en 2005. Ils seraient 61 % à avoir réalisé un investissement ISR, contre 48 % en 2006.
D'une manière générale, les acteurs financiers ont de plus en plus conscience de la nécessité d'intégrer des critères ISR dans leur pratique. Pour autant, si l'on ne peut que se féliciter de la généralisation de cette prise de conscience, la définition de l'ISR n'a en conséquence jamais été aussi floue. Il est plus ou moins possible de s'accorder sur les notions de valeurs morales portées par l'ISR (développement de long terme, respect de la planète et de la dimension sociale). Tout le monde, bien sûr, sent bien de quoi on parle ! Mais lorsqu'il s'agit de définir les modalités concrètes de la pratique, la dimension subjective et culturellement située reprend inévitablement le pas. Les tentatives de sous-segmenter les approches, de confronter ISR et développement durable ne changent rien à la multiplicité des approches possibles, qui varient en fonction de la sensibilité de chaque investisseur. Cette absence de standardisation pose incontestablement des difficultés à l'industrie de la gestion d'actifs.
L'autre problématique clé que pose l'ISR reste la place donnée à l'analyse extra-financière. Si l'approche par le risque semble avoir trouvé assez naturellement sa place, en revanche, la création de valeur liée à l'approche responsable est plus délicate à cerner. A fortiori si cette valeur n'est pas uniquement financière. Car se pose alors le problème de savoir comment valoriser l'acte de gestion qui consiste à faire un choix politique ou stratégique.
François Poydenot de Pontonx
1 Février 2008
Asset Management Magazine